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STEIN Karl, baron vom und zum

Homme politique prussien. Directeur des mines et des usines de Westphalie (1784), appelé à Berlin en 1804 comme ministre du Commerce, de l'Industrie et des Douanes, il entreprit d'abattre les barrières douanières entre les provinces prussiennes et s'attaqua aux corporatismes qui entravaient le fonctionnement de l'industrie. Il déplut cependant à Frédéric-Guillaume III, qui le renvoya en janv. 1807. Rappelé en sept., après Tilsit (v.), il commença les grandes réformes d'où allait naître la Prusse moderne : abolition du régime séculaire des castes héréditaires et du servage, accès à la propriété terrienne pour les roturiers, aux activités de l'industrie et du commerce pour les nobles. Il réforma la vieille administration prussienne en lui adaptant les réformes de la Révolution française. Mais cette œuvre de réorganisation menée en quatorze mois inquiéta Napoléon, qui comprit que Stein préparait la guerre de revanche. Napoléon obtint du roi de Prusse la démission du ministre (24 nov. 1808). Stein fut secrètement appelé par le tsar en mai 1812. Il convainquit celui-ci de poursuivre la guerre au-delà des frontières russes, puis décida Frédéric-Guillaume III à s'allier à la Russie contre Napoléon (traité de Kalisz, 28 févr. 1813). Président du Conseil d'administration central, il s'employa alors à subventionner les « guerres de libération ». Il favorisa la restauration des Bourbons, puis, déçu par le congrès de Vienne et désespéré de voir l'unité allemande repoussée à un avenir incertain, il abandonna la politique.

Stein, Karl, baron vom et zum (Nassau-an-der-Lahn 1757-château de Kappenberg, Westphalie, 1831) ; homme politique prussien.

Après léna, la personnalité de S. donne son orientation et son impulsion décisive au mouvement de réforme prussien. Issu d’une famille de chevaliers d’Empire du comté de Nassau, il se destine d’abord, après de solides études de droit (et aussi d’histoire et d’économie) à Göttingen, au service de l’Empire germanique mais choisit finalement la fonction publique prussienne. Conseiller supérieur des mines à Berlin, puis directeur des mines et usines de Westphalie, enfin à partir de 1796 représentant du gouvernement prussien dans l’ensemble des territoires de la Prusse rhénane, il devient en un peu plus de vingt ans d’activité un spécialiste de l’administration. Cette réputation lui vaut d’être appelé en 1804 à Berlin au poste de ministre du Commerce, de l’industrie et des Finances et à la direction du commerce maritime prussien. Il y donne une impulsion à de grandes réformes, inspirées des principes physiocratiques de libre circulation et de libre production des biens, et tente au début de 1806 de passer du gouvernement de cabinet existant à un ministère d’Etat moderne reposant sur la responsabilité et l’autonomie de chacun des ministres sans interférence du cabinet privé. L’échec de cette réforme, qui porte atteinte au gouvernement personnel du roi, et la conduite cassante de S. envers Frédéric-Guillaume III ont pour conséquence sa disgrâce et son renvoi le 3 janvier 1807. C’est seulement lorsque S. est rappelé en septembre sur la recommandation de Hardenberg et même de Napoléon Ier, qui voit dans sa compétence économique un gage du paiement de l’indemnité de guerre prussienne, que se fait jour, après le désastre d’Iéna et d’Auerstädt, la possibilité de réformes radicales. Placé à la tête du gouvernement prussien et doté des pouvoirs les plus étendus, il est, malgré la brièveté de son mandat (du 4 oct. 1807 au 24 nov. 1808), le promoteur de l’ensemble du développement politique prussien et allemand du XIXe siècle. Le principe de ses réformes est exposé dans le Mémoire de Nassau, qu’il a rédigé en juin 1807 dans sa terre d’origine, et dans lequel il a consigné ses plans de rénovation de l’Etat. On retrouve sur bien des points la trace de sa personnalité et de sa formation dans l’objectif qu’il s’assigne : créer un lien vivant entre le gouvernement et le peuple, substituer à la bureaucratie absolutiste et à la léthargie politique 1’ « esprit public et le sens civique », grâce à la participation des citoyens aux affaires de la cité. Une grande force morale et une forte conviction combinées à une foi luthérienne traditionnelle contribuent à lui donner une conception du monde qui se fonde plus sur des facteurs moraux et éthiques que sur le pragmatisme politique. A l’université de Göttingen, S. a étudié les écrits des philosophes des Lumières, notamment Montesquieu, et connu l’oeuvre de Burke. A ces influences intellectuelles s’ajoutent un patriotisme d’Empire qu’il doit à ses origines, l’exemple pratique du self-government anglais (qu’il a connu lors d’un voyage en Angleterre en 1786), et sa propre expérience dans l’administration westphalienne, basée sur la société d’ordres d’Ancien Régime. Sans être vraiment proche des idées de la Révolution française, dont il rejette le radicalisme, il aspire à tracer par des réformes qui partent de l’existant une voie moyenne entre ses apports et l’absolutisme. Pour lui, le point de départ effectif de toute éducation civique est la création et le renforcement de l’autonomie administrative des communautés urbaines et villageoises. L’édit du 9 octobre 1807 sur l’émancipation des paysans inaugure dans cet esprit une série de grandes réformes. En même temps qu’il met fin à la sujétion héréditaire, cet édit lève les restrictions imposées à l’aliénation des biens fonciers aussi bien qu’à l’exercice par les nobles d’activités industrielles ou commerciales. Le 19 novembre lui succède l’ordonnance sur les villes, qui dans la droite ligne des propositions du Mémoire de Nassau prévoit la mise en place de municipalités élues au suffrage censitaire et, en mettant fin aux privilèges des corporations, crée un ordre étatique moderne reposant sur l’autonomie administrative. Le jour même de son renvoi, S. tente par un troisième édit de régler l’organisation de l’administration centrale par l’établissement de départements ministériels et crée ainsi les bases du ministère d’Etat moderne, qu’il avait voulu en 1806 substituer au système du cabinet privé. Pour réorganiser l’armée et engager une profonde réforme militaire, condition de la revanche prussienne, il impose Gneisenau et Scharnhorst. D’autres projets ne sont que partiellement réalisés : la réorganisation des pouvoirs publics provinciaux par le remaniement de la fonction de représentant du gouvernement (Oberpräsident), sorte de préfet représentant le gouvernement central, la mise en place d’assemblées élues de district (Kreis) et de province (Land) et enfin, couronnement des réformes, un projet de création d’une représentation nationale. Une lettre compromettante où S. dévoile sa politique étrangère de revanche tombe aux mains de Napoléon Ier qui exige son renvoi ; les sentiments très froids que lui porte le couple royal prussien, indisposé par son attitude maladroite, et l’hostilité de la noblesse terrienne précipitent sa chute. Ses successeurs Dohna et Altenstein, pleins de bonne volonté mais incapables, sont remplacés en 1810 par Hardenberg, qui tente de poursuivre les réformes de S. dans un esprit souvent différent, avant d’être lui aussi victime des tendances restauratrices de l’époque. Mis au ban de l’Empire et de la Confédération du Rhin par Napoléon, S. se réfugie en Autriche (à Prague puis à Brno) avant d’être appelé secrètement en 1812 par le tsar de Russie où il devient un des animateurs principaux de la lutte contre Napoléon. Conseiller écouté d’Alexandre Ier, il l’incite, après la défaite française devant Moscou, à poursuivre le combat au-delà des frontières russes, dirige sur son mandat au début de l’année 1813 le recrutement de troupes en Prusse orientale et négocie l’alliance de Kalisz entre la Prusse et la Russie. A la tête du « Conseil central d’administration » mis en place pour administrer les territoires allemands restés sans souverain après l’éviction de Napoléon et assurer leur contribution au financement de la guerre, il tente de pousser plus avant ses idées de réforme de la nation allemande. Après 1808, il reste cependant un outsider. Homme de confiance de la Russie au congrès de Vienne, où il favorise le retour des Bourbons et obtient le retour de la Sarre à l’ensemble allemand, il n’est en cette qualité pas bien placé pour défendre contre Metternich une union politique forte des États allemands. Il rejette la politique de restauration de Metternich, mais aussi les associations d’étudiants et le mouvement libéral. Retiré dans la propriété qu’il a acquise à Cappenberg en Westphalie, il se manifeste une fois encore en 1819 en fondant la « Société pour la recherche des sources de l’ancienne histoire allemande », éditrice à partir de 1826 de la précieuse collection des Monumenta Germaniae Historica. Souvent méconnue ou interprétée à faux, l’oeuvre de S. a laissé des traces jusqu’à nos jours. S., dont la correspondance et les écrits ont été publiés de 1931 à 1937 par Botzenhart, reste une grande figure allemande.

