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SERBIE

Ancien royaume de la péninsule balkanique, aujourd'hui l'une des républiques de la Fédération yougoslave ; capitale Belgrade. • La Serbie médiévale • Le réveil de la Serbie au XIXe s. • De la Serbie à la Yougoslavie • L'éclatement de la Yougoslavie La Serbie médiévale Occupé dans l'Antiquité par des populations illyriennes et thraces, le territoire actuel de la Serbie fut intégré en 29 av. J.-C. à la province romaine de Mésie et forma, après la réforme de Dioclétien (fin du IIIe s.), la province de Mésie supérieure (diocèse de Dacie au IVe s.). Au VIIe s., cette région fut envahie par les Serbes, peuple slave descendu de la Galicie orientale et auquel l'empereur Héraclius permit vers 630 de s'établir sur un territoire dépeuplé par les Avars (v.). Vassaux des empereurs d'Orient, les Serbes se différencièrent nettement des Croates par leur conversion au christianisme byzantin (vers 875) et par l'adoption de l'alphabet cyrillique. Menacés par les Bulgares, qui réussirent à les soumettre entre 923 et 927, les Serbes recoururent à l'alliance byzantine, et, après la fin du premier Empire bulgare (1014), ils repassèrent sous la suzeraineté des empereurs de Constantinople. Pendant le XIIe s., la Serbie engagea la lutte pour son indépendance nationale contre Byzance : la dynastie des Nemanjides, fondée en 1159, réussit à s'émanciper des empereurs dès 1180 et, avec Étienne Ier Nemanjic, prit en 1217 le titre royal, qui lui fut confirmé par le pape Honorius III. La Serbie médiévale atteignit son apogée sous le règne d'Étienne IX Douchan (1331/55) ; celui-ci, par son mariage avec la sœur du tsar de Bulgarie, réduisit pratiquement ce pays en vassalité ; il étendit sa domination sur toute la Macédoine, à l'exception de Salonique (1342/45), sur l'Albanie, sur l'Épire, et, en 1346, se fit couronner à Skoplje « empereur des Serbes et des Romains (c'est-à-dire des Grecs) ». Il se prépara à faire la conquête de Constantinople et, dans ce dessein, chercha à s'allier tantôt avec Venise, tantôt avec les Turcs ; mais il mourut au moment où il allait mettre son grand projet à exécution. La « Grande Serbie » médiévale ne lui survécut pas, car un danger nouveau, celui des Turcs, était apparu dans les Balkans. À partir de 1371, le sultan ottoman Mourad Ier entreprit la conquête de la Serbie et de la Bulgarie. Serbes et Bulgares alliés remportèrent une victoire sur les Turcs en Bosnie (1387) ; mais deux ans plus tard, la Serbie succombait à la bataille de Kossovo (20 juin 1389). Pendant plus d'un demi-siècle, quelques principautés serbes poursuivirent encore une lutte inégale, dont un des héros fut Georges Brankovitch, despote de Serbie (1427/56). Mais à partir de 1459, les Turcs étaient maîtres de toute la Serbie, à l'exception de Belgrade, qui fut prise à son tour en 1521. Le réveil de la Serbie au XIXe s. Pendant près de trois siècles, le peuple serbe dut subir une tyrannie très dure ; beaucoup de grandes familles serbes furent exterminées, le peuple réduit en servitude et des milliers d'enfants enlevés pour être élevés dans l'islam et enrégimentés dans le corps des janissaires. Les premiers signes du déclin de l'Empire turc et les victoires du Prince Eugène, au début du XVIIIe s., firent renaître l'espoir chez les Serbes : au traité de Passarowitz (1718), les Turcs cédèrent à l'Autriche le nord de la Serbie, avec Belgrade, mais les Autrichiens durent restituer cette région au sultan en 1739. Le soulèvement national serbe commença en 1804 sous la direction de Karageorges, qui s'empara de Belgrade (1807) et se proclama prince de Serbie (1808/13). Au traité de Bucarest (1812), les Ruses et les Autrichiens forcèrent le sultan à accorder une certaine autonomie aux Serbes, mais la Turquie ne respecta pas ses engagements. Karageorges ayant dû fuir en Autriche, la direction du mouvement d'indépendance passa en 1815 à Miloch Obrénovitch. La rivalité entre les Obrénovitch et les Karageorgévitch (v.) marqua toute la vie serbe du XIXe s. Miloch, ayant assassiné Karageorges, se fit reconnaître comme prince héréditaire par l'Assemblée nationale serbe ou Skouptchina (18 nov. 1817). Sous la pression des puissances européennes, la Turquie fut amenée à s'incliner devant la réalité serbe : le traité d'Andrinople (1829) garantit l'autonomie de la Serbie, et, par le hatti-chérif du 12 déc. 1830, la Serbie fut reconnue comme une principauté autonome sous l'autorité de Miloch ; les propriétaires turcs durent y abandonner leurs domaines et les troupes ottomanes furent concentrées dans quelques garnisons. 000200000F16000011BE F10,Au cours de son premier règne (1817/39), Miloch Obrénovitch essaya de gouverner tyranniquement, mais la Skouptchina lui imposa une Constitution (1835) ; puis le sultan et les Russes le soumirent au contrôle d'un Conseil d'État oligarchique (1838). Miloch préféra abdiquer (13 juin 1839), et son fils, Michel Obrénovitch (1839/42), dut bientôt prendre la fuite. La Skouptchina élut alors comme prince héréditaire Alexandre Karageorgévitch (1842/58), qui laissa gouverner l'oligarchie. Cette période vit le début de la modernisation de la Serbie (fondation de l'Académie des sciences, 1841, et de l'université de Belgrade, 1844), cependant que le ministre Garachanine échafaudait le plan ambitieux d'une fédération de tous les Slaves du Sud libérés des Turcs et rassemblés sous la direction de la Serbie. Par le traité de Paris (1856), celle-ci obtint que son autonomie fût placée sous la garantie collective des puissances. Après l'abdication d'Alexandre Karageorgévitch (déc. 1858), la Skouptchina rappela le vieux Miloch Obrénovitch, qui commença un second règne (1858/60), marqué surtout par les vengeances qu'il tira de ses ennemis. À sa mort, son fils Michel revint à son tour sur le trône (1860/68). Appelé à la tête d'un gouvernement conservateur, Garachanine prépara activement la guerre libératrice contre les Turcs, introduisit le service militaire et dota l'armée d'une artillerie puissante. À la suite du bombardement de Belgrade par les Turcs (juin 1862), la Serbie, aidée par les Puissances, obtint que son territoire fût complètement évacué par les troupes ottomanes (avr. 1867). Simultanément, elle nouait des alliances secrètes avec le Monténégro, le Comité révolutionnaire bulgare, la Grèce et la Roumanie. La guerre, retardée par l'assassinat de Michel Obrénovitch (10 juin 1868) et par l'avènement d'un enfant, Milan Obrénovitch (1868/89), éclata enfin, sur l'initiative de Belgrade, le 30 juin 1876, à la suite de l'insurrection de la Bosnie-Herzégovine. Les Serbes, commandés par le général russe Tchernaïev, furent complètement battus, mais reprirent les hostilités à la fin de 1877, alors que les Turcs se trouvaient aux prises avec les Russes. Le congrès de Berlin (1878) accorda à la Serbie son indépendance complète ; mais Belgrade fut déçue de n'obtenir que de maigres gains territoriaux (Nis, Pirot, Leskovac, Vranje) et de voir la Bosnie-Herzégovine lui échapper pour tomber sous l'occupation austro-hongroise. Pour réaliser ses visées expansionnistes, la Serbie rechercha d'abord l'appui de l'Autriche, qui permit à Milan de changer son titre de prince en celui de roi (1882). En 1885, à la suite de la réunion de la Bulgarie et de la Roumélie-Orientale (v.), les Serbes déclenchèrent la guerre contre les Bulgares, mais ils furent vaincus à Slivnitza (17 nov. 1885) et ne furent sauvés de l'invasion que par l'intervention diplomatique autrichienne. Les nationalistes se divisèrent en deux tendances, l'une proautrichienne, l'autre favorable à l'alliance avec la Russie. Contraint d'accepter la Constitution de janv. 1889, qui faisait de la Serbie une monarchie parlementaire, Milan abdiqua (6 mars 1889) et fut remplacé par son fils, Alexandre Obrénovitch (1889/1903). Le début du nouveau règne fut marqué par la lutte entre les libéraux et les radicaux ; avec l'appui de ces derniers, le jeune roi établit son pouvoir personnel par le coup d'État du 13 avr. 1894, puis, sur les conseils de son père Milan, il rompit avec les radicaux et, en mai 1894, revint à la Constitution conservatrice de 1869. Son mariage avec l'aventurière Draga Machin (1899) lui attira de nouveaux opposants. La Serbie connut bientôt une véritable crise de régime, résolue tragiquement par l'assassinat du dernier Obrénovitch et de sa femme, à la suite d'une conjuration militaire qui avait eu pour inspirateurs les Karageorgévitch (11 juin 1903). 