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SOCIALISME

Ensemble des mouvements et des doctrines qui, hostiles au capitalisme, aux injustices engendrées par la libre concurrence et le laisser-faire, ont préconisé une réforme radicale des institutions économiques en vue d'assurer la répartition la plus égale possible des richesses.

• Les premiers théoriciens du socialisme (jusqu'en 1848) • Les débuts du socialisme marxiste • Le socialisme en Europe de l'Est • Le socialisme français jusqu'à la Première Guerre mondiale • Le socialisme français durant l'entre-deux-guerres • Le socialisme français sous la IVe République • François Mitterrand et le nouveau parti socialiste • Le socialisme allemand des origines à 1918 • Le socialisme allemand dans la république de Weimar • Le socialisme allemand depuis 1945 • Le socialisme en Autriche • Le socialisme dans les pays scandinaves • Le socialisme en Suisse et en Belgique • Le socialisme en Italie jusqu'en 1922 • Le socialisme dans l'Italie contemporaine • Le socialisme en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas et dans les pays anglo-saxons • Le socialisme au Proche-Orient et en Asie

Les premiers théoriciens du socialisme (jusqu'en 1848)

Le socialisme s'est d'abord élaboré en France, foyer des idées politiques révolutionnaires, et en Angleterre, où la révolution industrielle était plus avancée que partout ailleurs et où la misère ouvrière était aussi la plus grave dans la première moitié du XIXe s. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789) avait proclamé que tous les hommes étaient égaux, mais cette égalité purement politique, qui laissait subsister l'inégalité des fortunes, avait permis à la bourgeoisie, enrichie par l'achat des biens nationaux, de mieux établir sa prééminence économique et sociale. Le monde ouvrier quant à lui s'était vu priver par la loi Le Chapelier (1791) et les décrets de Napoléon Ier de tous droits de coalition ou de grève. Sans doute, à l'époque de la Terreur, le gouvernement révolutionnaire était intervenu dans l'économie nationale pour essayer d'arrêter la misère croissante des plus pauvres ; mais ces mesures (loi sur l'accaparement, loi du maximum général) eurent plus de valeur symbolique que d'efficacité. Vers 1795/96, Gracchus Babeuf (v.) put réclamer une révolution sociale qui, en supprimant les classes et en établissant la communauté des biens, compléterait la révolution politique de 1789 : accusé de conspiration contre le Directoire, il fut guillotiné, et ses idées eurent un écho limité. En Angleterre, où se développait rapidement la nouvelle société industrielle, des théoriciens comme Malthus (v.) et Ricardo (v.), sans abandonner le libéralisme, qui leur semblait, à tout prendre, meilleur qu'une intervention de l'État, commençaient à se détourner des illusions optimistes d'Adam Smith (v.). Dès le premier quart du XIXe s., la foi dans le laisser-faire, dans l'harmonie préétablie entre les intérêts individuels et l'intérêt général, était en recul. Pour le comte de Saint-Simon, fondateur du saint-simonisme (v.) et ancêtre du socialisme français, les premières réformes qui s'imposaient étaient l'élimination des oisifs, l'abolition de l'« exploitation de l'homme par l'homme », l'orientation de toutes les institutions sociales vers « l'amélioration de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre ». Ses disciples allèrent plus loin en réclamant la suppression de la propriété privée et la distribution des moyens de production aux plus capables, par les soins de l'État. Pour fonder la nouvelle morale de la société industrielle, les saint-simoniens se mirent à prêcher une religion romantique dont le dogme essentiel était l'amour fraternel. C'est là un trait caractéristique de toute la première école socialiste, qu'on a appelée « utopique » parce qu'elle faisait d'abord référence à des idées morales, et qu'elle croyait pouvoir atteindre ses objectifs par les seules forces de l'esprit et de la volonté. La pensée de Charles Fourier (v.) était animée par l'idéal de l'épanouissement harmonieux des passions humaines ; celle de Proudhon (v.), par l'idéal de la justice et par la notion d'une conscience sociale qui, au coeur de chaque individu, était le germe d'une moralité supérieure.

