SOCINI Fausto (ou Sozzini)
SOCINI Fausto (ou Sozzini). Philosophe et théologien italien. Né le 5 décembre 1539 à Sienne, mort à Racow en Pologne le 3 mars 1604. D’une célèbre famille de grands juristes, il suivit les traces de son oncle Lelio Sozzini en composant un système rationnel (à la fois humaniste et philologique) de la théologie chrétienne, dans le but de ramener parmi les chrétiens l’unité qu’avait rompue la Réforme protestante. On connaît fort peu de choses de sa vie en Italie. Pendant un temps assez bref (1559-1562), il demeura à Lyon et à Zurich, puis pendant une longue période (1562-1574) il vécut à la cour des Médicis en dissimulant ses idées si radicales qu’elles lui permettaient de se montrer indifférent à l’égard des actes extérieurs du culte protestant comme du culte catholique. Pour conserver ses biens, même lorsqu’il fut obligé de partir pour l’exil, il garda l’anonymat — il signait ses écrits d'un pseudonyme — jusqu’en 1594. A partir de 1574, après un court séjour en Suisse, Socini vivra presque toujours en Pologne (Cracovie, Racow). Il y fut considéré bientôt comme le chef d’un nouveau mouvement, bien qu’il n’ait cessé de se donner lui-même comme un chrétien à la recherche de la voie de la vérité. En effet, en accord avec les idées humanistes de Valla et d’Erasme qu’il appliqua radicalement aux textes sacrés, dans sa doctrine le message évangélique est considéré exclusivement comme une voie, une règle de vie selon la volonté de Dieu. La substance de la religion se réduit pour lui à la norme de vie ou morale évangélique, c’est-à-dire à l’élément commun à tous les chrétiens, catholiques comme anabaptistes, et aux antitrinitaires mêmes qui, rejetant le dogme de la Trinité, niaient la divinité du Christ. Mais au lieu de servir à la réunion de tous les chrétiens, la doctrine fut combattue, moins par les catholiques que par les luthériens et surtout les calvinistes. Les étudiants catholiques de Cracovie furent sur le point de jeter Socini dans la Vistule, après l'avoir traîné à travers les rues et malmené. En Pologne et en Lithuanie, les doctrines qui ensuite, contre son gré, prendront le nom de socinianisme, entre autres le pacifisme absolu, l’égalité évangélique des vrais chrétiens, se répandirent même parmi la population paysanne; dans le reste de l’Europe, elle toucha surtout les ecclésiastiques et les humanistes, dont le célèbre Grotius. Socini chercha toujours à maintenir l’unité du moins entre les mouvements radicaux qui étaient en marge du protestantisme (antitrinitaires et anabaptistes de diverses tendances, etc.) et d’atténuer, au nom d’une tolérance réciproque, les disputes dogmatiques sans cesse renaissantes, tandis qu’il demandait aux autorités civiles de ne persécuter personne pour ses croyances, ce qu’il réussit à obtenir pendant un certain temps. Ses multiples œuvres de controverse et d’analyse exégétique furent rassemblées dans les deux premiers volumes de la Bibliotheca Fratrum Polonorum Unitariorum (Irenopoli, Amsterdam, 1656).