TOURNEUR Cyril
TOURNEUR Cyril. Dramaturge anglais. Né vers 1575, mort à Kinsale, en Irlande, le 28 février 1626. On suppose qu’il était le fils ou le parent d’un certain capitaine Turner qui fut un temps gouverneur de Brill en Hollande. Seule la dernière année de sa vie est bien connue : attaché à Sir Edward Cecil il devint, en 1625, secrétaire au Ministère de la Guerre et accompagna son protecteur dans l’expédition de Cadix. L’opération fut désastreuse. Blessé ou gravement malade on dut le débarquer, au retour, à Kinsale, et il y mourut trois mois plus tard. Son nom n’apparaît qu’une seule fois sur la page de titre de La Tragédie de l’Athée, imprimée en 1611, mais l’on a pu identifier toutes ses œuvres. La première est une allégorie intitulée La Métamorphose transformée. Elle parut en 1600 et fut dédiée à sir Christopher Heydon. C’est un ouvrage pesant et sans grand intérêt mais il est probable que la totalité n’est pas de sa main. Le Poème funéraire sur la mort de sir Francis Vere date de l605. Trois Elégies sur la mort du prince Henri [1609] réunit les signatures de Heywood, Webster et Tourneur, ce qui a l’avantage de nous démontrer les relations entretenues par ce dernier avec les écrivains de son époque. Toute la gloire de Tourneur ne repose cependant que sur ses deux tragédies, La Tragédie du vengeur, imprimée en 1607 mais sans doute jouée quelques années plus tôt, et La Tragédie de l’Athée, probablement jouée en 1602 ou 1603. Ces pièces sont parmi les plus typiques et les plus sombres de ce qu'on pourrait appeler les « drames sanglants » de la période élisabéthaine. On y voit, par exemple, un personnage s’empoisonner en embrassant un crâne qu'il imagine être le visage de la belle dame qui lui a donné un rendez-vous. L’auteur fait preuve d’une telle maîtrise dans l’horreur que ces outrances, loin de déparer son œuvre, y ajoutent on ne sait quel relent de fatalité et de grandeur qui subjuguent le spectateur et l’introduisent dans un monde où la poésie tire de la mort une fascinante puissance.