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SUMÉRIENS

Peuple qui, distinct par sa langue du monde sémitique, contrôla au IIIe millénaire le sud de la Mésopotamie, près du golfe Persique, et donna son nom à l'une des premières grandes civilisations historiques du Proche-Orient.

• La civilisation sumérienne • Les Sumériens dans l'Histoire

La civilisation sumérienne

La présence des Sumériens est attestée pour la première fois par les textes écrits dans leur langue à l'aube du IIIe millénaire dans un pays qui était habité depuis longtemps par des civilisations déjà très évoluées, agricoles et urbaines (v. MÉSOPOTAMIE). Leur origine reste controversée : diverses théories les ont fait venir du N. (Anatolie ou Caucase), ou du plateau iranien, ou encore de l'Inde, par la mer, des analogies frappantes ayant été relevées entre la civilisation de Sumer et celle des villes de l'Indus. Ils ont peut-être été les descendants plus ou moins directs des populations qui avaient créé la civilisation d'Ourouk au millénaire précédent. Un problème demeure : celui de l'origine de leur langue, agglutinante, qui ne présente aucune parenté avec une autre langue connue, ancienne ou moderne. Dès la période dynastique archaïque (vers 2900/2300 av. J.-C.), d'ailleurs, le mélange entre les Sumériens et d'autres populations agricoles ou pastorales de Mésopotamie, dont celles de langue sémitique, comme les Akkadiens (v.), était une réalité. Les Sumériens furent, au Proche-Orient, les inventeurs de l'écriture ; leurs pictogrammes, qui remontent au dernier tiers du IVe millénaire, furent progressivement remplacés par les signes du système cunéiforme qui notaient des syllabes et des idéogrammes. Dans le domaine des techniques, s'ils ne furent pas les initiateurs de la métallurgie en Mésopotamie, les Sumériens lui donnèrent une impulsion sans précédent qui changea profondément les conditions de vie. Les Sumériens connaissaient déjà le tour de potier ; ils utilisaient des sceaux-cylindres souvent gravés de scènes d'inspiration religieuse ; ils avaient élaboré un système numérique sexagésimal. Ce sont eux qui ont définitivement maîtrisé les techniques de l'irrigation de la plaine mésopotamienne, par un réseau de digues et de canaux. Champs et palmeraies, coupés de marais et de cours d'eau, ont désormais composé le paysage des campagnes du Tigre et de l'Euphrate, où les roseaux sont devenus un des matériaux à tout faire d'un monde d'agriculteurs et de pasteurs. Les principaux dieux du panthéon sumérien étaient An, dieu du Ciel, Outou, dieu solaire, Enki, dieu des Eaux et maître de la ville d'Éridou, Innana, déesse de l'Amour, Enlil, dieu de l'Air, de la Vie et de la Terre, dont le principal sanctuaire était à Nippour... Ce n'est que très lentement, semble-t-il, que les pouvoirs religieux et politique finirent par être distingués. De l'époque de Sumer à la fin des civilisations antiques de la Mésopotamie, le roi (nommé ensi chez les Sumériens) est demeuré le vicaire des dieux ; il leur devait l'entretien des temples et de leur clergé (qui vivait de vastes domaines en terres et troupeaux), le déroulement des rites et cérémonies, et le respect de leur volonté parmi les hommes de son royaume.

