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SEIFERT Jaroslav

SEIFERT Jaroslav. Poète tchèque (promu « artiste national » en 1966). Né le 23 septembre 1901 à Prague. Issu d’une famille ouvrière d’un quartier populaire de la capitale, il quitte le lycée et gagne sa vie comme journaliste dans la presse communiste, puis libérale, surtout littéraire et artistique. Comme son ami Hora ou Jiri Wolker, il écrit spontanément des poésies « prolétariennes », débordantes d’enthousiasme révolutionnaire : La Ville en larmes [ 1921]. Il entre à Devetsil et rédige avec Teige un article-programme sur le « nouvel art prolétarien ». Son recueil suivant, Rien que l’amour [1923], s’élargit déjà d’un thème exaltant la beauté de la civilisation moderne. Par la suite, il est, avec Nezval, le héraut du « poétisme » plein de fantaisie débridée, joueuse : avec ses recueils Sur les ondes de la T.S.F. (1925), Le Rossignol chante faux [1926], réunissant en partie ses impressions d’URSS, Le Pigeon voyageur [1929]. A l’instar de Van-cura, Majerovà, Olbracht..., il rompt en 1929 avec le parti communiste qui se « bolchevise ». Tandis que Nezval se dirige vers le surréalisme, Seifert s’engage sur la voie d’un lyrisme intimiste personnel exprimant avec une maîtrise croissante, bientôt inégalée, rapports de famille, d’amour, d’amitié entre les êtres, impressions du temps qui fuit dans retour, rêves, évocations de son pays et de sa ville natale (bouleversantes de tendresse aux temps de l'Occupation et de l’oppression), souvenirs d’enfance — thèmes qui ne le quitteront plus et qu’accompagne, souvent, une légère nostalgie. Citons les recueils Une pomme tombée du giron [1933], Les Mains de Vénus [1936], Adieu, Printemps [1937]. L’histoire (Munich, l’Occupation) le blesse mais ne l’abat pas et, comme Hora, Halas, Vancura..., il est le sismographe fidèle de son peuple, de son humiliation et de son désespoir, de sa révolte et de son espérance dans les volumes de poèmes Huit jours (1937), Eteignez les lumières [1938], L’Eventail de Bozena Nëmcovà [1940], Habillée de lumière [1940] (Prague), La Main et la flamme [1943], Le Pont de pierre [1944] (le pont Charles), Le Casque plein d’argile [1945], évoquant l’insurrection de Prague. Après la Libération, il dirige la revue littéraire Le Bouquetde 1945 à 1949 et poursuit son chant mélodique avec les recueils Mozart à Prague [1946], Un pauvre peintre s’en alla dans le monde (c’est le peintre Ales), La Chanson de Viktorka . Sa revue étant déjà suspendue, le régime communiste installé en 1948 accueille mal ce dernier poème sur l’amour tragique d’un personnage pitoyable de la Grand’mère de Nèmcovâ : interdit de publication, il ne reparaît qu’au bout de l’ère stalinienne, sans que sa vision poétique ait changé en rien; citons les recueils Maman [1954], Le Garçon et les étoiles [ 1956] (sur le peintre Lada), Prague [ 1958], choix de poèmes. Gravement malade pendant des années, il revient du seuil de la mort avec des poésies plus dépouillées, plus âpres, sans rimes : Concert sur l’île [1965], Le Moulage des cloches [1967], La Comète de Haley [1967], La Bague pour la madone de Trebon [1967; écrit en 1946]. Comme en 1956, lors du Congrès des écrivains, où il demanda courageusement la libération des écrivains emprisonnés (Zahradnicek, etc.) et l’honneur d’être « la conscience de la nation », il participe activement au renouveau du Printemps de Prague, préside la Commission des réhabilitations et même l’Union des écrivains tchécoslovaques. Ecarté par la « normalisation », interdit de publication, il confie aux éditions clandestines, puis à l’étranger, son recueil « d’adieux », La Colonne de peste [1973 Prague, 1977 Cologne], et signe la « Charte 77 » pour la défense des droits de l’homme. De même que Holan pour la poésie spirituelle et métaphysique, Seifert est le continuateur majeur de la lignée du lyrisme typiquement tchèque qui, proche du peuple, chante mélodieusement la vie intime et le destin national, comme le firent Erben, Neruda, Toman, Sova.