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SCIPIONS

Célèbre famille de la Rome antique, qui faisait partie de la gens Cornelia.

Publius Cornelius Scipio Africanus, Scipion l'Africain (* 235 ?, † Literne, 183 av. J.-C.). Proconsul en Espagne (211), il s'empara de Carthagène (209), battit Hasdrubal à Bétule (209) et réussit à chasser les Carthaginois d'Espagne (206). Consul en 205, il fit adopter son projet de guerre en Afrique. Avant d'entreprendre cette expédition, il réussit à gagner à la cause romaine le roi numide Massinissa et, avec l'aide de ce dernier, il bloqua Carthage. En 202, Scipion remporta sur Hannibal la victoire décisive de Zama, qui mit fin à la deuxième guerre punique (v.). Censeur et prince du Sénat en 199, consul en 194, il accompagna son frère Lucius en Asie (Syrie) et dirigea la campagne contre le roi syrien Antiochos III. À son retour (187), il se heurta à l'opposition de Caton, qui l'accusa d'avoir détourné une partie de l'indemnité de guerre versée par le Séleucide (v.). Rappelant ses exploits à Zama, Scipion fut acquitté, mais se retira désormais de la vie publique. Publius Cornelius Scipio Aemilianus, Scipion Émilien, dit le Second Africain ou le Numantin (* vers 185, † 129 av. J.-C.). Fils de Paul Émile, il fut adopté par un fils de Scipion l'Africain. Tribun militaire en Espagne, puis consul, il se distingua en Afrique au siège de Carthage (149/48), donna l'assaut décisif à la ville et la fit raser en 146. Il réussit à s'emparer de Numance (133), mettant ainsi un terme aux guerres contre les Celtibères. Bien que d'esprit libéral, il entra en conflit avec les réformateurs, s'opposa aux lois agraires et approuva publiquement le meurtre de Tiberius Gracchus. Il a été le centre d'un groupe d'intellectuels qui a contribué à la pénétration de la culture grecque dans le monde romain.

Scipion l’Africain, Publius Cornélius Scipio Africanus (v. 236-184 av. J.-C.) ; général romain, vainqueur d’Hannibal.

On dit qu’encore tout jeune S., de la gens Cornelia, l’une des familles patriciennes les plus importantes de la Rome républicaine, avait déjà la réputation d’être d’origine divine. Il se peut donc que ce ne soit pas seulement le fait d’avoir sauvé son père à la bataille du Tessin contre Hannibal (218), ni de s’être distingué après la défaite de Cannes (216), qui pousse le peuple à lui confier en 211 (alors qu’il n’a que 24 ans et n’a été qu’édile curule) le commandement exceptionnel des quatre légions d’Espagne. Après la mort brutale de son père et de son oncle, qui commandaient en Espagne, S. s’inscrit dans une continuité familiale : en 210, il est à Tarragone. Très vite, il se révèle grand général, audacieux et prudent, diplomate habile aussi bien avec les populations indigènes qu’avec ses propres soldats. Profitant de la dispersion des armées carthaginoises, S. s’empare de Carthagène, la principale base des Carthaginois. Puis, par deux victoires, il conquiert l’Andalousie (il est alors salué imperator par ses soldats, c’est le premier exemple connu) où il fonde Italica (Séville), une colonie pour ses vétérans. Lorsqu’en 206 il quitte l’Espagne, cette année resta le point de départ de l’ère de la province romaine d’Espagne. Et sachant qu’on le destinait à commander en Afrique, S. y a noué des contacts avec Syphax, roi des Numides Masaesyles. Consul en 205, en charge de la Sicile, S. arrache au Sénat, en 204, l’autorisation de porter la guerre en Afrique. Après avoir pris Locres à Hannibal, auquel ne reste plus que le sud de l’Italie, S. passe en Afrique avec environ 15 000 hommes. Soutenu par le Numide Massi-nissa, il bat à plusieurs reprises les armées carthaginoises, négocie, fixe les termes de la paix, jusqu’à ce qu’en 202, après le retour d’Hannibal d’Italie, S. l’emporte définitivement à Zama (près de Ksar Tomal Zammoul en Tunisie) où il retourne contre Hannibal sa propre tactique. Depuis son triomphe (201), S. porte, le premier, le surnom d’ « Africain ». Censeur en 199, consul pour la seconde fois en 194, après une mission de médiation entre Massinissa et Carthage (193), il accompagne en 190, comme légat, son frère Lucius, qui l’emporte en 189 à Magnésie pendant la campagne menée contre Antiochos III de Syrie. Plusieurs procès en détournement de fonds, engagés par l’opposition conservatrice, notamment par Caton, attendent les deux frères à leur retour à Rome. Ils contraignent S. à un exil volontaire dans sa propriété de Literne en Campanie où, malade et amer, il meurt en 183. Peut-être fut-il un des premiers à penser à la création d’un Empire romain, fasciné qu’il était par l’image d’Alexandre le Grand. Bibliographie : P. Grimai, Le Siècle des Scipions. Rome et l’hellénisme au temps des guerres puniques, éd., 1975.

