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SHAFTESBURY, Anthony Ashley Cooper, 1er comte de

Homme politique anglais. D'abord royaliste, il passa en 1644 dans le camp des Parlementaires, fut nommé par Cromwell conseiller d'État (1653) ; détestant toute forme d'autocratie, il se tint dès 1655 dans l'opposition, noua des intelligences avec Charles II exilé et contribua beaucoup à la Restauration (1660). Au retour du roi, il fut nommé chancelier de l'Échiquier, montra une grande modération dans le procès des régicides et poussa à la guerre contre la Hollande. Membre du ministère de la Cabale et lord chancelier en 1672, il soutint le Test Act dirigé contre les catholiques et se brouilla avec le roi (1673). Devenu l'un des chefs les plus violents de l'opposition, il se complut à répandre des bruits alarmants de complots « papistes », fut enfermé à la Tour de Londres en 1677, mais revint au pouvoir en avr. 1679 à la faveur de l'émotion provoquée par l'affaire de Titus Oates (v. GRANDE-BRETAGNE. La restauration des Stuarts). Il poursuivit implacablement ses ennemis et s'attaqua même à l'héritier au trône, le duc d'York, futur Jacques II, suspect de complaisances catholiques : il fit passer aux Communes un bill d'exclusion contre ce prince, mais ne put le faire adopter par les lords et fut renvoyé. Comme son opposition redoublait, il fut de nouveau arrêté (1681) et inculpé de haute trahison, mais le jury l'acquitta. Entré peu après dans la conspiration de Monmouth, il dut s'enfuir en Hollande (déc. 1682), où il mourut le mois suivant.

Shaftesbury, Cooper Anthony Ashley, comte de (Wimborne St Giles, Dorsetshire, 1621-Amsterdam 1683) ; homme politique anglais. La carrière de cet homme d’État souvent attaqué dans l’historiographie est caractérisée par le fréquent changement de ses idées politiques. Si, dans la guerre civile anglaise, il défend d’abord la cause du roi, il passe en 1644 du côté du Parlement, pour devenir après la restauration des Stuarts, à partir de 1667, membre influent du ministère de la Cabale (ainsi nommé d’après les initiales de ses membres). En tant que presbytérien, il soutient les déclarations de tolérance de Charles II en 1662 et 1672. En 1672, il est nommé comte de S. et lord-chancelier, mais dès l’année suivante, il est destitué à cause de ses différends avec le roi. S., protecteur et ami du grand philosophe anglais John Locke, devient alors le chef de l’opposition, organise le « parti national » qui s’oppose notamment au « parti de la Cour » de Danby. Il exploite habilement la prétendue conjuration catholique (Popish Plot) de 1678 pour augmenter le nombre de ses adeptes à l’intérieur et à l’extérieur du Parlement, utilisant les passions religieuses qui saisissent l’Angleterre protestante. Il met sur pied un réseau d’alliances qui lui permet de répartir ses partisans sur tout le territoire. Derrière son parti, dont les adeptes se recrutent essentiellement dans les rangs des dissidents, il y a néanmoins aussi une doctrine. C’est l’idée de la souveraineté du peuple, de la tolérance religieuse et du droit à la résistance contre un souverain qui ne gouverne pas dans le sens du Bien général. Dans trois Parlements successifs (1679-1681), S. et ses adeptes tentent de faire adopter une loi excluant de la succession le frère catholique du roi, le futur Jacques II, alors que le parti de la Cour accepte simplement une limitation des pouvoirs de Jacques. C’est de cette époque, de la lutte pour cette loi d’exclusion que datent les débuts et les noms des deux grands partis politiques anglais : les adeptes de la succession légitime sont qualifiés de « tories », tandis que les défenseurs du Bill d’exclusion sont appelés « whigs », ces deux titres étant à l’origine des surnoms injurieux. Cependant S. va trop loin quand il réclame finalement la couronne pour le fils illégitime de Charles II, le duc de Monmouth, en omettant l’héritier de Jacques, et il amène ainsi des dissensions dans son parti. Après une tentative sans espoir pour organiser une insurrection, il s’enfuit en Hollande où il mourra peu de temps après.

Bibliographie : R. Marx, Histoire du Royaume-Uni, 1967.

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