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SÉNÉGAL

État de l'Afrique occidentale ; capitale Dakar. Au IXe s., la basse vallée du Sénégal était le centre du royaume toucouleur de Tekrour, converti à l'islam au début du XIe s. Soumis au XIVe s. à la suzeraineté de l'empire du Mali, le royaume de Tekrour, devenu le Fouta, ne put empêcher l'émancipation des royaumes Sérère et Ouolof, situés sur la côte atlantique. Au XVIe s., le Fouta passa sous l'autorité de la dynastie peule païenne des Déniankés ; celle-ci fut renversée au XVIIIe s., et le Fouta devint alors une sorte de théocratie musulmane. Les peuples Ouolof et Sérère se partagèrent dès le XVIe s. entre plusieurs petits États. Au cours du XVe s., les premiers navigateurs portugais commencèrent à explorer l'embouchure du Sénégal. En 1624, des marchands dieppois et rouennais, attirés par les profits du commerce des esclaves, fondèrent la compagnie du Sénégal et de Gambie, qui devint en 1634 la Compagnie du cap Vert et obtint le monopole de la traite. Saint-Louis du Sénégal fut fondé en 1659, et les Français s'établirent également à Gorée. Ces postes furent cédés en 1664 à la Compagnie des Indes occidentales, puis aux diverses Compagnies du Sénégal (1673/1702), enfin à la Compagnie des Indes orientales, sous laquelle ils prospérèrent grâce à la traite des Noirs. En 1758, les Anglais chassèrent les Français du Sénégal, qu'ils se firent céder (sauf Gorée) par le traité de 1763. La France se rétablit à Saint-Louis en 1779. Repris par les Anglais en 1809, le Sénégal fut restitué en 1814 à la France, qui n'en reprit possession qu'en 1817. À partir de 1854, un nouvel et décisif essor fut donné par Faidherbe (v.), qui fut le véritable fondateur de la colonie. Disposant seulement de quelques compagnies d'infanterie de marine, Faidherbe, gouverneur de 1854 à 1861 et de 1863 à 1865, battit le chef toucouleur El-Hadj Omar, qui avait assiégé le fort français de Médine, sur le haut Sénégal. Il établit la liaison entre Saint-Louis et Gorée, créa Dakar (1857) et Rufisque, refoula les Maures au N. du fleuve Sénégal (1858), développa la culture de l'arachide, fonda des écoles, enrôla les premiers tirailleurs sénégalais. Lui succédèrent de grands coloniaux tels que Gallieni et Borgnis-Desbordes, qui ouvrirent la route vers le Niger. En 1903, Dakar devint la capitale de l'Afrique-Occidentale française. Durant les deux guerres mondiales, les troupes sénégalaises, célèbres par leur loyauté et leur bravoure, servirent en France dans les secteurs les plus difficiles. L'évolution du Sénégal vers l'indépendance commença après la conférence de Brazzaville (1944) et la création de l'Union française (1946), laquelle fut largement inspirée par le député sénégalais Léopold Sédar Senghor (v.), intellectuel et poète, l'un des chefs les plus prestigieux de la nouvelle Afrique. À la suite du référendum du 28 sept. 1958, le Sénégal devint une république autonome au sein de la Communauté française (25 nov. 1958). Il forma avec le Soudan la Fédération du Mali, qui, constituée en avr. 1959, devint pleinement indépendante en juin 1960, mais se disloqua en août 1960, le Sénégal reprenant son indépendance. Senghor fut alors élu président de la République (sept. 1960). En déc. 1962, il élimina son ancien compagnon, Mamadou Dia, qui, après une tentative de coup d'État, fut condamné à la détention perpétuelle. Senghor concentra désormais entre ses mains tous les pouvoirs. Malgré la Constitution du 3 mars 1963 qui prévoyait le pluripartisme, de 1966 à 1974, l'Union progressiste sénégalaise (UPS) fut le parti unique, étroitement lié au syndicat unique, la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS). Le président Senghor put ainsi résister aisément aux émeutes de déc. 1963 et de juin 1968, ainsi qu'à la contestation étudiante du printemps 1971. À partir de 1974, le président déclencha un processus de libéralisation politique : après Mamadou Dia, gracié en mars 1974, les derniers prisonniers politiques furent libérés par la loi d'amnistie du 16 mars 1976 et recouvrèrent leurs droits civiques. La révision constitutionnelle du 17 mars 1976 permit l'émergence au Sénégal de trois partis politiques. L'UPS seule eut droit à l'appellation de « socialiste et démocratique ». Le parti démocratique sénégalais (PDS), fondé en 1974 par Abdoulaye Wade (v.), prit l'étiquette de « libéral démocratique ». En août 1976, le parti africain de l'indépendance (PAI), qui, de tendance procommuniste, avait été dissous en 1960, put se reconstituer légalement. En politique étrangère, le président Senghor s'est toujours efforcé de jouer un rôle modérateur, et il a maintenu avec la France des liens étroits de coopération. 0002000008CD00001227 8C7,En démissionnant, le 31 déc. 1980, L. S. Senghor transmit le pouvoir à son Premier ministre, Abdou Diouf. La démocratisation du régime se mit alors difficilement en place, dans un contexte de grave crise économique et sociale et de tensions ethniques. Le pouvoir d'Abdou Diouf et du parti socialiste fut confirmé aux élections de 1983 et de 1988, mais de fortes tensions subsistaient : grèves étudiantes de 1987, proclamation de l'état de siège en 1988 (avec l'emprisonnement d'Abdoulaye Wade), émeutes xénophobes sanglantes contre les Mauritaniens (1989). En Casamance, où un mouvement indépendantiste, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), avait pris les armes en 1983, les combats se sont poursuivis malgré la signature de deux accords de cessez-le-feu, en mai 1991 et en juill. 1993. L'armée sénégalaise a lancé plusieurs attaques contre la Guinée-Bissau voisine, soutien principal des indépendantistes : la capitale de la Casamance, Ziguinchor, a été plusieurs fois bombardée (juin 1999 et juill. 2000). Dans le même temps, la situation politique intérieure continuait de se dégrader : malgré la participation de l'opposant A. Wade à un gouvernement d'union nationale, en 1991 et 1992, le président Abdou Diouf est demeuré fortement contesté. Sa victoire à l'élection présidentielle et celle de son parti aux législatives de 1993 donnèrent lieu à de nouvelles accusations de fraude. De plus, le Sénégal dut faire face à la suspension de l'aide de la Banque mondiale, qui jugeait la politique économique du pays trop laxiste, ainsi qu'à la dévaluation du franc CFA, qui, en févr. 1994, provoqua de violentes émeutes à Dakar. De nouveau inquiété par le pouvoir à la suite de ces émeutes, A. Wade réussit cependant à négocier l'intégration de son parti, le parti démocratique sénégalais, à un nouveau gouvernement d'ouverture formé en mars 1995. Les élections présidentielles de févr. et mars 2000 ont vu la victoire inattendue d'Abdoulaye Wade. La passation des pouvoirs avec l'ancien président s'est passée sans heurt. Sept formations politiques différentes et des personnalités de la société civile ont été appelées à former le nouveau gouvernement. La nouvelle Constitution de 2001 réduit le mandat présidentiel à 5 ans.

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