THRACE
Région du S.-E. de l'Europe dont l'étendue a souvent varié. Aujourd'hui, le nom de Thrace est donné aux régions situées au S. du Rhodope et des monts Istrandia, et qui sont partagées politiquement entre la Grèce (Thrace occidentale) et la Turquie (Thrace orientale). Dans l'Antiquité, la Thrace était sensiblement plus étendue et atteignait au nord les Balkans. Les Thraces, de langue indo-européenne, ont créé une riche civilisation dont témoigne le raffinement de leur art. Peuple de chasseurs et d'éleveurs, ils demeurèrent longtemps à l'écart de la civilisation grecque. La région côtière, colonisée dès le VIIe s. av. J.-C. par les Grecs, fut conquise à partir de 513/12 av. J.-C. par Darius Ier et les Perses, auxquels elle fournit 120 navires lors de la grande expédition de Xerxès contre la Grèce. À la suite des victoires de Cimon, cette côte passa, dans les années 470/60, sous la domination des Athéniens, tandis qu'en Thrace intérieure le plus puissant royaume était celui des Odryses. C'est une dynastie odryse qui réussit à réunifier la Thrace, dans la première moitié du IVe s. Dans les années 340 av. J.-C., la Thrace méridionale fut conquise par Philippe II de Macédoine, et, après 323, Lysimaque étendit encore la domination macédonienne sur la plus grande partie de l'intérieur ; il prit le titre de roi de Thrace (305/281), mais dut lutter continuellement contre les Odryses. Après lui, la Thrace méridionale passa aux mains de Séleucos, puis de Ptolémée Kéraunos, avant d'être attribuée en partie aux Attalides de Pergame (188 av. J.-C.).
La Thrace fut conquise par Rome entre 168 et 133 av. J.-C. En raison de la menace des Daces sur le Danube, une province romaine de Thrace fut constituée sous le règne de Claude (46 apr. J.-C.). Au IVe s., la région devint un champ de bataille en raison de la proximité de Constantinople : elle vit passer successivement les invasions des Goths (376), des Huns, des Avars, fut en grande partie occupée par les Slaves au début du VIIe s. et subit l'affrontement des Bulgares et des Byzantins. Les Ottomans annexèrent toute la Thrace après la chute de Constantinople (1453) et la domination turque subsista intégralement jusqu'en 1878. La Thrace septentrionale reçut alors une administration séparée et prit le nom de Roumélie-Orientale ; elle fut annexée par la Bulgarie en 1885, et, dès lors, le nom de Thrace fut réservé à la Thrace méridionale. Conquise par les Bulgares durant la première guerre balkanique (1912), la Thrace fut ensuite disputée entre Bulgares et Grecs, et les Turcs en profitèrent pour ressaisir Andrinople. Le traité de Constantinople (29 sept. 1913) partagea la Thrace entre la Turquie et la Bulgarie, celle-ci obtenant la bande côtière entre la Maritza et la Mesta, ce qui lui assurait un débouché sur la mer Égée. Elle perdit ce territoire aux traités de Neuilly (1919) et de Sèvres (1920), qui attribuèrent à la Grèce la totalité de la Thrace méridionale. Mais, à la suite des victoires turques en Asie Mineure, un nouveau partage intervint entre la Grèce et la Turquie : le traité de Lausanne (1923) fixa la frontière des deux pays sur la Maritza. À la faveur de la Seconde Guerre mondiale, les Bulgares réoccupèrent la partie grecque de la Thrace méridionale de 1941 à 1945 que les Grecs récupérèrent en 1945. Cette restitution fut avalisée en 1947 lors de la signature des traités de Paris.
Thrace. Cette contrée, au nord-est de la Grèce, était approximativement délimitée par le fleuve Ister (Danube) au nord, par le Bosphore et la mer Noire à l'est, par la Propontide, 1'Hellespont et la Macédoine au sud, et par l'Illyrie à l'ouest. Ses limites ne firent en fait clairement définies que par les Romains qui la divisèrent en deux, de part et d'autre du mont Hémus, la partie nord prenant le nom de Mésie. Les Thraces (de souche indo-européenne) étaient considérés par les Grecs comme un peuple barbare. Ils vécurent en villages jusqu'à l'époque classique. Les premières traces d'urbanisation datent de l'époque hellénistique et la civilisation urbaine ne s'y épanouit qu'à l'époque romaine. Le littoral, tant sur la mer Egée (par où on accédait aux mines du mont Pangée) que sur la mer Noire, fut colonisé par des cités grecques dont l'influence resta confinée aux régions côtières. Plus tard, Philippe II de Macédoine soumit la partie méridionale du pays qui devint un protectorat macédonien et fonda Philippopolis. À l'époque romaine, la région à l'ouest de l'Hèbre fut incorporée à la province de Macédoine.