Les débuts du socialisme marxiste

L'année 1848 fit naître, chez les socialistes, d'immenses espérances bientôt suivies de terribles déceptions. Après l'écrasement du mouvement ouvrier (journées de juin 1848), la IIe République s'orienta vers une politique de plus en plus conservatrice. Le socialisme utopique apparut dans son inefficacité. Sans doute Proudhon devait-il exercer encore une longue influence sur le mouvement ouvrier français : on retrouve sa passion de justice et de liberté, sa méfiance à l'égard de la démocratie parlementaire, sa haine de l'État dans le syndicalisme révolutionnaire des premières années du XXe s. Écrasée par une bourgeoisie impitoyable dans la défense de ses intérêts (les milliers d'exécutions qui accompagnèrent la répression de la Commune de Paris, en mai 1871, constituèrent longtemps le symbole de sa dureté), l'élite ouvrière allait retrouver confiance en elle-même soit par le radicalisme forcené de l'anarchisme, soit par le nouveau socialisme de Marx (v.) et Engels (v.) : socialisme « scientifique » parce qu'il ne faisait pas appel, comme ses prédécesseurs « utopiques », à des aspirations morales ou humanitaires ; il se donnait comme une interprétation rigoureuse de l'histoire et de l'évolution économique et sociale, d'après laquelle le prolétariat ouvrier devenait l'agent prédestiné de la destruction inévitable du capitalisme et de l'instauration d'une société communiste.

