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SUEZ

L'isthme de Suez, qui relie l'Égypte à l'Asie antérieure en séparant la Méditerranée de la mer Rouge, a joué dès l'Antiquité un grand rôle dans les relations commerciales. À l'époque pharaonique, on eut l'idée d'aménager une voie navigable qui mettrait en communication soit les deux mers, soit la vallée du Nil et la mer Rouge. Il semble établi qu'au début du IIe millénaire av. J.-C., un canal reliait la branche pélusiaque du Nil au Grand Lac Amer, lui-même relié par un autre canal à la mer Rouge. Ce canal fut restauré par Xerxès (Ve s. av. J.-C.), puis par les Ptolémées, mais, après la conquête arabe et la décadence des relations entre la Méditerranée et l'Orient, il fut laissé à l'abandon (VIIIe s. apr. J.-C.). L'établissement de liens directs entre l'Europe et l'Inde à partir de 1498 (v. GAMA Vasco de) a reposé le problème du percement de l'isthme de Suez. Ferdinand de Lesseps (v.), bénéficiant de l'amitié du vice-roi Saïd Pacha, entreprit enfin la réalisation du projet. Ayant obtenu une concession de quatre-vingt-dix-neuf ans (30 nov. 1854), il fonda la Compagnie universelle du canal maritime de Suez ; la concession devait partir de la date de l'ouverture du canal, et, à son expiration, le canal deviendrait la propriété du gouvernement égyptien ; les bénéfices seraient répartis à raison de 15 % à l'Égypte, de 10 % aux fondateurs et de 75 % à la Compagnie. Les travaux commencèrent le 25 avr. 1859. L'Angleterre s'ingénia à en contrarier l'aménagement, de crainte de voir la France prendre pied dans les pays du Levant et faire peser une menace sur la route des Indes. En dépit des difficultés, le canal fut inauguré le 17 nov. 1869. En nov. 1875, le cabinet Disraeli (v.) racheta au khédive Ismaïl (v.), gravement endetté, les actions qu'il possédait ; le gouvernement britannique devint ainsi le principal actionnaire. La convention de Constantinople (29 oct. 1888), signée par toutes les grandes puissances, donna son statut international au canal. En fait, l'Angleterre, maîtresse de l'Égypte depuis 1882, exerça jusqu'en 1956 un contrôle absolu sur le canal de Suez, dont la défense était assumée par les troupes britanniques. L'Égypte du colonel Nasser obtint en juin 1956 l'évacuation complète de la zone du canal par les troupes britanniques. En quête de ressources pour la construction du grand barrage d'Assouan, Nasser annonça le 26 juill. 1956 la nationalisation du canal de Suez. Cette décision provoqua une vive réaction du cabinet britannique, mais aussi du gouvernement français, qui crut l'occasion venue d'en finir avec Nasser qui apportait son aide aux nationalistes algériens. À la suite d'un plan monté en commun par Londres, Paris et Tel-Aviv, les troupes israéliennes déclenchèrent une guerre contre l'Égypte (29 oct. 1956), et les Franco-Britanniques, sous prétexte de protéger le canal contre les belligérants, lancèrent leurs parachutistes sur Port-Saïd et Port-Fouad, qui furent aisément occupés. Cette action fut interrompue sous la pression de l'URSS et des États-Unis. L'ONU exigea le départ des forces franco-britanniques et apporta une aide technique pour déblayer le canal que les Égyptiens avaient obstrué en y coulant plusieurs navires. Il fut rouvert à la navigation le 29 mars 1957. L'accord de Rome (13 avr. 1958) assura aux actionnaires de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez une indemnité.

Lors de la guerre des Six Jours en juin 1967, les troupes israéliennes atteignirent le canal, qui fut de nouveau fermé à la navigation. Les travaux de déblaiement ne commencèrent que près de sept ans plus tard, à la suite de l'accord de janv. 1974, par lequel les Israéliens acceptèrent de se retirer de la rive orientale du canal. Celui-ci fut rouvert à la navigation le 5 juin 1975. Mais, durant la longue période de sa fermeture, la flotte pétrolière mondiale s'était reconvertie en utilisant des pétroliers géants qui empruntaient la route du Cap. Depuis le 16 déc. 1987, les plus grands pétroliers du monde (500 000 t) peuvent passer par le canal qui a été totalement réaménagé.

SUEZ (Canal de). Canal maritime situé en Egypte et reliant, de Suez à Port-Saïd, la Méditerranée orientale à la mer Rouge. Réalisé entre 1859 et 1869 sous la direction de Ferdinand de Lesseps, avec l'accord du pacha d'Égypte, il fut inauguré par l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Après avoir, en 1875, acheté les titres du pacha Isma'il, la Grande-Bretagne devint le principal actionnaire de la compagnie et occupa militairement l'Égypte (1882), afin de préserver la route des Indes (de là vint la mainmise de Londres sur l'Égypte). Dotée d'un statut international en 1888, la compagnie du canal fut nationalisée en 1956 par Nasser, ce qui provoqua l'intervention militaire de la France, de la Grande-Bretange et d'Israël que firent cesser les États-Unis et l'URSS. Après la guerre des Six-Jours (juin 1967), la navigation sur le canal fut interdite jusqu'en 1975. Voir Israélo-arabe (Deuxième guerre).




LESSEPS, Ferdinand Marie, vicomte de (Versailles, 1805-La Chênaie, 1894). Diplomate et administrateur français, il fit percer le canal de Suez, puis commença celui de Panama, qui aboutit à un scandale politique et financier (1888-1893). Diplomate au Caire puis à Alexandrie (1833-1838), il se lia d'amitié avec le prince héritier Saïd qui, accédant au trône en 1854, l'autorisa, malgré l'opposition des Anglais inquiets pour la route des Indes, à percer le canal de Suez, inauguré en 1869. Devenu membre de l'Académie des sciences (1873), puis de l'Académie française (1884), il fonda en 1880 une société pour le percement du canal de Panama. La faillite de la compagnie en 1889 constitua l'un des plus importants scandales financiers de la Troisième République. Voir PANAMÁ (affaire de) (Affaire de).

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