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SÉSOSTRIS

Nom de trois rois d'Égypte de la XIIe dynastie, au Moyen Empire. Sésostris Ier. Roi vers 1962/28 av. J.-C. Il était le fils d'Amenemhat Ier, qui l'associa peut-être au trône. À la mort de son père, renversé par une conspiration de palais, il se trouvait à la tête de l'armée en Libye, mais revint en Égypte et prit le pouvoir. Il mena la conquête de la Nubie jusqu'à la troisième cataracte et assura la sécurité des mines du Sinaï. Pour éviter toute vacance du pouvoir, il associa son fils aîné au trône, et cet exemple fut suivi par ses successeurs. Sésostris II. Petit-fils du précédent, il régna de 1895 à 1878 environ av. J.-C. Sésostris III. Fils et successeur de Sésostris II, il laissa un prestigieux souvenir dont les historiens grecs Hérodote et Diodore de Sicile se sont fait l'écho. Grand administrateur et conquérant, il fut le premier souverain égyptien à mener une véritable guerre en Palestine et reprit la conquête de Nubie. Le Sésostris des historiens grecs est un personnage légendaire : on l'a d'abord identifié à Ramsès II, de la XIXe dynastie. En fait, il correspond aux pharaons Sésostris (Sénousret) II et III, qui ont été fondus par les Grecs en un seul personnage dont on fit le type du conquérant égyptien, en lui attribuant les conquêtes, bien postérieures, des XVIIIe et XIXe dynasties.

Sésostris III ; roi d’Égypte [v. 1878-1843 av. J.-C.].

Sous le règne de S., cinquième roi de la XIIe dynastie [1991-1785] du Moyen Empire, le pays vit, après la récente unification de la Haute- et de la Basse-Égypte par Mentouhotep II, une de ses plus grandes périodes. Cette dynastie semble être originaire de Haute-Égypte, mais ses rois choisissent chaque fois des capitales différentes, le plus souvent dans des régions situées au sud de Memphis (Licht, par exemple). L’Égypte doit à la détermination et à l’énergie de ce souverain la consolidation du pouvoir royal central relevé déjà par ses ancêtres Amenemhat Ier, Sésostris Ier, Amenemhat II et Sésostris II, son père. Aussi, pour la mémoire du peuple comme pour la tradition grecque, S. devenu le symbole légendaire d’une dynastie sûre d’elle-même éclipsera ses prédécesseurs dont on lui attribuera parfois les actions. La suppression du pouvoir des féodalités locales et la réorganisation des provinces, l’aménagement du Fayoum (une zone marécageuse dont Sésostris II avait entrepris la mise en valeur), l’instauration d’une administration adaptée aux nouvelles conditions (par ex. de nouvelles mesures cadastrales, un nouveau découpage par villes à l’intérieur des nomes), l’ascension d’une classe moyenne, la protection des frontières occidentales contre la Libye, méridionales contre la Nubie (creusement par S. d’un canal pour faciliter le passage des navires dans les rapides d’Assouan ; fixation de la frontière au sud de la deuxième cataracte à Semna avec une chaîne de fortins) et orientales contre la Syrie (S. mène en Syro-Palestine la seule grande expédition militaire connue pour le Moyen Empire), et enfin le soutien au commerce, qui s’étendait à la Crète, à la Phénicie et aux côtes somaliennes, comptent parmi les plus importantes réalisations de cette époque. Si l’on fait abstraction des tombes privées richement ornementées, l’architecture funéraire royale (la pyramide de S. se dresse à Dachchour) est relativement modeste et les temples que ces rois construisirent sont mal connus, la plupart d’entre eux ayant disparu dans les aménagements du Nouvel Empire. En revanche des villes (Kahoun, dans le Fayoum) et des forteresses (Semna, Ouronarti, au sud de la deuxième cataracte) ont été conservées et la sculpture qui témoigne d’une grande qualité oscille entre l’académisme (ainsi les statues de Sésostris Ier provenant de Licht) et un réalisme inquiet (par ex. la série des portraits de S., qui souligne l’humanité que le roi a acquise). A côté de leur attrait pour les oeuvres scientifiques, les documents littéraires, abondants et d’une exceptionnelle qualité de langue, révèlent un intérêt croissant pour les destins individuels (le récit de Sinouhé, Le Conte du Naufragé, Le Dialogue du Désespéré avec son âme, etc.) Ce ne fut pas une attaque extérieure qui mit fin à cette période florissante. À bien des égards, la XIIIe dynastie avec laquelle commence la « Deuxième Période intermédiaire » apparaît être la continuité de la XIIe. Dans une civilisation qui demeure brillante, seul le pouvoir central s’effondre. Ce qui conduit de nouveau au morcellement du pays, cela bien avant l’arrivée des Hyksôs dans le Delta.

Bibliographie : N. Grimai, L’Histoire de l’Égypte ancienne, 1988.

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