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SAXE

Nom commun à de nombreux États ou provinces qui se sont succédé dans l'histoire de l'Allemagne, sur un vaste territoire compris entre l'Ems et l'Oder. Land d'Allemagne, dans le sud-est de l'ancienne RDA. • Les Saxons (IIe/IXe s.) • Le premier duché de Saxe (843/1180) • La Saxe électorale (1423/1806) • La Saxe depuis 1815 • Les principautés saxonnes Les Saxons (IIe/IXe s.) Ce peuple germanique, mentionné pour la première fois par Ptolémée (IIe s. apr. J.-C.), et sans doute apparenté aux Chauques, était établi à l'origine sur les côtes de la mer du Nord, au N. des bouches de l'Elbe. À la fin du IIIe s., il s'étendait dans toute l'Allemagne du Nord-Ouest, jusqu'en Frise. Grands pirates, les Saxons ravageaient les côtes de la (Grande-) Bretagne et celles de la Gaule ; ils firent même des incursions dans l'Atlantique, à l'embouchure de la Loire. À partir du Ve s., certains de leurs groupes vinrent s'établir dans le sud-est de la (Grande-) Bretagne, à côté des Jutes et des Angles (v. ANGLETERRE), tandis que leurs frères restés en Germanie, les « Vieux Saxons », progressaient au VIe s. jusqu'au Harz et à l'Eichsfeld. Très attachés à la religion et aux traditions germaniques, les Saxons furent soumis au tribut par Charles Martel en 738, mais constituaient cependant une menace permanente pour la stabilité de la puissance franque dans les régions rhénanes. Charlemagne entreprit de les soumettre, mais il dut guerroyer plus de trente ans (772/804), au cours desquels il rencontra une résistance acharnée : les deux premières campagnes franques (772 et 775) qui s'étaient accompagnées d'une évangélisation forcée (baptêmes de Paderborn, 777), furent remises en question par le soulèvement général des Saxons dirigé par le Westphalien Widukind (778). Les armées carolingiennes subirent un dur échec au mont Sunthal (782), mais les méthodes sanglantes de Charlemagne (massacre de Verden) finirent par triompher : en 785, Widukind fit sa reddition et se laissa baptiser. Charlemagne publia alors le premier Capitulaire saxon (785), qui établissait le christianisme obligatoire, sous peine de mort. Cependant, les combats se poursuivirent pendant vingt ans encore : Charlemagne dut procéder à des confiscations et à des déportations massives de Saxons en France, et la pacification ne fut vraiment achevée qu'en 804. Huit évêchés furent fondés en pays saxon, entre autres ceux d'Osnabrück, Brême, Paderborn, Münster. Le régime d'occupation militaire se relâcha peu à peu, et les Saxons, convertis au christianisme, purent continuer à vivre selon leurs coutumes traditionnelles, qui furent codifiées dans la Lex Saxonum. Une dernière rébellion païenne eut lieu en 841/42, mais elle fut réprimée par Louis le Germanique. Le premier duché de Saxe (843/1180) À la suite du traité de Verdun (843), les Saxons furent intégrés au royaume de Germanie. Sous la dynastie des Liudolfinges (v. 850/960) se constitua le duché de Saxe, qui s'étendait de l'Ems à l'Elbe et de la mer du Nord à la Thuringe. La maison de Liudolf accéda au trône de Germanie en 919, avec Henri Ier l'Oiseleur (v.), et donna après celui-ci quatre empereurs à l'Allemagne : Othon Ier le Grand, Othon II, Othon III et Henri II (voir ces noms), « empereurs saxons ». Mais Othon le Grand, parvenu à l'Empire et ne pouvant s'occuper de son duché, délégua en 960 son autorité à son vassal Herman Billung. La maison de Billung (960/1106) entreprit de coloniser et de christianiser les Slaves de la rive droite de l'Elbe ; à son extinction, l'empereur Henri V donna le duché de Saxe à Lothaire de Supplinburg (1106/37), qui, devenu à son tour empereur sous le nom de Lothaire II, légua la Saxe aux héritiers des Billung, les Welfs (ou Guelfes) de Bavière, représentés par Henri le Superbe (1137). Le fils de ce dernier, Henri le Lion (1139/80), porta à son apogée la puissance du duché de Saxe, qu'il élargit vers le Mecklembourg, la Poméranie occidentale et le Holstein ; mais sa politique séparatiste fut brisée par l'empereur Frédéric Ier Barberousse. 