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SLAVES

Par leur nombre, les Slaves forment le plus important des groupes de peuples de la famille indo-européenne en Europe. Dans leur différenciation actuelle, les principaux peuples slaves sont : les Russes, les Biélorusses et les Ukrainiens (Slaves orientaux), les Polonais, les Tchèques et les Slovaques (Slaves occidentaux), les Slovènes, les Croates, les Serbes, les Macédoniens et les Bulgares (Slaves du Sud).

• Les Slaves avant les migrations • L'installation des Slaves dans leur habitat actuel • La conversion des Slaves au christianisme (IXe/XIe s.) • Slavisme et germanisme en Europe centrale

Les Slaves avant les migrations

Les origines des Slaves, comme celles des Germains, sont obscures. C'est vers le milieu du Ier millénaire av. J.-C. qu'on voit se dessiner les premières tribus slaves, dans une zone située au N.-E. des Carpates, entre la Vistule et le Dniepr. Les Slaves se trouvaient en contact, à l'O., avec les Germains, les Celtes, les Illyriens, au N., avec les Baltes, au N.-E., avec les Finno-Ougriens, à l'E., avec les Indo-Iraniens (Scythes), et ils subirent l'influence de ces divers peuples. Ils devaient conserver leur unité linguistique jusque vers le IXe s. de notre ère, donc plusieurs siècles après le début de leurs migrations.

L'installation des Slaves dans leur habitat actuel

Au IIe s. de notre ère, la plupart des tribus slaves étaient soumises par les Goths, qui se déplacèrent de la région de la Vistule vers la Russie méridionale ; à cette domination succéda, au IVe s., celle des Huns. Au VIe s., les Slaves apparaissent brusquement dans tous les récits des chroniqueurs occidentaux, mais les Goths et les Huns avaient certainement déjà entraîné une partie d'entre eux dans les régions balkaniques. Les premiers renseignements importants sur les Slaves ont été consignés par Procope et Jordanès, vers 550. À la fin du VIe s., les Slaves étaient déjà établis en Slovaquie, en Bohême, en Carinthie, en Slovénie. À partir du règne de Justinien (518/65), le péril slave devint une constante de l'histoire byzantine. Traversant le Danube, les Slaves envahirent toute la péninsule balkanique, en direction de la Méditerranée ; ils submergèrent la Serbie actuelle (à partir de 580), la Grèce continentale (610) et la Croatie (vers 640). À l'O., dans la grande plaine allemande, les Slaves occupèrent les régions abandonnées par les Germains : leur avance extrême atteignit une ligne passant par Kiel, le cours inférieur de l'Elbe, Bamberg, Passau et Trieste. Très nombreux, les Slaves sont restés dispersés politiquement, ce qui explique que les Allemands, à partir du Xe s., purent les refouler peu à peu au-delà de l'Oder. Les premiers États slaves furent constitués par des chefs étrangers : vers le milieu du VIIe s., le Franc Samo forma entre l'Oder et l'Elbe une confédération slave qui se disloqua aussitôt après sa mort (vers 660) ; dans les Balkans, les Bulgares, envahisseurs finno-ougriens apparus vers 660 sur le cours inférieur du Danube, soumirent les tribus slaves et leur imposèrent une solide organisation politique, à tel point que les Slaves de cette région perdirent leur nom et reçurent eux aussi le nom de Bulgares, tandis que l'élément bulgare, numériquement inférieur, se slavisait et abandonnait sa langue maternelle. Les populations slaves installées en Grèce furent soumises à de nombreuses expéditions militaires des empereurs byzantins ; celles du Péloponnèse et de l'Hellade s'hellénisèrent rapidement, mais, en Macédoine, les Slaves ont préservé leur culture.

Les Slaves orientaux avaient atteint vers les VIIe/VIIIe s., les régions de la Volga et du Don, mais ils se heurtèrent aux Khazars, installés autour de la mer d'Azov et sur la basse Volga. La fondation de l'État russe, vers 850/860, fut l'œuvre d'aventuriers normands, les Varègues, qui s'établirent à Novgorod (Holmgard), puis à Kiev (Känugard) (v. NORMANDS, RUSSIE et UKRAINE). Les Slaves occidentaux et les Slaves du Sud, séparés les uns des autres par les Hongrois depuis le IXe s., ne purent constituer, comme les Germains, un grand empire continental, ce qui affaiblit leur résistance aux attaques de leurs voisins : les Hongrois soumirent les Slovaques (XIe s.) et les Croates (XIIe s.), après avoir détruit le royaume slave de Grande-Moravie au début du Xe s. La Bohême fut intégrée au Saint Empire germanique dès le XIe s. De tous les Slaves occidentaux, seuls les Polonais réussirent à conserver longtemps leur autonomie, mais l'esprit d'indépendance slave s'affirma dans les prétentions politiques de l'aristocratie, qui finirent par paralyser le fonctionnement de l'État.

La conversion des Slaves au christianisme (IXe/XIe s.)

