SARDAIGNE
Grande île italienne de la Méditerranée, au S. de la Corse. Habitée au début du IIIe millénaire (culture d'Ozieri), elle entretint très tôt d'actives relations avec l'Espagne. L'apogée de la civilisation du bronze (vers 1200/700 av. J.-C.) s'y manifeste par de nombreux monuments (dolmens, tombes des géants, bétyles) qui témoignent d'une vie religieuse développée, et par un type original de construction dont l'élément fondamental est le nouraghe, tout en forme de tronc de cône, en grosses pierres appareillées sans ciment. Les Phéniciens établirent en Sardaigne plusieurs comptoirs importants : Nora, Sulcis, Caralis (Cagliari), Tharros (Torre di San Giovanni), mais ils se heurtèrent bientôt à la concurrence des Phocéens, qui fondèrent Olbia (Terranova). La victoire de la coalition punico-étrusque sur les Phocéens à Alalia (535) fit passer la Sardaigne dans la zone d'influence carthaginoise. Mais les Romains s'attaquèrent à l'île dès 259 av. J.-C., dont ils s'emparèrent après la guerre des Mercenaires (238). La Sardaigne et la Corse formèrent ensemble la deuxième « province » romaine (après la Sicile). La pacification fut cependant très difficile : elle semblait achevée en 27 av. J.-C., lorsque la Sardaigne, détachée administrativement de la Corse, fut érigée en province sénatoriale, mais, vers 66 de notre ère, on dut la transformer en province impériale, occupée par les légions. En raison des fièvres qui y sévissaient, l'île formait un séjour peu enviable et elle servit, aux IIe/IIIe s., de lieu de déportation (notamment pour les chrétiens) : les condamnés étaient employés au travail des mines. Occupée vers 436 par les Vandales, qui y déportèrent des évêques d'Afrique, elle fut reconquise par le général byzantin Bélisaire en 534, mais les Byzantins ne purent empêcher les Arabes de s'y installer solidement, au milieu du VIIIe s. C'est après une lutte de vingt ans que les Sardes, aidés de Pise et de Gênes, parvinrent à délivrer leur île (1022). Génois et Pisans tentèrent alors de se partager la Sardaigne, les premiers au N., les seconds au S. (1175). Les Pisans reçurent l'aide de l'empereur Frédéric II, dont le fils, Enzio, fut proclamé en 1242 roi de Sicile. À la chute des Hohenstaufen, Pise fut chassée par les Génois, vainqueurs à la bataille navale de la Meloria (1284). En 1297, le pape Boniface VIII attribua la souveraineté de la Sardaigne à l'Aragon, qui prit effectivement possession de l'île en 1325. La Sardaigne passa ensuite à l'Espagne, qui la conserva jusqu'au traité d'Utrecht (v.) (1713), lequel la donna à l'Autriche. En 1720, l'empereur Charles VI, désireux de reconstituer le royaume de Naples, échangea la Sardaigne avec le duc de Savoie, contre la Sicile. Ainsi naquirent les États sardes ou royaume de Sardaigne, réunissant l'île et les possessions continentales de la maison de Savoie (v. SAVOIE). En 1861, la Sardaigne fut intégrée au nouveau royaume d'Italie. Elle constitue depuis 1948 une région autonome de la République italienne, avec son Assemblée régionale et son gouvernement particulier.