000200000F8D00000FB2 F87,Henri ayant été mis au ban de l'Empire, l'immense duché de Saxe fut démembré en de nombreux fiefs. Henri le Lion (qui s'était exilé en Angleterre) ne conserva que le Brunswick et la région de Lüneburg. Le titre de duc de Saxe fut donné, avec les petits territoires de Wittenberg et de Lauenburg, à un fils du margrave de Brandebourg Albert l'Ours, Bernard d'Anhalt († 1212). En 1260, à la mort du successeur de Bernard, Albert Ier, le duché de Saxe fut partagé entre les deux héritiers et forma ainsi les duchés de Saxe-Lauenburg et de Saxe-Wittenberg. Les deux familles se disputèrent la dignité électorale, qui, par la Bulle d'or de 1356 (v.), fut attribuée à la ligne ascanienne de Saxe-Wittenberg. Cette ligne s'éteignit en 1423. L'empereur Sigismond, refusant de transférer la dignité électorale à la maison de Saxe-Lauenburg, l'accorda à la maison de Wettin, qui régnait sur le margraviat de Meissen (Misnie). La Saxe électorale (1423/1806) Cette nouvelle Saxe électorale, qui devait devenir plus tard le royaume de Saxe, avait pour noyau la marche de Misnie, un pays qui s'étendait au N. de l'Erzgebirge, de part et d'autre de l'Elbe. Cette région, à l'origine peuplée de Slaves, fut complètement germanisée. Au XIIIe s., le margraviat de Misnie s'accrut de la Thuringe. Frédéric le Querelleur, margrave de Misnie depuis 1407 et fondateur de l'université de Leipzig (1409), dut son accession à l'électorat à l'aide qu'il avait apportée à l'empereur Sigismond contre les hussites (v.). Le nom de Saxe fut désormais réservé aux possessions des Wettin (1423).Au partage de Leipzig (1485), ces possessions furent divisées entre deux frères, Ernest et Albert, héritiers de Frédéric II le Placide : avec la dignité électorale, Ernest reçut l'ancienne Saxe-Wittenberg et la plus grande partie de la Thuringe ; Albert garda la Misnie, la région de Leipzig et la Thuringe septentrionale. À partir de cette date, la Saxe fut partagée entre les lignes Ernestine et Albertine. Lors de la Réforme, l'Électeur saxon Frédéric III le Sage (1486/1525) joua un rôle de premier plan dans les affaires religieuses de l'Allemagne. Fondateur de l'université de Wittenberg (1502), il ne cessa de protéger Luther, auquel il donna asile à la Wartburg. Son successeur, Jean le Constant (1525/32), après avoir écrasé la révolte des Paysans (v.), établit la Réforme dans ses États et forma avec Philippe de Hesse, contre l'empereur, la ligue de Smalkalde (v.). À la tête des armées de cette ligue, Jean-Frédéric Ier le Magnanime (1532/47) fut battu et fait prisonnier par Charles Quint à la bataille de Mühlberg (24 avr. 1547). Il dut signer la capitulation de Wittenberg, qui transférait la dignité électorale et toute la partie orientale de l'électorat au duc Maurice, de la ligne Albertine, lequel avait eu l'habileté de prendre le parti de l'empereur (1548). Maurice, le nouvel Électeur de Saxe (1547/53), n'avait soutenu Charles Quint que par intérêt politique, et il était protestant, comme son cousin dépossédé. Pour conserver ses nouveaux domaines, il ne tarda pas à s'allier avec les autres princes protestants et, en 1552, il se souleva avec succès contre Charles Quint, auquel il arracha la paix de Passau. Considérablement enrichi par la confiscation des abbayes, il organisa remarquablement l'administration de ses États, développa l'enseignement et l'industrie (début de l'extraction du charbon saxon). Auguste Ier (1553/86) continua cette politique, tout en se montrant farouchement intolérant en matière religieuse : ardent luthérien, il voulut, par les moyens les plus rigoureux, extirper le calvinisme de ses États. Il annexa les évêchés de Merseburg, Naumburg et Meissen, mais, dans sa politique allemande, il commença de se rapprocher de l'empereur, et ses successeurs suivirent ou non la même orientation. Cette versatilité eut pour résultat de livrer la Saxe aux ravages successifs des Impériaux et des Suédois. Le pays fut un des plus éprouvés par la guerre de Trente Ans. 000200000DA200001F39 D9C,À la paix de 1648, la Saxe obtint cependant la Lusace, mais son influence avait considérablement décru en Allemagne, et c'est le Brandebourg qui prit désormais la tête des puissances protestantes