Le socialisme en Europe de l'Est

En Pologne, partagée jusqu'à la Première Guerre mondiale entre la Russie, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, le « Proletaryat », premier parti socialiste, fut fondé à Varsovie en 1882 par L. Warynski ; proche du populisme russe, il fut dispersé dès 1885 par la police tsariste, et plusieurs de ses chefs furent condamnés à mort. Plusieurs autres groupes socialistes se formèrent, en Pologne russe et chez les Polonais émigrés, à partir de 1888 ; ils s'unirent en 1893 dans le parti polonais socialiste (PPS), qui comptait dans son Comité central le futur maréchal Pilsudski (v.). Ce parti entendait mener de front la lutte sociale et la lutte pour l'indépendance nationale. Mais un courant socialiste de gauche, d'inspiration marxiste, et groupé autour de Rosa Luxemburg (v.), Leo Jogiches et Julian Marchelwski-Karski, soutenait, au contraire, que seul le maintien des liens avec la Russie pouvait permettre l'industrialisation du pays et le développement d'une puissante classe ouvrière. Cette tendance s'organisa dans la social-démocratie du royaume de Pologne (SDKP) (1893), laquelle, après avoir fusionné avec les socialistes lituaniens, prit le nom de social-démocratie du royaume de Pologne et de la Lituanie (SDKPL) (1899) ; celle-ci, tout en conservant son autonomie, s'affilia en 1906 à la social-démocratie russe. En 1897, un troisième mouvement socialiste, réunissant uniquement des ouvriers juifs, fut formé sous le nom de Bund. Lors de la révolution de 1905, les trois partis lancèrent un appel à la grève générale ; après l'échec du soulèvement, des milliers de militants furent emprisonnés. Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, le PPS, dirigé par Pilsudski, fit passer au premier plan la lutte pour l'indépendance nationale, que Pilsudski chercha à obtenir en combattant, de 1914 à 1917, aux côtés de l'Autriche, contre la Russie. En 1918, Pilsudski, en devenant chef de l'État, se sépara des socialistes. Le SDKPL et la gauche du PPS ayant fusionné pour constituer le parti communiste (déc. 1918), une opposition grandissante se développa entre les communistes et le PPS, lequel, en 1929, sous la dictature de Pilsudski, forma, avec des partis bourgeois, un bloc d'opposition du centre gauche, le Centrolew, qui lutta pour le rétablissement du régime parlementaire. Après la Seconde Guerre mondiale, le PPS, épuré de tous ses éléments anticommunistes, dut fusionner avec le parti ouvrier polonais (communiste) pour former le parti unifié des travailleurs polonais (PZPR) (déc. 1948). En Hongrie, le parti socialiste (PSH) a été l'héritier du parti communiste, au pouvoir entre 1948 et 1989. Après 1968, la politique menée par le gouvernement s'est éloignée de plus en plus de l'idéologie communiste affichée. En prenant, en oct. 1989, le nom de socialiste, le parti entendait consacrer sa rupture avec le passé. Mais, en dépit de la présence en son sein de nombreux réformateurs, le PSH fut battu aux élections de mars 1990. Cependant, sous la férule de Gyula Horn, il parvenait à regagner en quatre ans une popularité qui lui permit de revenir au pouvoir en mai 1994. Mais il fut battu lors des législatives de 1998. Dans la Russie tsariste, qui connaissait encore au XIXe s. un grand retard industriel, les révolutionnaires crurent longtemps qu'il était possible de passer de l'autocratie au socialisme en évitant l'étape du capitalisme. Les révolutionnaires russes des années 1860/70, tels que Tchernychevski et Tkatchov, défendirent cette idéologie d'un socialisme d'origine agraire, mais en insistant sur la nécessité de mobiliser les masses par la propagande et, éventuellement, de recourir à la violence. Pour Bakounine (v.), la libération de la Russie devait résulter de l'alliance des paysans et des hors-la-loi. Disciple de Bakounine, Netchaïev (v.) se fit le théoricien d'une révolution résolue à ne respecter aucun des principes légaux ou moraux de la civilisation bourgeoise. Toutes ces idées s'incarnèrent dans le populisme, mouvement d'intellectuels qui s'efforçaient de gagner la confiance de la paysannerie pour l'éclairer sur sa condition et de susciter en elle une volonté révolutionnaire. Une conjonction s'opéra entre le populisme et le nihilisme, qui préconisait l'action terroriste. Les deux tendances se retrouvèrent dans le groupe de la Narodnaïa Volia, lequel fut rapidement démantelé par la police, mais dont l'esprit se perpétua et inspira la création du parti socialiste révolutionnaire (SR), fondé en 1901 par Tchernov, Avksentiev, Gotz et Guerchouni. Comme les populistes des années 1870/80, les socialistes révolutionnaires croyaient que la communauté agraire du mir pouvait devenir le creuset de la collectivisation du sol et l'embryon du socialisme. Ils tinrent une grande place dans la vie politique jusqu'à la révolution d'oct. 1917. Le mouvement social-démocrate russe progressa parallèlement au capitalisme industriel. Le Capital de Marx avait été traduit en russe dès 1872 et la première organisation marxiste russe, le groupe de l'Émancipation du travail, fut fondée en 1883 à Genève par Plekhanov (v.). Celui-ci fit une critique serrée des thèses populistes et il accrédita parmi les révolutionnaires russes l'idée que seul le prolétariat pouvait jouer un rôle dirigeant dans la révolution future. À partir de 1887, divers cercles ouvriers social-démocrates se constituèrent à Saint-Pétersbourg, Moscou, Ivanovo-Voznesensk et Odessa. En 1895, à Saint-Pétersbourg, Lénine organisa l'Union de lutte pour la libération de la classe ouvrière ; en 1897, Trotski fonda à Nikolaiev l'Union ouvrière sud-russe. Le premier congrès du parti ouvrier social-démocrate de Russie eut lieu à Minsk en 1898. Le tournant capital de la social-démocratie russe fut le congrès de Bruxelles-Londres (juill./août 1903), où Lénine, qui voulait un parti fortement centralisé, composé de « révolutionnaires professionnels », fit prévaloir ses vues : ce fut l'origine de la scission entre bolcheviks (« majoritaires ») et mencheviks (« minoritaires »). L'histoire de la social-démocratie fut dominée, jusqu'en 1917, par la rivalité de ces deux tendances ; après s'être assuré une majorité éphémère au congrès de 1903, les bolcheviks (tout en gardant leur nom !) restèrent paradoxalement toujours minoritaires, et c'est par l'insurrection qu'ils s'emparèrent du pouvoir lors de la révolution d'Octobre.