Bibliographie : J. Droz, Le Romantisme allemand et l’État, p. 180-183.

STEIN, Karl, baron vom und zum (Nassau, 1757-Kappenberg, 1831). Homme politique prussien. Adepte du despotisme éclairé, excellent administrateur, il proposa au roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, une série de réformes fondamentales. Issu d'une vieille famille de Hesse, il entra, après de solides études de droit, au service de la Prusse en 1780. Ministre du Commerce, de l'industrie et des Douanes (1804), il s'affirma bientôt comme le chef du parti réformateur et national, très hostile à l'expansion napoléonienne. Renvoyé en 1807 pour avoir tenté de supprimer les barrières douanières entre les provinces prussiennes, Stein fut rappelé après le traité de Tilsit (juillet 1807) qui démembrait la Prusse. En 14 mois, il entreprit une série de réformes d'où allait naître la Prusse moderne : abolition du régime des castes héréditaires et du servage, droit accordé aux roturiers d'acheter des terres, et aux nobles d'exercer des activités commerciales ou industrielles sans dérogeance, restructuration de l'administration centrale et mise en place de municipalités élues au suffrage censitaire. Napoléon Ier, inquiet, vit en Stein l'un de ses plus dangereux adversaires et exigea du roi sa démission (novembre 1808). Réfugié en Autriche, il fut appelé par le tsar Alexandre Ier et décida, en février 1813, Frédéric-Guillaume III à signer un traité d'alliance avec la Russie contre la France. Déçu par le congrès de Vienne (1815) et l'échec de l'unité allemande, il abandonna la politique pour se consacrer à l'histoire, fondant la collection des Monumenta Germaniae historica, contribuant ainsi au développement des sciences historiques en Allemagne. Voir Hardenberg (Karl August von).

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