Scipion Émilien, l’Africain, Publius Cornélius Scipio Aemilianus Africanus (185/184-129 av. J.-C.); général romain, destructeur de Carthage.

Fils légitime de Paul Emile, le vainqueur de la troisième guerre macédonienne, devenu fils adoptif de P. Scipion, le fils aîné de Scipion l’Africain qui n’avait pas eu d’enfants, S. gagne ses premiers lauriers en 168 à Pydna. Il en ajoute de nouveaux en 151 alors qu’il est tribun militaire en Espagne et en 149 à Carthage, à l’occasion du partage du royaume numide de Massinissa auquel Rome a consenti. En raison de son intégrité et de ses vertus militaires, il est nommé consul en 147 sans avoir l’âge requis, et se voit confier le commandement de la guerre contre Carthage. Les conditions de la paix de 201 (2e guerre punique), qui interdisaient en pratique à Carthage de se défendre contre toute attaque ennemie, et surtout contre celle de son voisin numide Massinissa, avaient déjà pour but d’affaiblir la ville. Mais au cours des cinquante années suivantes, grâce à leur labeur acharné et malgré le paiement de lourds dommages de guerre, les Carthaginois réussirent à se redresser brillamment et à inquiéter Rome (cf. Caton le Censeur et son delenda est Carthago). Déclarée en 150 à la suite d’une contre-attaque carthaginoise contre les Numides, la guerre menée sur le sol africain s’enlise. L’arrivée de S. en change la physionomie. Méthodiquement, alliant prudence et audace, il isole la ville de la terre et de la mer, détruit une armée de secours et livre l’assaut final au printemps 146. Il dure près de huit jours. Selon les instructions du Sénat, Carthage est totalement détruite, sa population réduite en esclavage, son sol déclaré sacer (tabou) et son territoire (le nord-est de la Tunisie) transformé en province romaine (146). En 142-141, S. est censeur ; vers 140 il est l’envoyé de Rome en Égypte et en Asie Mineure. Consul pour la seconde fois en 134, bien que sa réélection soit illégale, S. réussit, aidé financièrement et militairement par des rois et des princes alliés de Rome, car il n’obtint ni troupes nouvelles ni argent, à s’emparer de Numance en Espagne, qui s’était révoltée en 154. Avec 30 000 hommes, S. encercle la ville défendue par 8 000 combattants. S. demande une capitulation sans conditions. Les Numantins refusent. Tous sont tués ou vendus comme esclaves par S., sauf cinquante pour figurer à son triomphe. Au cours des années suivantes, s’opposant aux Gracques, il défend au Sénat la tendance conservatrice. En 129, il meurt dans des circonstances obscures. Cet homme compétent et très cultivé, autour duquel avaient coutume de se réunir un cercle d’intellectuels, l’historien Polybe, le stoïcien Panaitios, les poètes Lucilius et Térence et les jeunes nobles hellénophiles (cf. Cicéron, De re publica et De amicitia), est devenu autant l’instrument de l’impérialisme romain que l’un de ceux qui développèrent à Rome l’hellénisme. Bibliographie : P. Grimai, Le Siècle des Scipions. Rome et l’hellénisme au temps des guerres puniques, 2e éd, 1975.