Le socialisme français jusqu'à la Première Guerre mondiale

Le premier grand représentant du marxisme en France fut Jules Guesde (v.). Après avoir combattu les tenants de l'ancien socialisme français dans son journal L'Égalité (1877/78), il fit triompher ses idées au congrès de Marseille (1879). En 1880, J. Guesde et Paul Lafargue (gendre de Marx) fondèrent le parti ouvrier français (POF), qui professait une doctrine marxiste rigide, préconisait la révolution et la dictature du prolétariat, mais manœuvrait avec souplesse et n'hésitait pas à collaborer avec d'autres partis sur le terrain électoral. Au congrès de Saint-Étienne (1882), un schisme se produisit entre J. Guesde et ses amis et la fraction « possibilité » de Paul Brousse, qui voulait s'en tenir au possible, en s'acheminant vers le socialisme par des mesures transitoires. Ces possibilistes fondèrent la Fédération des travailleurs socialistes (1884), de laquelle se détacha le groupe d'Allemane, qui prit le nom de parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR, 1890). Le socialisme français de cette époque comprenait encore deux autres grandes tendances : les « blanquistes », groupés, à partir de 1898, avec Édouard Vaillant (v.), dans le parti socialiste révolutionnaire (PSR), qui restait fidèle aux traditions de la Commune ; et les socialistes indépendants (Millerand, Jaurès), composés surtout d'intellectuels, de professeurs, d'avocats, qui s'efforçaient d'adapter le marxisme aux traditions de la France républicaine et admiraient l'efficacité réformiste du socialisme allemand. Malgré leurs divisions, les socialistes firent d'importants progrès électoraux, passant de 175 000 voix et d'une douzaine de sièges de députés, en 1889 à 875 000 voix et à quarante-trois sièges en 1902. Cependant, l'affaire Dreyfus avait ajouté aux divergences entre les tendances socialistes : alors que les guesdistes refusaient de prendre part à une querelle qui divisait la bourgeoisie en deux camps, les socialistes indépendants (Jaurès, Millerand, Briand, Viviani) se ralliaient à la « défense républicaine » au nom des droits de l'homme. L'entrée de Millerand dans le cabinet Waldeck-Rousseau (juin 1899) parut scandaleuse à un grand nombre de socialistes. À la suite de ces événements, un premier regroupement des forces socialistes se produisit : après le congrès de Lyon (1901), les blanquistes de Vaillant et les guesdistes se réunirent pour former le parti socialiste de France, révolutionnaire et antiministériel ; au congrès de Tours (1902), les socialistes indépendants, les possibilistes et les allemanistes se regroupèrent dans le parti socialiste français de Jaurès, favorable à une alliance avec les radicaux et au soutien conditionnel de gouvernements bourgeois. C'est sous la pression du congrès socialiste international d'Amsterdam (1904) que fut réalisée l'unification du socialisme français (avr. 1905). La déclaration commune qui donna naissance au parti socialiste SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) était d'inspiration nettement marxiste. Cependant, du fait de l'influence personnelle de Jaurès, c'est un révisionnisme humanitaire, fraternel et universaliste qui s'imposa peu à peu dans le parti socialiste unifié, où l'influence de J. Guesde ne cessait de baisser. Mais l'assassinat de Jaurès (31 juill. 1914) priva le socialisme français du seul homme qui eût peut-être été encore capable d'arrêter le fatal engrenage des mesures militaires. La majorité des socialistes se rallia à l'« Union sacrée » : Guesde, Sembat, Thomas participèrent aux gouvernements de guerre, mais, à partir de 1917, le parti revint à une certaine opposition parlementaire. Le socialisme français durant l'entre-deux-guerres Favorables à la révolution russe de févr. 1917, les socialistes français furent d'abord nettement hostiles à la révolution bolcheviste d'Octobre, suivie de la paix germano-russe de Brest-Litovsk. Cependant, après 1918, les partisans de la tendance bolcheviste gagnèrent rapidement du terrain ; ils marquèrent des points au congrès de Strasbourg (févr. 1920) et, en décembre 1920, ils l'emportèrent au congrès de Tours (v.), sous l'influence de Cachin (v.) et de Frossard (v.), qui revenaient de Moscou. Une scission se produisit : la majorité, qui garda le contrôle de l'organe du parti, L'Humanité, fondé par Jaurès, forma le parti communiste SFIC (Section française de l'Internationale communiste) ; la minorité resta attachée à la IIe Internationale, conserva le nom de parti socialiste SFIO et eut pour organe Le Populaire. Durant les années 1920, la SFIO fit campagne pour des impôts spéciaux sur la fortune, de massives économies militaires, la nationalisation des monopoles et des services publics. En politique extérieure, elle se fit le champion du désarmement universel et s'opposa à la politique de force menée par Poincaré lors de l'occupation de la Ruhr (1923). Le 6-Février amenant toutes les forces de gauche à se regrouper, communistes et socialistes signèrent un pacte d'unité d'action (juill. 1934), qui préluda à la formation du Front populaire. Aux élections de mai 1936, la SFIO, avec 1 955 000 voix, se trouvait légèrement en retrait par rapport à 1932, alors que les communistes avaient gagné plus de 700 000 voix. Mais la discipline de gauche, appliquée strictement par les électeurs communistes et partiellement par les radicaux, permit à la SFIO, passant de 132 à 149 sièges, de devenir le plus puissant parti de la coalition. Pour la première fois en France, Léon Blum constitua un gouvernement à direction socialiste, avec participation des radicaux et des socialistes indépendants. Cependant, dès juin 1937, Blum dut céder la direction du gouvernement aux radicaux. L'échec relatif du Front populaire fut suivi d'une lutte de tendances à l'intérieur de la SFIO (exclusion de la fraction « trotskiste » de Marceau Pivert, 1938). Après les accords de Munich (sept. 1938), les socialistes se divisèrent également sur la politique étrangère, les uns, avec Paul Faure, restant fidèles au pacifisme, les autres, avec Blum, acceptant la perspective d'une guerre avec l'Allemagne hitlérienne. La défaite de 1940 provoqua l'effondrement de la direction socialiste, qui avait accepté, en 1939, la proscription des communistes décidée par le gouvernement Daladier : sur 126 parlementaires SFIO, 90 votèrent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Parmi les réfractaires se trouvaient L. Blum, Marx Dormoy, Félix Gouin, Jules Moch, L. Noguères, A. Philip, Tanguy-Prigent. Tandis que quelques anciens chefs du parti, tels que P. Faure, se ralliaient à la « révolution nationale », de nombreux membres de la SFIO se retrouvèrent dans des organisations de résistance, notamment à Libération-Nord (Christian Pineau, J. Texcier, Louis Vallon) ; d'autres siégèrent au Comité français d'Alger (André Philip, André Le Troquer, A. Tixier).