Le premier pays slave à se christianiser fut la Grande-Moravie, qui, à la fin du IXe s., englobait la Bohême et la Moravie proprement dite. L'évangélisation fut entreprise par des missionnaires francs venus de Ratisbonne et de Passau. Cependant, comme les progrès du christianisme allaient de pair avec ceux de la germanisation, les Moraves, soucieux de préserver une indépendance qu'ils sentaient déjà très menacée, firent appel à l'empereur de Constantinople, Michel III l'Ivrogne, qui envoya en mission, vers 863, les deux frères Cyrille et Méthode. Nés à Thessalonique, où les Slaves étaient nombreux, ces missionnaires parlaient le slave. Comme les Slaves ignoraient encore l'écriture, Cyrille et Méthode, arrivés en Moravie, créèrent l'alphabet dit glagolitique, fortement inspiré de l'alphabet grec, qui fut à l'origine de l'alphabet russe. Ils traduisirent les livres saints dans une langue dite « vieux slavon d'Église » et autorisèrent en Moravie une liturgie en slavon. Bien que Rome eût approuvé leur action et l'usage de la messe en slavon (868), l'influence germanique reprit l'avantage après la mort de Méthode (885). Revenant sur sa première décision, le Saint-Siège finit par imposer la liturgie latine, et la Bohême et la Moravie se trouvèrent rattachées à l'Église de Rome. Les Bulgares, qui commencèrent à se convertir vers 864, essayèrent d'abord de fonder un patriarcat indépendant de Constantinople ; n'ayant pas reçu de Rome l'appui souhaité, ils se rallièrent au siège byzantin (870) et entraînèrent la conversion des Serbes. De même, l'Église russe, dès son origine (fin du Xe s.), se rattacha à Constantinople, et, après la fin de l'Empire byzantin (1453), lorsque le patriarche de Constantinople fut sous la domination des Ottomans, Moscou, consciente d'être désormais le rempart de l'orthodoxie, la « Troisième Rome », fut érigée à son tour en patriarcat (v. ÉGLISES ORTHODOXES. La conversion de la Russie). Comme la Pologne avait adhéré au christianisme romain (fin du Xe s.), le monde slave se trouvait coupé religieusement et culturellement en deux : d'une part, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes, les Polonais et les Croates catholiques ; d'autre part, les Serbes, les Macédoniens, les Bulgares et les Russes rattachés à l'Église grecque.

Slavisme et germanisme en Europe centrale

L'antagonisme millénaire du monde slave et du monde germanique a été un des faits essentiels de l'histoire européenne. Au début du IXe s., à l'époque de Charlemagne, la limite de l'Empire franc et des Slaves se situait sur l'Elbe et sur la Saale. Du N. au S., on trouvait, à l'E. de cette limite, divers peuples slaves déjà différenciés : près de la Baltique, les Obodrites (entre Elbe et Oder) et les Poméraniens (entre Oder et Vistule) ; les Wilzes et les Hévéliens, dans le Brandebourg ; les Sorabes en Lusace et les Daléminciens en Misnie ; les Polonais sur la Vistule... Des expéditions furent menées par les Francs contre les Hévéliens (789), les Sorabes (806) et les Obodrites (812), mais c'est seulement au Xe s. que les Germains entreprirent d'une manière systématique la reconquête des terres de l'Est qu'ils avaient abandonnées lors des Grandes Invasions. Un premier coup d'arrêt porté à l'expansionisme germanique fut la défaite qu'Alexandre Nevski (v.) infligua aux chevaliers Porte-Glaive en 1252, suivie plus tard de celle que les Polonais infligèrent aux chevaliers Teutoniques à Tannenberg (1410). À la deuxième paix de Thorn (1466), la Prusse-Orientale passa sous la suzeraineté polonaise, mais les trois partages de la Pologne (1772/95) rendirent toute sa force à la présence allemande qui s'imposait désormais, au-delà de la Prusse-Orientale, à la Prusse-Occidentale, la Poznanie et la Galicie ; mais, à une Pologne affaiblie, ils substituaient sur la Vistule le puissant Empire russe (v. POLOGNE. Les trois partages). Malgré la politique de répression à laquelle les tsars soumirent les Polonais pendant le XIXe s., les nationalités slaves de l'Europe centrale et des Balkans, soumises aux Autrichiens et aux Ottomans, tournèrent leurs espérances vers la Russie. Les Serbes et les Bulgares secouèrent eux-mêmes le joug turc au XIXe s. (v. ces pays). Après les guerres balkaniques de 1912/13 et l'effondrement de la Turquie d'Europe, les Slaves sous domination germanique et hongroise furent libérés à leur tour à la fin de la Première Guerre mondiale : les traités de 1919/20 consacrèrent l'apparition de nouveaux États slaves (Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Pologne). Après l'entrée des Allemands à Prague (mars 1939), les Slaves subirent le plus gigantesque assaut germanique de toute leur histoire. En 1941/42, les armées allemandes occupèrent les régions les plus riches et les plus peuplées de la Russie d'Europe. En URSS occupée, comme en Pologne, dans le « protectorat de Bohême-Moravie » et en Yougoslavie, les Slaves, considérés par les théoriciens racistes du IIIe Reich comme une humanité inférieure, furent soumis à un traitement particulièrement dur. Bulgares et Slovaques furent les seuls Slaves alliés de l'Allemagne. Mais la victoire de l'URSS, en 1945, devait faire reculer l'Allemagne jusqu'à ses frontières du XIe s. (ligne Oder-Neisse, v.). En Silésie, en Poméranie orientale, en Prusse-Orientale, en Bohême, les populations allemandes ont été expulsées et remplacées par des populations slaves.

SLAVES. Nom donné à un ensemble de peuples d'origine indo-européenne parlant les langues slaves. Ils forment le groupe le plus important en Europe centrale et orientale. On y distingue les Slaves orientaux (Russes, Ukrainiens), les Slaves occidentaux (Polonais, Tchèques, Slovaques) et les Slaves du Sud (Slovènes, Croates, Serbes et Bulgares). A partir du XVIe siècle, une partie des Slaves d'Europe (où s'établirent les Hongrois aux Xe et XIe siècles) fut dominée par l'Autriche (Bohême, Slovaquie, Slovénie, Croatie) et par l'Empire ottoman (Bulgarie, Macédoine, Serbie, Bosnie). Ils se libérèrent de cette tutelle au cours des XIXe et XXe siècles.

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