SCIPION L'AFRICAIN (v. 235-Liter-num, 183 av. J.-C.). Homme politique et général romain, célèbre par sa victoire de Zama en Afrique contre les Carthaginois qui mit fin à la deuxième guerre Punique et assura la domination de Rome sur le bassin occidental de la Méditerranée. Nommé en 211 av. J.-C. proconsul en Espagne (en dépit des règles de la carrière des honneurs ou cursus honorum), Scipion réussit à chasser en quelques années les Carthaginois d'Espagne. Consul en 205 av. J.-C., il décida de porter la guerre en Afrique. Aidé de l'armée numide du roi Masinissa, il remporta contre Hannibal la victoire décisive de Zama (202 av. J.-C.). Rentré à Rome, Scipion reçut les honneurs du triomphe et le surnom d'Africain. Mais il refusa le consulat à vie car il s'était formé contre lui au Sénat un puissant parti de conservateurs (groupés autour de Caton l'Ancien) scandalisés de sa popularité et de sa trop rapide carrière. Légat en 190 av. J.-C. de son frère Scipion l'Asiatique, il mena avec succès une campagne contre Antiochos III de Syrie. Accusé, à l'instigation de Caton l'Ancien, d'avoir détourné une partie de l'indemnité de guerre versée par le roi séleucide vaincu, Scipion, contre lequel aucune peine ne fut prononcée, se retira dans ses terres où il se consacra aux arts et aux lettres et notamment à la culture grecque qu'il avait contribué à introduire à Rome. Voir Carthage. Hasdrubal Barca, Numidie, Séleucides.

SCIPION L'ASIATIQUE (?-après 184 av. J.-C.) Frère de Scipion l'Africain à qui il dut toute sa carrière. Elu consul en 190 av. J.-C., il mena, secondé par son frère, une guerre victorieuse contre Antiochos III, roi séleucide de Syrie. Il y gagna le triomphe et le surnom d'Asiatique.

SCIPION ÉMILIEN (v. 185-Rome, 129 av. J.-C.). Général et homme politique romain, dit aussi le Second Africain ou le Numantin. Fils de Paul Émile et petit-fils adoptif de Scipion l'Africain, il remporta d'importantes victoires militaires et se fit le défenseur de l'aristocratie romaine contre les Gracques. Nommé consul en 147 av. J.-C. (sans avoir été édile), Scipion Émilien donna l'assaut décisif à Carthage lors de la troisième guerre Punique et fit raser la ville (146 av. J.-C.). De nouveau consul en 134 av. J.-C., il s'empara de Numance et pacifia l'Espagne. Ce sont ces deux exploits qui lui valurent les surnoms d'Africain et de Numantin. Adversaire des démocrates, il combattit les Gracques, précipitant ainsi la fin de la République romaine. Scipion Émilien fut aussi un grand lettré, épris de culture grecque. Autour de lui se forma le Cercle des Scipions, où se rencontraient des philosophes, des historiens (le Grec Polybe), et des poètes (comme Térence). Il mourut assassiné sans doute par un partisan des Gracques. Voir Scipions.