Le socialisme français sous la IVe République

À partir de la Libération, les communistes supplantèrent les socialistes comme premier parti de la gauche. La SFIO refusa la réunification proposée par les communistes et, pour éviter de se trouver seule avec ces derniers, elle favorisa le système du « tripartisme », avec le MRP. En revanche, elle refusa la formule novatrice d'un vaste « travaillisme » français, et Guy Mollet, successeur de Daniel Mayer au secrétariat général, se voulut le gardien de la ligne idéologique dure d'un parti qui ne renonçait pas à l'idéologie marxiste et révolutionnaire. Mais cette position théorique ne put résister au développement de la guerre froide, qui rejeta la SFIO vers l'atlantisme. C'est le socialiste Paul Ramadier qui prit l'initiative, en mai 1947, d'exclure du gouvernement les ministres communistes. La SFIO resta une des principales forces politiques de la IVe République : sauf de 1951 à 1956, elle participa à tous les gouvernements, collaborant avec les groupes du centre droit et de la droite. Elle exerça la direction des affaires avec Félix Gouin (janv./juin 1946), Léon Blum (déc. 1946/janv. 1947, cabinet socialiste homogène), P. Ramadier (janv./nov. 1947) et Guy Mollet (janv. 1956/mai 1957). Le premier président de la IVe République fut un socialiste, Vincent Auriol (1947/54). Le « tripartisme » étant mort avec le départ des communistes, les socialistes se firent les champions de la « troisième force » entre le communisme et le gaullisme. Jules Moch, ministre socialiste de l'Intérieur, réprima avec énergie les grandes grèves de 1947/48. Séparée du MRP par la querelle de la laïcité à partir de 1951, profondément divisée par la question de l'armée européenne en 1954, la SFIO soutint Pierre Mendès France tout en refusant de participer à son ministère. Revenue au pouvoir en 1956, elle se laissa entraîner dans la guerre d'Algérie, menant une politique de répression et lançant le pays dans l'expédition de Suez (nov. 1956) ; en même temps, elle poursuivait la construction européenne (signature des traités de Rome, mars 1957), préparait l'émancipation de l'Afrique noire par la loi-cadre Defferre et faisait voter diverses mesures sociales (allongement des congés payés, création du Fonds vieillesse). Mais la politique suivie en Algérie avait créé un désarroi grandissant parmi les militants ; le parti, qui avait compté 280 000 adhérents en 1937, 350 000 en 1946, se trouvait, à la fin de la IVe République, réduit à environ 90 000 membres ; le nombre de ses électeurs avait diminué de plus de 1,2 million entre 1945 et 1956, tandis que le pourcentage de ses voix tombait de 23,4 % à 15,2 %. Lors de la crise du 13 mai 1958, G. Mollet et V. Auriol, craignant une dictature militaire et refusant d'autre part une résistance populaire armée avec les communistes, se résignèrent au retour au pouvoir du général de Gaulle. Cependant, lors de l'investiture de ce dernier (1er juin 1958), le groupe parlementaire socialiste se partagea en deux tendances à peu près égales (42 voix pour de Gaulle, 49 voix contre). Trois socialistes, parmi lesquels G. Mollet, entrèrent dans le premier gouvernement du Général, qui associa ainsi les socialistes à la genèse de la Constitution de la Ve République. Cependant, en janv. 1959, la SFIO refusa de faire partie du cabinet Debré et, quelques mois plus tard, elle passait à l'opposition, tout en soutenant la politique algérienne du gouvernement lorsque celle-ci s'orienta nettement vers l'indépendance. G. Mollet réussit à sauver l'unité de son parti, malgré quelques dissidences qui aboutirent, en 1960, à la fondation du PSU, mais les élections de nov. 1962 mirent la SFIO au plus bas de son déclin, avec 12,5 % des voix et une perte de plus de 2 millions de suffrages par rapport à 1945.

