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SAPPHO

SAPPHO. Poétesse grecque. Née à Eresos dans l'île de Lesbos, vers 612 av. J.-C.; morte à Leucade vers 557. Elle fut contemporaine d’Alcée quoiqu’on ignore si ce dernier était plus jeune ou plus vieux qu’elle. D’origine noble, elle passa presque toute sa vie dans la cité de Mytilène. Le « marbre de Paros » atteste qu’elle fut exilée en Sicile entre 607 et 590 et l’on peut penser que ce séjour coïncida avec le premier exil d’Alcée en 595. Sappho aurait été contrainte de s’exiler avec tous les autres aristocrates, mais cet exil ne dut pas durer longtemps et elle rentra bientôt dans sa patrie. Un fragment de papyrus prouve qu'elle atteignit un âge avancé. On sait qu’elle eut un mari, Kerkolas, personnage riche, originaire d’An-dros, et une fille, « belle comme les fleurs d’or », dont le nom, Cléis, était le même que celui de la mère de la poétesse. Elle eut aussi trois frères : Laricos, Charaxos et Eurige. Laricos, le plus jeune, était échan-son au prytanée de Mytilène et il est chanté par sa sœur qui l’aimait très tendrement. Charaxos, l’aîné, est affectueusement réprimandé parce que parti pour commercer en Egypte il s’abandonna tout entier à l’amour de la belle Doricha, hétaïre de Naucratis. Sappho vécut entourée d’un cercle de jeunes filles qui pratiquaient la poésie, la musique et le chant. On ne doit pourtant pas penser qu’il s’agissait d’une école : l’amour motivait le cercle mais le cercle ne motivait pas l’amour. Il est évident toutefois que Sappho exprime des sentiments d’amour ardent pour ces jeunes filles. Il serait vain de le nier et de vouloir réduire ces sentiments à ceux qu’une maîtresse d’école porte à ses élèves. Il faut renoncer à la prétention de vouloir juger une femme qui vécut à Lesbos six siècles av. J.-C. avec nos actuelles idées morales, mais il ne faut pas faire siennes les tardives légendes inventées en guise de plaisanterie par les comiques attiques, légendes qui souillèrent le nom de la poétesse en l’accusant de mauvaises mœurs. Selon une autre légende plus compliquée, Sappho aurait été une femme laide qui, follement amoureuse de Phaon, se serait, par désespoir, jetée du haut du rocher de Leucade. Cette légende, dont nous trouvons déjà les éléments dans l’épître de Sappho à Phaon d’Ovide, fut adoptée par Leopardi dans Le Dernier Chant de Sappho , poème où, tout en chantant la mésaventure présumée de Sappho, il chante la sienne propre. En fait, c’est encore par ses Odes , bien que nous n’en possédions qu’une qui soit complète, que nous connaissons le mieux le visage de la poétesse de Lesbos. Sappho vivait dans un petit monde féminin, très fermé; ses joies et ses douleurs étaient celles de son cercle. Les joies du cercle étaient des joies simples : cueillir des fleurs, en faire des guirlandes et s’en parer, s’oindre de parfums, s’adonner à l’ivresse de la danse et au chant, et par-dessus tout à l’amour. Ces joies présupposent, outre une sensibilité exquise, une vie raffinée et presque vouée à la mollesse. Sappho aimait le luxe et ne s’en cache pas. Au moment où elle écrit elle a les cheveux blancs, et comme elle le dit elle-même, ses genoux ne la soutiennent plus. Mais la vieillesse ne lui a pas enlevé sa jeunesse d’esprit et elle continue à aimer les choses qu'elle a toujours aimées. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que ses poèmes parient constamment de robes, d’ornements et de joyaux. Porter une tunique sans élégance était pour elle une faute impardonnable. Quand elle veut reprocher à une amie de lui préférer sa rivale, Andromède, elle lui dit avec une méchanceté malicieuse : « Qu’est cette paysanne qui t’a ensorcelée, elle qui ne sait porter la robe sur la cheville ? » Sappho aime l’or, non pas la richesse mais la splendeur de l’or, ses yeux en jouissent et, dirait-on, ses mains. Elle aime les plantes et les fleurs. La vie était pour elle raffinement et amour des choses belles et délicates, mais ce raffinement de Sappho est surtout spirituel; il naît d’une sensibilité extrême et d’une incomparable profondeur du sentiment. Un fragment qui nous est parvenu sur un papyrus exprime sa conception de la vie : « Les uns disent que la chose la plus belle qui soit sur cette noire terre est une armée de cavaliers, d’autres une armée de fantassins, d’autres une flotte de vaisseaux; moi, je dis que ce qu’il y a de plus beau c’est d’aimer. » C’est tout un programme et énoncé avec hardiesse. C’est que, pour Sappho, l’amour est toute la vie et elle le chante avec une infinie variété de tons, non seulement comme souvenir élégiaque et comme nostalgie mais comme passion ardente, comme jalousie et comme douleur. Un long fragment raconte la douleur que lui causa le départ d’une amie. Le cœur de la poétesse est déchiré : « Je voudrais vraiment être morte », dit-elle. Ailleurs l’amour est tempétueux : « Eros a ébranlé mon âme comme le vent qui s’abat sur les chênes de la montagne. » L’amour de Sappho est comme une force de la nature à laquelle rien ne peut résister. Elle sent toute la douceur de l’amour en même temps que toute son amertume : « Eros qui délie les membres m’agite à nouveau, fière, invincible, douce, amère. » Cette douceur et cette amertume sont merveilleusement exprimées dans la grande ode sur la jalousie : « La voix me manque, ma langue se casse, un feu subtil court sous ma peau, mes yeux ne voient plus, mes oreilles bourdonnent, ma sueur goutte, un frisson me prend tout entière, je deviens plus verte que l’herbe et me sens tout près de mourir. Mais tout se peut supporter... » L’ode est mutilée, car l’auteur du Sublime n’en cite pas plus. Elle fut traduite par Catulle et par Foscolo mais ni Catulle ni Foscolo ne réussirent à rivaliser avec l’original. Sappho, comme tous les poètes antiques, ne parla pas toujours d’elle-même, elle écrivit aussi des hymnes, des petits poèmes mythologiques et des épithalames, mais plus que tous les autres poètes antiques, elle exprima avant tout des sentiments personnels. L’art de Sappho prend racine dans le sentiment. Son ardeur est telle qu’au lieu de résister, l’âme de la poétesse s abandonne et elle accueille presque joyeusement cela même qui la fait souffrir. Le sentiment se manifeste ainsi avec la soudaineté, la vivacité et la fraîcheur qui sont d’habitude le caractère de la sensation. Cet art qui avec la plus suave fantaisie embellit la profondeur du sentiment est incomparable, et n’a d’égal en aucune littérature. Chez tous les autres poètes il y a des zones d’ombre et de lumière, des parties plus ou moins poétiques; chez Sappho tout est poésie, tout a la même intensité poétique.

♦ « Sappho avait des chants enflammés : elle répandait dans ses mélodies le feu de son cœur. » Plutarque. ♦ « Elle fut victime d’une véritable conspiration des Athéniens qui, au IVe s. av. J.C., dans le but d’enrayer un mouvement féministe des plus intenses, ne trouvèrent rien de mieux que de traîner sur la scène une morte pour l’y vilipender, et finirent par déshonorer la femme irréprochable jusque-là. » Dr. J.-M.-F. Bascoul.

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