000200001216000020CE 120F,De la Serbie à la Yougoslavie À partir des années 1890, la Serbie se rapprocha de plus en plus étroitement de la Russie et se posa de nouveau en champion de l'indépendance de tous les Slaves du Sud, ce qui la rendait suspecte à la fois à l'Autriche-Hongrie et à la Turquie. L'avènement au trône de Pierre Ier Karageorgévitch (1903/21) ne changea pas ces données fondamentales. Sous la direction du ministre Pachitch, la politique de Belgrade devint de plus en plus ouvertement antiautrichienne, et la guerre faillit même éclater dès 1908, lors de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche. Mais la réaction énergique de Berlin et de Vienne calma momentanément l'effervescence des nationalistes de Belgrade. La Serbie n'en restait pas moins un foyer d'agitation permanente dans les Balkans, et l'activité de ses organisations terroristes, comme la Main noire, s'étendait en territoire autrichien et turc. Les guerres balkaniques de 1912/13 permirent à la Serbie, victorieuse des Turcs puis des Bulgares, d'annexer la plus grande partie de la Macédoine. La complicité directe du gouvernement serbe dans l'attentat de Sarajevo n'a jamais été prouvée, mais les liens entre la Main noire et les assassins de l'archiduc héritier d'Autriche-Hongrie ne font pas de doute ; on sait que ce crime (28 juin 1914) fut l'étincelle de la Première Guerre mondiale. Les Serbes ayant refusé d'accepter intégralement le très dur ultimatum autrichien du 23 juill., l'Autriche-Hongrie leur déclara la guerre (28 juill. 1914). Envahie par les armées autrichiennes, la Serbie résista d'abord avec succès (bataille du Roudnik, automne 1914), mais succomba après l'entrée en guerre de la Bulgarie et fut complètement occupée (oct./déc. 1915). L'effondrement des puissances centrales et le démembrement de l'Autriche-Hongrie permirent en 1918 à la Serbie de réaliser ses ambitions en réunissant tous les Slaves du Sud dans un nouvel État qui prit d'abord le nom de royaume des Serbes, Croates et Slovènes (1918), puis celui de Yougoslavie (1929). La prédominance politique des Serbes et la politique centralisatrice de Belgrade constituèrent rapidement une menace pour l'existence de la Yougoslavie et favorisèrent le développement de mouvements autonomistes, notamment chez les Croates (v. YOUGOSLAVIE). Après leur campagne victorieuse dans les Balkans (avr. 1941), les Allemands démembrèrent la Yougoslavie et reconstituèrent un État serbe limité à ses frontières de 1878 et placé sous le gouvernement du général Néditch. La défaite hitlérienne permit à Tito de relever la Yougoslavie, mais cette fois sur la base d'une république populaire fédérale où l'élément serbe n'était plus absolument prédominant. L'éclatement de la Yougoslavie Le nationalisme serbe trouvait dans l'autonomie des Albanais du Kosovo (v.) un puissant ferment. D'importantes manifestations, à partir de 1988, et des pressions dans la République fédérale permirent, en 1989, la réintégration du Kosovo dans la République serbe, au prix d'un conflit violent avec la minorité albanaise. La gravité de cette crise engageait l'ensemble du système fédératif. Ardent défenseur de la Fédération yougoslave, le pouvoir serbe s'opposa aux vélléités séparatistes de la Slovénie, puis de la Croatie. Lorsque ces deux républiques proclamèrent leur indépendance en juin 1991, la Serbie soutint l'intervention de l'armée fédérale en Krajina et en Slavonie. Belgrade apporta, dès avr. 1992, son soutien aux Serbes de Bosnie qui refusaient la