François Mitterrand et le nouveau parti socialiste

À partir de 1961 se développa, sous l'impulsion de François Mitterrand et de plusieurs clubs (réunis en 1964 dans la Convention des institutions républicaines), une tentative de regroupement des forces de gauche non communistes. Le projet de « grande fédération » centriste de Gaston Defferre ayant échoué à la suite de l'opposition de G. Mollet (juin 1965), F. Mitterrand annonça sa candidature à la présidence de la République (où il allait obtenir, en déc. 1965, 45 % des suffrages) et, le 10 sept. 1965, réussit à mettre sur pied une Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) regroupant la SFIO, le parti radical-socialiste, la Convention des institutions républicaines, divers autres clubs et l'UDSR. Cette Fédération, dont le programme ne présentait rien de spécifiquement socialiste, était avant tout une organisation de lutte contre le gaullisme ; grâce à son accord électoral avec le parti communiste, elle obtint 18,79 % des suffrages et 118 élus aux élections législatives de mars 1967. Cependant, lors de la crise de mai 1968, socialistes et communistes, d'abord surpris par l'ampleur du mouvement, ne réussirent pas à harmoniser leur attitude ; la proposition lancée par F. Mitterrand d'un gouvernement provisoire présidé par P. Mendès France rencontra l'hostilité du PC. Peu après le triomphe électoral de la majorité gaulliste, en juin 1968, la FGDS se disloqua. À l'élection présidentielle de 1969, le candidat socialiste, G. Defferre, n'obtint que 5 % des voix. Au congrès d'Issy-les-Moulineaux (13 juill. 1969), la SFIO se transforma en un nouveau parti socialiste (PS), dont le premier secrétaire était Alain Savary ; le mouvement confirmait son orientation résolue vers l'union de la gauche et sa répudiation de toute stratégie de « troisième force ». Au congrès d'Épinay (11/13 juin 1971), la Convention des institutions républicaines de F. Mitterrand rejoignit le nouveau parti ; soutenu par tous les adversaires de l'équipe Savary-Mollet, c'est-à-dire par les modérés (Defferre) et par la gauche du parti (le CERES), Mitterrand devint premier secrétaire. Il s'assignait pour tâche de ressouder l'union de la gauche, mais, en même temps, de « rééquilibrer » la gauche en faisant du PS une force comparable à celle du PC. Après avoir adopté son propre programme « Changer la vie » (convention de Suresnes, mars 1972), le PS conclut avec les communistes un programme commun de gouvernement (27 juin 1972). Le parti socialiste connut dès lors une progression constante que n'altéra pas la rupture de l'union de la gauche en 1977. Dans la foulée de la victoire de F. Mitterrand à l'élection présidentielle du 10 mai 1981, il obtint la majorité absolue. Devenu parti de gouvernement et parti du président, le PS eut à cœur de tenir ses nombreuses promesses électorales, mais dut agir dans le cadre d'une crise économique internationale dont il avait sous-estimé l'importance. Aux législatives de 1986, avec 31,04 % des voix, les socialistes subirent les effets d'un scrutin proportionnel qu'ils avaient institué et n'obtinrent que 206 députés. Rejetés dans l'opposition pendant le gouvernement Chirac, ils mirent tous leurs espoirs dans la présidentielle de mai 1988, que F. Mitterrand remporta largement. Les législatives anticipées de juin leur redonnèrent