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TAMOULS

Grand groupe ethnique dravidien dont la langue est parlée dans l'Inde méridionale et au Sri Lanka. En Inde, les Tamouls, vivant en majorité dans l'État du Tamil Nadu, sont, par le nombre, la plus importante population non indo-européenne et leur statut social est souvent très subalterne. La langue tamoule, le plus pur des idiomes dravidiens, a son « académie », à Sangam, qui atteste un passé prestigieux et fort lointain. Madurai, la ville sainte, est aussi le plus grand centre d'études tamoules. Cette civilisation, dont l'âge d'or s'étend du IXe au XIIIe s., subit à partir du XIVe l'influence du sanskrit et fut gagnée au brahmanisme çivaïte. L'installation des Tamouls dans l'île de Ceylan remonte aux XIe et XIIe s. : des conquérants tamouls parvinrent à installer un royaume dans les parties septentrionale et orientale de l'île, peuplées jusqu'alors de Veddas bouddhistes. La colonisation britannique, qui s'était appuyée sur les Tamouls, créa une nouvelle vague de peuplement avec l'arrivée, entre 1840 et 1930, d'une main-d'œuvre tamoule indienne pour travailler dans les plantations de thé. Les descendants de ces immigrants « récents » sont aujourd'hui toujours privés de la nationalité cinghalaise ; des accords passés avec l'Inde, en 1964, permirent d'en refouler une partie vers le continent. Depuis la proclamation de l'indépendance, en 1948, le cinghalais est seule langue officielle, le bouddhisme religion d'État, et les Tamouls, rejetés de l'administration et des affaires publiques, se sont spécialisés dans le commerce, ou composent le sous-prolétariat de l'île. De graves émeutes ont éclaté, surtout en juillet 1983, où des centaines de Tamouls furent massacrés, des milliers d'autres se réfugiant au nord de l'île et en Inde. Avec l'apparition d'organisations extrémistes telles que les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE), la question tamoule prit une dimension militaire : pour lutter contre la guérilla sécessionniste que menaient les Tigres dans le Nord (peuplé à majorité de Tamouls) et l'Est (peuplé de Tamouls, de musulmans et de Cinghalais) qu'ils revendiquent, le gouvernement fit appel à l'Inde en 1987. L'échec de cette intervention entraîna en 1990 le retrait des troupes indiennes. Les extrémistes ont multiplié les assassinats politiques de leurs adversaires cinghalais (meurtre du président Premadasa), comme des Tamouls modérés. L'assassinat non revendiqué de Rajiv Gandhi leur coûta cependant le soutien de l'État indien du Tamil Nadu, qui leur avait longtemps servi de base arrière. Les négociations entamées par la présidente Kamaratunga, élue en 1994 sur un programme de retour à la paix et à la démocratie, n'aboutirent pas. Les opérations de l'armée gouvernementale pour reprendre le contrôle de la péninsule de Jaffna se sont heurtés à des contre-offensives foudroyantes de l'Eelam Tamoul de Velupillai Prabhakaran, fanatisés et bien équipés, dont les attentats suicide sont venus frapper jusque dans la capitale. Le cessez-le-feu conclu entre les séparatistes tamouls et le gouvernement en févr. 2002 a été rompu au printemps 2003. La situation intérieure dégénéra au point qu'en nov. l'état d'urgence fut décrété, le Parlement suspendu, la présidente, S. Kamaratunga, prenant en main la Défense, l'Intérieur et les Communications.