Scipion. 1. Publius Cornelius Scipio Africanus Maior (236-183 av. J.-C.). Scipion dit l'Africain ou le Premier Africain, général romain, héros de la deuxième guerre punique, conquérant de l'Espagne et vainqueur d'Hannibal. Il était le fils de P. Cornélius Scipio, consul en 218 av. J.-C., première année de la deuxième guerre punique. Cette année-là, à la bataille du Tessin, le jeune Scipion sauva, dit-on, la vie de son père ; tribun militaire à la bataille de Cannes, il rallia les survivants du désastre (216). En 210, alors qu'il n'avait que vingt-cinq ans, le peuple le fit nommer commandant en chef en Espagne : c'était le premier « simple citoyen », privatus, à recevoir V imperium de proconsul; il devait cette promotion exceptionnelle à ses remarquables qualités de général. En 206, il avait chassé les Carthaginois d'Espagne et assuré le pouvoir romain sur la péninsule. Il fut élu consul pour l'année 205. Venant à bout de l'opposition sénatoriale, menée principalement par Fabius, qui pensait qu'il fallait battre Hannibal en Italie, Scipion passa en Afrique avec son armée, qui comprenait un grand nombre de volontaires. En 202, il vainquit définitivement Hannibal à la bataille de Zama, ce qui lui valut le cognomen d'Africain. Élu censeur en 199, il devint princeps senatus, «premier du Sénat»; en 194, il fut élu consul pour la seconde fois. En 190, il commanda la première armée romaine qui ait été envoyée en Asie (il n'était en fait que le légat de son frère Lucius, chef de l'expédition contre Antiochos de Syrie). Lorsque les deux frères revinrent à Rome, ils furent tous deux en butte à des attaques politiques, dirigées par Caton le Censeur, les accusant de malversations dans les affaires publiques. Il en résulta une série de procès; bien qu'à la fin l'accusation ait été abandonnée (Scipion, dit-on, rappela au peuple que le jour du procès était l'anniversaire de Zama), l'influence des Scipions fut brisée, et l'Africain se retira dans sa propriété de Literne, en Campanie, où il mourut. La Lettre 86 de Sénèque décrit de façon très émouvante le cadre simple et modeste où vivait ce grand homme. Comme beaucoup de membres de sa famille, Scipion était un ardent philhellène ; cette qualité, son prestige et son charisme l'ont fait comparer avec Alexandre. Il avait épousé Émilia, fille de Paul Émile; Cornélie, une des ses filles, fut la mère des Gracques. 2. Publius Cornelius Scipio Aemilianus. Scipion Émilien, encore appelé le Second Africain (v. 185-129 av. J.-C.). Grand général et homme politique romain. Second fils de Paul Émile, le conquérant de la Macédoine, il fut adopté par P. Scipion, fils de Scipion le Premier Africain. En 168 av. J.-C., il combattit sous les ordres de son père à la bataille de Pydna, qui terminait la troisième guerre de Macédoine. Lorsqu'il fut emmené à Rome, en 167, avec les autres otages achéens, l'historien grec Polybe devint le précepteur des enfants de la famille de P. Scipio, et une étroite et durable amitié se développa entre Polybe et Scipion Émilien. En 149 et en 148, celui-ci se couvrit de gloire en qualité de tribun militaire lors de la troisième guerre punique. En 147, lorsque, à un tournant critique de la guerre, il brigua l'édilité, on l'élit non comme édile mais comme consul, alors qu'il n'avait pas atteint l'âge requis, quarante-deux ans, et qu'il n'avait pas été préteur (voir cursus honorum). Il prit Carthage assiégée et détruisit la ville, puis célébra à Rome un superbe triomphe. Il fut élu censeur en 142, et conduisit (sans doute en 140) une importante ambassade en Orient. Il fut élu consul pour la seconde fois en 133 (ce qui, ici encore, était contraire au droit public), pour mettre fin à la longue et coûteuse guerre de Numance en Espagne. Il obligea les Numantins à se rendre en les affamant. À son retour à Rome (et après un second triomphe), il prit la tête de ceux qui s'opposaient aux réformes radicales proposées par les Gracques, mais il mourut soudain en 129, au plus haut des troubles politiques. On soupçonna un assassinat, peut-être perpétré par sa femme Sempronia, soeur des Gracques. Il n'avait pas eu d'enfants. Scipion Émilien fut un grand orateur ; figure éminente dans les milieux philhellènes de Rome, protecteur des lettres grecques et latines et de la culture, il comptait parmi ses amis Polybe, Panétius, Lucilius, Térence et Laelius. Cicéron voyait en lui l'homme d'État idéal, unissant vertus intellectuelles et pratiques, la haute culture avec de très brillants succès militaires et politiques. Il l'admirait profondément, au point d'en faire le personnage central de sa République et du traité De la vieillesse. Le traité L'amitié du même Cicéron traite de l'amitié entre Scipion et Laelius. 3. Publius Cornelius Scipio Nasica Serapio. Consul en 138 av. J.-C., Scipion Nasica était un ardent partisan du parti conservateur et aristocratique. En 133, il s'opposa violemment à son cousin Tiberius Gracchus ; plus tard, il prit la tête du groupe de sénateurs et clients qui l'attaquèrent et le massacrèrent. Cet assassinat allait creuser le fossé entre les optimates, qui l'approuvaient, et les populares, qui le condamnaient.


SCIPIONS. Célèbre famille de la Rome antique qui appartenait à la gens Cornélia. Elle se composa de nombreux généraux, épris de culture grecque et novateurs, qui s'opposèrent aux conservateurs, ralliés autour des Caton. L'influence de la famille disparut à la fin de la République romaine. Voir Caton l'Ancien, Scipion Émilien, Scipion l'Africain, Scipion l'Asiatique.