une majorité relative (34,76 % des voix au premier tour, mais 276 députés par le jeu du scrutin majoritaire établi par la droite). Michel Rocard fut appelé à former le gouvernement. Au congrès de Rennes (mars 1990), l'affrontement des courants donna du PS une image de parti divisé. En janv. 1992, Pierre Mauroy, premier secrétaire depuis mai 1988, démissionna, faute d'avoir pu recréer l'unité du parti, et fut remplacé par Laurent Fabius. Après les législatives de 1993, le PS ne retrouva que soixante-dix députés et plusieurs de ses dirigeants furent battus. M. Rocard s'empara alors de la direction, afin d'asseoir sa légitimité comme candidat potentiel à l'élection présidentielle de 1995. Toutefois, après l'échec de la liste socialiste aux élections européennes de juin 1994 (14,5 %), il dut abandonner son poste au bénéfice d'un homme de l'appareil, Henri Emmanuelli. Les espoirs socialistes se tournèrent alors de plus en plus vers Jacques Delors. Ce dernier ayant renoncé à la compétition présidentielle en déc. 1994, les militants désignèrent Lionel Jospin comme candidat du parti. Se démarquant du mitterrandisme, accusé de faillite morale, Jospin arriva en tête du premier tour (23 %) et obtint un score honorable au second (47 %) face à Jacques Chirac. À la faveur des élections législatives anticipées de mai-juin 1997, qu'il remporta, le PS revint au pouvoir lorsque J. Chirac nomma L. Jospin au poste de Premier ministre. François Hollande prit alors la direction du parti. Après les élections présidentielles de 2002, qui virent l'échec de L. Jospin dès le premier tour, le PS entra dans l'opposition. Le parti socialiste unifié (PSU), qui resta en marge de cette union sur le programme commun, naquit le 3 avr. 1960 de la conjonction des diverses dissidences de la SFIO (Union de la gauche socialiste, parti socialiste autonome) et du parti communiste (Tribune du communisme). Animé de 1967 à 1973 par M. Rocard (qui se rallia ensuite au nouveau parti socialiste), il rassembla des socialistes, des chrétiens-progressistes, des marxistes-léninistes transfuges du PCF, des libertaires, des « gauchistes », et opta pour le « socialisme autogestionnaire ». Comptant moins de 10 000 adhérents, avec un fort contingent d'universitaires et d'étudiants, il recueillit 3,94 % des voix aux élections législatives de juin 1968 et 3,36 % des voix à celles de mars 1973. Sa sensibilité très vive au problème de l'autogestion l'empêcha d'adhérer au programme commun de la gauche, mais, dans sa grande majorité, il soutint la candidature de F. Mitterrand à l'élection présidentielle de 1974 et à celle de 1981. Après le succès de celui-ci, et après la victoire de la gauche aux élections législatives de juin 1981, Huguette Bouchardeau, secrétaire nationale du PSU, qui avait été elle-même candidate au premier tour de la présidentielle, où elle avait obtenu 321 344 voix, fut nommée en 1983 secrétaire d'État à l'Environnement et à la qualité de la vie dans le ministère P. Mauroy, puis ministre de l'Environnement dans le gouvernement de L. Fabius. En déc. 1988, l'ancien parti de M. Rocard décida, par 96 % des suffrages exprimés, lors de son 17e congrès, de se dissoudre et de fusionner en 1989 avec la Nouvelle Gauche, animée par Pierre Juquin, dissident communiste, qui avait obtenu 2,10 % des voix à la présidentielle de 1988.