Les Sumériens dans l'Histoire

Les anciennes traditions sumériennes conservaient le souvenir d'un « déluge » qui aurait anéanti l'humanité à l'aube de son histoire. En fait, les fouilles archéologiques ont montré la réalité de plusieurs inondations de l'Euphrate, dont les plus catastrophiques se produisirent vers 2800/2600 av. J.-C. On a donc dressé des listes de rois d'avant et d'après le Déluge. C'est après le Déluge qu'on voit apparaître les noms des grandes cités sumériennes - Kish, Ourouk (Warka), Oumma, Lagash, Larsa, Our - et les premières « dynasties ». Les cités, qui aspiraient toutes à l'hégémonie, se sont livré des guerres continuelles, aucune n'étant assez puissante pour imposer longtemps sa domination aux autres. Du début du IIIe millénaire, les archéologues ont retrouvé les « tombes royales » d'Our, au mobilier funéraire riche en objets d'or et d'argent, accompagnés par les corps de dizaines de serviteurs sacrifiés avec leurs souverains. Au N. d'Our, à la même époque, ont régné les ensi de Lagash : l'un d'eux, Eannatoum (vers 2455/2425), imposa sa domination à la cité voisine d'Oumma et commémora ce haut fait par la stèle des Vautours, puis il vainquit les Élamites, Our et Mari. Un siècle plus tard, vers 2350, Lagash fut l'objet d'une réforme sociale due au roi Ouroukagina. Mais il fut vaincu par Lougalzagesi, ensi d'Oumma (vers 2340/2316), qui détruisit Lagash, s'empara d'Our, d'Ourouk et de Kish, et fut le premier à régner sur tout le pays de Sumer. Mais ce premier Empire sumérien succomba rapidement sous les coups des Akkadiens (v.), d'origine sémitique. Sargon l'Ancien (vers 2334/2279), après avoir renversé Lougalzagesi (vers 2345), soumit toutes les cités de la Basse-Mésopotamie ; il aurait étendu son empire en Élam (au S.-O. du plateau iranien), en Mésopotamie septentrionale, en Syrie et peut-être jusqu'à la Méditerranée. Les Akkadiens assimilèrent la culture sumérienne ; ils adoptèrent l'écriture cunéiforme pour transcrire leur propre langue, qui resta après eux la langue courante en Mésopotamie. Cet empire qu'avait fondé Sargon s'effondra au bout d'un siècle à peine d'existence, peu après 2200 av. J.-C., sous les coups de guerriers descendus des montagnes du Zagros, les Goutis. Ceux-ci, après avoir commis des destructions qui laissèrent un durable souvenir, régnèrent pendant près d'un siècle (peut-être moins) sur la Basse-Mésopotamie, en laissant aux cités sumériennes une assez grande liberté. À partir de 2145 environ, une renaissance sumérienne commença de s'épanouir à Lagash, sous le règne de Goudéa, qui, prenant le titre d'ensi, semble avoir été un souverain indépendant, de même que son fils, Our-Ningirsou. Le pays de Sumer connut alors la brillante période de la IIIe dynastie d'Our (vers 2113/2006). Son fondateur, Our-Nammou (2113/2095), grand bâtisseur, rétablit l'ordre et créa une administration efficace ; il promulgua le plus ancien recueil de lois de Mésopotamie connu à ce jour ; le successeur d'Our-Nammou, Shoulgi (vers 2095/2047), restaura l'empire, qui groupait Sumer, le pays d'Akkad, la Mésopotamie septentrionale et l'Élam, et prit, suivant l'exemple de l'Akkadien Naram-Sîn (v.), petit-fils de Sargon d'Akkad, le titre de « roi des quatre régions du monde ». Mais l'Empire sumérien se morcela ensuite rapidement sous la pression d'un nouveau peuple sémitique, celui des Amorrites (v.) ; les Élamites, en 2004 av. J.-C., en détruisant la capitale et en capturant son roi Ibbi-Sîn, portèrent le coup fatal à la IIIe dynastie d'Our. Le pays se divisa en deux royaumes amorrites avec la dynastie d'Isîn au N. et celle de Larsa au S., cependant qu'à Babylone, centre jusqu'alors peu important, s'affirmait à partir du XIXe s. av. J.-C. une autre dynastie amorrite, conquérante. Le dernier roi de Larsa, Rim-Sîn, ne s'empara d'Isîn (vers 1794) que pour être vaincu à son tour, vers 1763, par Hammourabi. Ce furent les Amorrites qui dominèrent désormais politiquement la Mésopotamie. Mais ils devaient recueillir, conserver et transmettre l'héritage de la civilisation sumérienne, comme le montrent la préservation, pendant plus d'un millénaire et demi, de la langue sumérienne et l'inlassable travail de recopiage des textes sumériens par les scribes des temples et des palais pour maintenir les œuvres littéraires, religieuses et lexicographiques créées par les hommes de Sumer. Voir MÉSOPOTAMIE et BABYLONE.

SUMER. Ancienne région située en Basse-Mésopotamie. C'est là que les Sumériens fondèrent la première grande civilisation du Proche-Orient. SUMÉRIENS. Peuple installé aux IVe et IIIe millénaires av. J.-C. en Basse-Mésopotamie, il a créé la première grande civilisation du Proche-Orient. Agriculteurs et commerçants, les Sumériens se sont organisés en cités dominant chacune un petit territoire. Ces cités, à la tête desquelles se succédaient des dynasties royales, ont été souvent en guerre les unes contre les autres. Les plus importantes étaient Our, Ourouk et Lagash. Soumis aux Akkadiens, puis aux Goutis pendant deux siècles, les Sumériens dominèrent à nouveau la région à partir de 2150 av. J.-C. Mais vers 2000 av. J.-C., ils furent définitivement soumis aux envahisseurs sémites. La civilisation sumérienne influença toute la Mésopotamie. Les Sumériens ont répandu les techniques de l'agriculture irriguée. Observant le phénomène des marées de l'océan Indien, ils ont découvert l'astrologie mais aussi la géométrie pour délimiter les propriétés et le calcul pour mesurer les récoltes. Ils ont donné à la Mésopotamie des dieux adorés par leurs successeurs (Anou et Inanna) et inventé l'architecture de la ziggourat. Enfin et surtout, ils ont été les inventeurs de l'écriture cunéiforme. Voir Assyriens, Babyloniens, Bronze (Age du).

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