sécession de la Bosnie-Herzégovine. Seule République, avec le Monténégro, à faire encore partie de la Fédération en avr. 1992, la Serbie forma alors, avec son petit allié, une nouvelle « Fédération de Yougoslavie », qui ne fut pas reconnue par la communauté internationale. L'objectif des dirigeants serbes et du président Slobodan Milosevic était de mettre en place une « grande Serbie » qui aurait compris les territoires occupés par les populations serbes de Croatie et de Bosnie. Tenu dès lors pour le principal responsable du conflit yougoslave, le régime de Belgrade fut soumis à un embargo strict décidé par l'ONU en mai 1992. La Serbie, alors que le conflit en Bosnie s'enlisait, chercha à partir d'août 1994 à réintégrer la communauté internationale en se détachant progressivement des Serbes de Bosnie. Au cours de l'année 1995, la Serbie participa aux négociations sur la Bosnie et le Conseil de sécurité de l'ONU vota, en nov., la fin des sanctions à l'encontre de la Serbie. Malgré une opposition grandissante, S. Milosevic et le parti socialiste serbe (SPS, qui le soutenait) se maintinrent au pouvoir aux élections de 1997. 000200000ADB000032DD AD5,Les élections de mai 1998 au Monténégro, qui virent la victoire de l'opposition libérale à S. Milosevic, ont séparé un peu plus les deux derniers membres de la Fédération yougoslave, tandis que dans la province serbe du Kosovo, la minorité albanaise se donnait un Parlement et que les forces de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) entraient en insurrection ouverte. Les exactions des forces serbes durant la répression au Kosovo, en 1998 et 1999, suivies du refus de S. Milosevic de se soumettre aux exigences de l'OTAN, débouchèrent, en mars 1999, après l'échec des négociations organisées en France, à Rambouillet, sur l'attaque de la Serbie par les forces de l'Alliance atlantique, sans qu'elles aient obtenu de mandat de l'ONU. La police serbe et l'armée yougoslave reprirent alors leurs opérations contre les Albanais du Kosovo, accompagnées d'une politique de terreur systématique, provoquant l'exode massif de ces derniers vers les pays voisins. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPY) estima à 10 000 le nombre des victimes des forces serbes au Kosovo. Après onze semaines de bombardements, le président Milosevic, inculpé en mai 1999 pour crime contre l'humanité, finit par céder en juin en acceptant les conditions du G-8 (groupe des sept pays les plus industrialisés plus la Russie), qui reprenaient dans des termes nuancés celles de l'OTAN. Une semaine plus tard, une puissante force internationale, autorisée par l'ONU, la Force de paix du Kosovo (KFOR), se déploya au Kosovo, placé sous l'administration provisoire de l'ONU. Le retrait des forces serbes entraîna l'exode de la population civile serbe, qui craignait des représailles de la part des Albanais, et s'accompagna d'une répression accrue contre les partis d'opposition et les médias indépendants. Toutefois, en juill. 2000, un amendement à la Constitution yougoslave, qui instaurait l'élection du président au suffrage universel, conçu à l'origine pour permettre à S. Milosevic de conserver ce poste, allait précipiter la chute du régime. L'élection présidentielle du 24 sept. 2000 permit à l'opposition, regroupée au sein de l'Opposition démocratique serbe (ODS, dix-huit partis), de proclamer sur la base de résultats partiels l'élection de son candidat, Vojislav Kostunica, anticommuniste et nationaliste de longue date. La résistance du pouvoir provoqua grèves et manifestations qui culminèrent le 5 oct. 2000 à Belgrade lorsque la foule investit le Parlement fédéral et mit le feu aux locaux de la RTS, la télévision officielle, sans rencontrer de véritable résistance. V. Kostunica fut alors reconnu comme président de la Fédération. En 2001, Milosevic fut livré au Tribunal pénal international de La Haye. En 2003, la Serbie forma une entité nouvelle avec le Monténégro.

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