germaniques. L'expansion en Allemagne leur étant désormais interdite par la puissance grandissante du Brandebourg, les Électeurs de Saxe tournèrent leurs ambitions vers la Pologne. Pour devenir roi de ce pays, Frédéric-Auguste Ier (1694/1733), connu en Pologne sous le nom d'Auguste II (1697/1733), se convertit au catholicisme (1697). Il gouverna en souverain absolu et entraîna la Saxe dans la guerre polonaise contre Charles XII, coûteuse à la fois en hommes et en argent. Son successeur, Frédéric-Auguste II (Auguste III de Pologne, 1733/63), d'abord adversaire de Marie-Thérèse, se laissa entraîner par son ministre et favori Brühl dans l'alliance autrichienne et dans une politique antiprussienne qui attira de nouveaux malheurs sur la Saxe. Durant la guerre de Sept Ans, le pays fut dévasté et occupé par les troupes de Frédéric II, tandis que le roi et son gouvernement s'étaient réfugiés en Pologne. Frédéric-Auguste III (1763/1827, à partir de 1806 roi sous le nom de Frédéric-Auguste Ier) accomplit un redressement remarquable dans tous les domaines (administration, économie, enseignement, armée). Dans sa politique étrangère, il se rapprocha de la Prusse et se prononça contre l'Autriche dans l'affaire de la succession bavaroise (1777) (v. BAVIÈRE). Il entra en 1792 dans la lutte contre la France, mais se tint dans une prudente réserve jusqu'en 1806. Les troupes saxonnes ayant été vaincues aux côtés des Prussiens à Iéna (14 oct. 1806), Frédéric-Auguste s'empressa de signer la paix de Poznan (11 déc. 1806). Napoléon le traita avec une grande générosité ; il lui accorda la dignité royale, plusieurs territoires prussiens et, en 1807, le gouvernement du grand-duché de Varsovie. La Saxe entra dans la Confédération du Rhin (v.). Le nouveau roi resta jusqu'au bout le fidèleallié de Napoléon : les troupes saxonnes participèrent à la campagne de Russie, mais aussi aux premières batailles de la campagne d'Allemagne ; à Lützen (2 mai 1813), elles combattirent encore aux côtés des Français. Mais l'opinion publique ne suivait plus le souverain : à la bataille de Leipzig (18 oct. 1813), les troupes saxonnes firent volte-face et passèrent du côté des Alliés. Le roi de Saxe fut fait prisonnier et, pendant plus d'un an, ses États furent administrés par les Russes, puis par les Prussiens. La Saxe depuis 1815 Si, au congrès de Vienne (1815), Frédéric-Auguste Ier conserva son titre royal, la Prusse annexa la plus grande partie du territoire saxon. Le roi Antoine (1827/36) institua en 1831 un système comportant deux Chambres, en partie élues, et un ministère responsable. L'entrée de la Saxe dans le Zollverein, en 1833, donna un nouvel essor à l'économie et au commerce. En mars 1848, le roi Frédéric-Auguste II (1836/54) appela un ministère libéral, mais son refus d'approuver la Constitution votée par le Parlement de Francfort (v.) provoqua la sanglante insurrection de mai 1849, qui fut écrasée par les troupesprussiennes. À l'intérieur, la Saxe revint à un régime conservateur ; à l'extérieur, sous l'influence du ministre Beust, elle prit une attitude favorable à l'Autriche et hostile à la Prusse. Vaincue par les troupes prussiennes dans la guerre de 1866, elle dut entrer dans la Confédération de l'Allemagne du Nord (v.), puis dans l'Empire allemand (1871). 000200000F9500002CD5 F8F,Dans le dernier quart du XIXe s., le développement rapide de l'industrie saxonne s'accompagna d'une puissante poussée de la social-démocratie. Pour essayer de briser celle-ci, tous les partis centristes et conservateurs s'entendirent et firent voter la loi électorale profondément injuste de 1896. Les villes n'ayant pratiquement plus de représentation, les sociaux-démocrates perdirent toute influence au Parlement saxon, alors qu'au Reichstag, qui était élu selon les lois impériales, la « Saxe rouge » était représentée, en 1903, par vingt-deux députés sociaux-démocrates sur 23. Cette situation paradoxale entretint une agitation permanente en Saxe jusqu'à la révolution de 1918. Après l'abdication du roi Frédéric-Auguste III (9 nov. 1918), la Saxe devint un État libre au sein de la République et se donna une Constitution démocratique et parlementaire (1er nov. 1920). Une coalition des socialistes et des communistes porta au pouvoir le ministère Zeigner, mais celui-ci fut renversé par une intervention du gouvernement de Berlin, en automne 1923. Le national-socialisme resta toujours minoritaire en Saxe, mais après l'avènement de Hitler (janv. 1933), la Saxe, comme tous les autres États allemands, perdit les derniers vestiges de son autonomie et fut placée sous l'autorité d'un Reichsstatthalter. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Saxe fut ravagée par les bombardements de l'aviation alliée (destruction de Dresde, 13/14 févr. 1945). Conquise par les troupes soviétiques en avr./mai 1945, elle fut intégrée à la République démocratique allemande (RDA). En 1990, le Land de Saxe fut reconstitué. (v. ALLEMAGNE). Les principautés saxonnes À la suite des nombreux partages intervenus depuis la fin du XVIe s. dans les possessions de la lignée Ernestine (privée du titre électoral en 1547), diverses principautés saxonnes devaient se constituer et notamment : le duché de Saxe-Cobourg-et-Gotha, en Thuringe, a pour origine la principauté de Saxe-Cobourg, constituée en 1572, rattachée ensuite à la Saxe-Gotha. Les deux anciennes principautés de Cobourg et de Gotha conservèrent leur autonomie et leurs institutions particulières. Le duc Ernest II (1844/93), libéral et favorable à l'unité allemande, s'allia avec la Prusse en 1866, entra en 1867 dans la Confédération de l'Allemagne du Nord et en 1871 dans l'Empire allemand. En 1873/74, une complète unité fut établie entre Cobourg et Gotha. Au cours du XIXe s., la maison de Saxe-Cobourg-et-Gotha donna des souverains à de nombreux États européens : à la Belgique (Léopold Ier et ses descendants), à la Grande-Bretagne (le prince Albert, époux de la reine Victoria), au Portugal (Ferdinand et ses descendants, qui ont régné de 1836 à 1910), à la Bulgarie (Ferdinand Ier et ses descendants, qui ont régné de 1887 à 1946). Après la chute de la dynastie (nov. 1918), Gotha fut incorporé à la Thuringe et Cobourg à la Bavière ; le duché de Saxe-Weimar, en Thuringe, était le plus important des États constitués en 1566, lors du premier partage des possessions de la lignée Ernestine en Thuringe. Il s'accrut en 1644 de la Saxe-Eisenach, qui avait été constituée en principauté indépendante en 1572. Partagé à la fin du XVIIe s. entre les branches de Saxe-Weimar, Saxe-Eisenach et Saxe-Iéna, le duché fut réunifié en 1741. Il connut son apogée sous le règne de Charles-Auguste (1758/1828), qui fut le protecteur de Wieland, de Herder, de Goethe, de Schiller, et qui fit de Weimar le plus brillant foyer spirituel de l'Allemagne. Depuis la réunion de 1741, le duché avait pris le nom de Saxe-Weimar-Eisenach. En 1815, Charles-Auguste obtint le titre de grand-duc et quelques accroissements de territoire. Charles-Alexandre (1853/1901) reprit la politique de mécénat de son grand-père. Ami de la Prusse, il entra en 1867 dans la Confédération de l'Allemagne du Nord (v.), puis, en 1871, dans l'Empire allemand. Le dernier grand-duc abdiqua en nov. 1918 et, en 1920, la Saxe-Weimar-Eisenach fut intégrée à l'État de Thuringe. 00020000038F00003C64 389,Le terme de Saxe entre également dans les organisations suivantes : Saxe prussienne. Province formée en 1816 avec les territoires déjà prussiens (Altmark, Magdebourg-Halle, Halberstadt) et des territoires annexés après le congrès de Vienne (Wittenberg, Torgau, Merseburg, Naumburg...). Cette province a disparu en 1945. Saxe-Anhalt. Land d'Allemagne, dans l'ouest de l'ancienne RDA ; capitale Magdebourg. Formé en 1947 de l'Anhalt et de régions prussiennes, il fut intégré à la RDA en 1949, dissous en 1952, puis reconstitué en 1990, après la réunification de l'Allemagne. Basse-Saxe. Land d'Allemagne, entre l'Elbe et la frontière néerlandaise ; capitale Hanovre. Vaste région de plaines aux sols pauvres, la Basse-Saxe, qui recouvre principalement les territoires de l'ancien Hanovre, a connu, depuis sa création en tant que Land en 1946, un développement moins rapide que celui du reste de l'Allemagne.

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