Le socialisme allemand des origines à 1918

Jusqu'à la Première Guerre mondiale et la révolution russe de 1917, le socialisme allemand, à cause de ses positions doctrinales, de la puissance de son organisation, de son importance numérique, devait jouer un rôle directeur dans le mouvement socialiste mondial. En 1863, Ferdinand Lassalle créa à Leipzig l'Association générale des travailleurs, qui fut le premier parti socialiste organisé outre-Rhin. Lassalle (1825-64), (v.), qui créa la formule de la « loi d'airain des salaires », était avant tout un homme d'action : ses objectifs immédiats étaient l'intervention de l'État en faveur de la classe ouvrière, par la création de coopératives de production financées par des fonds publics, et, corollairement, l'institution du suffrage universel, qui permettrait aux travailleurs d'exercer sur l'État la pression nécessaire.

Parallèlement au mouvement de Lassalle, les idées marxistes progressèrent en Allemagne dans les années 1860, et, en 1869, grâce aux efforts de Wilhelm Liebknecht (v.) et d'August Bebel (v.), fut créé le parti ouvrier social-démocrate d'Allemagne, d'inspiration marxiste. L'union avec les partisans de Lassalle fut réalisée au congrès de Gotha (mai 1875), au prix de concessions que Marx réprouva dans sa Critique du programme de Gotha. En dépit de sa phraséologie marxiste, la social-démocratie devint rapidement un parti parlementaire, qui s'appuya sur une administration fonctionnarisée, soucieuse avant tout d'efficacité et de rendement. Au congrès de Halle (oct. 1890), le parti abandonna l'étiquette d'« ouvrier » pour prendre le nom de parti social-démocrate d'Allemagne ou SPD (Sozialdemokratische Partei Deutschlands). L'année suivante, au congrès d'Erfurt (v.) (14/20 oct. 1891), la doctrine du parti fut épurée des thèses lassalliennes acceptées par le programme de Gotha et fut ramenée à un marxisme strict. Cependant, la publication des Prémisses du socialisme d'Eduard Bernstein (v.), en 1899, ouvrit la crise du révisionnisme. Vivement attaqué par Karl Kautsky (v.) et Rosa Luxemburg au congrès de Lübeck (1901), condamné au congrès de Dresde (sept. 1903), le révisionnisme a cependant imprégné de plus en plus les cadres de la social-démocratie, surtout après l'échec électoral des socialistes en 1907. À partir de cette date, le parti s'engagea ouvertement dans la voie de l'intégration parlementaire et consacra ses efforts à faire adopter, par des voies légales, des réformes améliorant le niveau de vie de la classe ouvrière. Cette attitude répondait aux aspirations des travailleurs allemands : aux élections de janv. 1912, le SPD, avec 34,8 % des suffrages et 110 députés, s'affirma comme le premier parti d'Allemagne. Dès 1913, il donnait ses voix à un projet de prélèvement sur le capital destiné à couvrir les dépenses militaires croissantes. Le 4 août 1914, le groupe parlementaire du SPD vota à l'unanimité les crédits militaires et, comme les socialistes français, les socialistes allemands se rallièrent à une sorte d'union sacrée. Cependant, l'opposition à la guerre commença à se manifester en déc. 1914, avec Karl Liebknecht, qui fut le seul député socialiste au Reichstag à refuser les seconds crédits militaires.

SOCIALISME. Nom donné à l'ensemble des doctrines économiques, politiques et sociales ayant en commun la condamnation de la propriété privée des moyens de production et d'échange. Le mot « socialisme » apparut dans son sens moderne dans les années 1830 en Angleterre et en France et constitua d'abord une réaction contre l'aggravation des inégalités sociales, née de la révolution industrielle, entre une bourgeoisie considérablement enrichie et un prolétariat dépossédé des revenus de son travail. Vers 1848, furent élaborées les premières théories socialistes, qualifiées d'« utopistes » et qui eurent en commun de tenter d'élaborer des « sociétés idéales » fondées sur des bases égalitaires (d'abord un précurseur, Fourier, puis Owen, Considérant, Cabet, Proudhon). Cependant, la théorie socialiste qui eut le plus d'impact fut celle de Marx et d'Engels, qualifiée de « socialisme scientifique » car elle se fondait sur une analyse de la réalité économique et sociale pour en tirer des lois et des règles de conduite pour l'action. Karl Marx analysa ainsi les contradictions internes du régime capitaliste et érigea comme moteur de l'histoire la contradiction entre les rapports de production et les forces productives. Le « socialisme » fut alors considéré comme une phase de l'évolution historique conduisant vers le communisme. Le marxisme constitua au XXe siècle le fondement théorique des partis socialistes. Enrichi par Lénine, il devint à la fois la base théorique et pratique de plusieurs partis communistes.


BAKOUNINE, Mikhaïl Alesandrovitch (Priamoukhino, 1814-Berne, 1876). Révolutionnaire russe. Il fut un des grands théoriciens de l’anarchisme. Exilé en 1842, il participa aux révolutions de 1848 à Paris, à Prague et à Dresde. Arrêté, déporté en Sibérie d’où il s’évada (1861), il s’installa d’abord en Angleterre puis en Suisse. Partisan de la destruction immédiate de l’État par une révolution socialiste, et de l’instauration d’une société fondée sur le coopératisme et la décentralisation, Bakounine devint le principal rival de Karl Marx dans la Première Internationale d’où il fut exclu en 1872. Voir Kropotkine (Piotr).

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