TCHERNOBYL
Dans la prise de conscience des problèmes soulevés par l’emprise croissante de la technologie sur le développement des sociétés au xxe siècle, l’explosion du quatrième réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) le 26 avril 1986 marque une rupture qui détermine un « avant » et un « après » Tchernobyl.
Par l’ampleur de ses conséquences, l’explosion de Tchernobyl est la plus grande catastrophe de l’histoire du nucléaire civil au xxe siècle.
Le bilan direct fait apparaître 30 morts dans les jours qui ont suivi, victimes de fortes doses de radiations ; 350 000 personnes évacuées, dont 135 000 qui vivaient dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale, la « zone interdite » ; 600 000 personnes au moins présentes sur le site pour participer à la décontamination, à la construction du sarcophage dont a été recouvert le réacteur accidenté, à la remise en état et au redémarrage des autres tranches de la centrale. Ces « liquidateurs » ont été exposés à des doses de rayonnement considérables quoique mal évaluées. Le rejet de radioactivité qui a suivi l’explosion et l’incendie du réacteur a été estimé entre 50 et 200 millions de curies. Il s’est dispersé en « taches de léopard » sur plus de 140 000 km2, affectant le nord de l’Ukraine, les régions occidentales de la Russie et surtout la Biélorussie sur le quart de sa superficie. En tout, cinq millions de personnes vivaient sur le territoire contaminé. Poussé vers l’ouest, le « nuage » radioactif a traversé la plupart des pays d’Europe.
À la fin du xxe siècle, les conséquences sanitaires de la catastrophe à moyen et long terme n’étaient toujours pas établies avec certitude : une augmentation des cas de cancer de la thyroïde chez les enfants était attestée, alors que la surmortalité parmi les « liquidateurs » ou la survenue de modifications génétiques étaient toujours controversées.
Les rapports de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) sur les causes de l’accident font état de déficiences de conception du réacteur soviétique de type RBMK et évoquent la violation des procédures de fonctionnement d’autre part.
À l’intérieur de l’URSS, l’explosion du réacteur a constitué un formidable révélateur de tous les maux du système impérial et du régime communiste qui le sous-tendait, accélérant l’implosion de l’Union soviétique intervenue cinq ans plus tard.
Les dirigeants et la population des « nouveaux » états indépendants, désemparés et démunis, n’ont pu faire face aux conséquences de ce Tchernobyl « qui n’en finit pas ». Au terme d’un long marchandage avec les pays du G-7 (Groupe des sept pays les plus industrialisés) et l’Union européenne, les autorités s’étaient engagées à fermer les trois tranches restantes de la centrale avant la fin 2000, en échange d’une aide financière supplémentaire de 800 millions de dollars.
Le traumatisme a également affecté la filière de l’énergie électronucléaire, la plupart des pays décrétant un moratoire sur la mise en service de nouvelles centrales, tandis que les opinions publiques exigeaient davantage de transparence et de garanties quant à la sûreté et que, sous la pression des écologistes, la question de la sortie du nucléaire se trouvait posée.
Le xxie siècle restera confronté aux conséquences de l’explosion du réacteur de Tchernobyl mais un mythe n’aura pas survécu à la catastrophe, celui du « risque zéro ».
Ville d'Ukraine, sur le Pripyat, affluent du Dniepr. L'explosion, le 26 avr. 1986, de l'un des réacteurs de sa centrale constitua le plus grave accident de l'histoire de l'énergie nucléaire civile et révéla les insuffisances de la technologie soviétique dans ce domaine. La catastrophe a causé officiellement la mort de 15 000 personnes et entraîné l'évacuation de 165 000 autres. Dans la région contaminée, le taux de cancers de la thyroïde est, depuis 1991, cent fois supérieur à la moyenne. Malgré de nombreux incidents de fonctionnement, la centrale continua cependant à être utilisée, le gouvernement ukrainien usant de la menace qu'elle représentait pour négocier avec l'Union européenne des compensations financières. Après l'obtention d'ultimes prêts, accordés par la Commission européenne et la BERD, début déc. 2000, pour la construction de nouveaux réacteurs, la centrale fut officiellement fermée le 15 déc. 2000.
TCHERNOBYL. Ville d'Ukraine. L'explosion d'un réacteur de la centrale nucléaire en 1986 a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes et irradié plusieurs millions d'autres. Plus de 130 000 personnes ont dû être évacuées de la région.