SALADIN, Sala ed-Din Yousouf ibn-Ayyoub
Sultan ayyoubide d'Égypte (1171/93) et de Syrie (1174/93). Général d'origine kurde, il accompagna son oncle Chirkouh lors d'une expédition en Égypte. À la mort de ce dernier, il lui succéda au poste de vizir (1169), ce qui le rendit pratiquement maître de l'Égypte. Il se proclama sultan en 1171 et entreprit de rassembler les terres morcelées de l'islam en un seul État. Il infligea de lourdes défaites aux croisés de la troisième croisade. Fin politique, grand guerrier, il se consacra au redressement du monde musulman et à la régénération de la doctrine sunnite. Il reste l'une des grandes figures de l'islam.
Saladin ; vizir puis sultan d’Égypte [1171-1193].
Né en 1137, le Kurde S. (Salah ad-din ben Ayyoub) refait l’unité d’une grande partie du Proche-Orient musulman, sous l’autorité nominale du calife abbasside de Bagdad et acquiert son plus grand titre de gloire en reprenant Jérusalem aux chrétiens (2 oct. 1187). Depuis le Xe siècle, le monde musulman s’est morcelé. Rattachés à Fatima et Ali, les Fatimides chiites ont créé un califat rival de celui de Bagdad, d’abord basé en Afrique du Nord (910) puis en Égypte (973). Quant aux califes abbassides, ils sont sous la coupe de leurs vizirs (chefs de l’administration), fournis par la dynastie des Bouyides à partir de 945 ; l’un de ceux-ci, Adoud al-Dawla [975-983] prend, pour marquer l’étendue de son pouvoir, le titre perse de « sultan ». Les Bouyides sont balayés par les Turcs seldjoukides, qui pénètrent à Bagdad en 1055, reprennent le sultanat à leur compte et mènent une guerre sans merci aux Fatimides en Syrie et en Palestine. Au nord, le pouvoir est morcelé entre des princes locaux, émirs ou atabegs, la plupart d’origine turque ou kurde (Alep, Homs, Mossoul, Damas). Le monde musulman ne donne donc d’abord qu’une réplique faible et toujours désordonnée aux croisés chrétiens quand ceux-ci pénètrent en Asie Mineure puis en Palestine et s’emparent en 1099 de Jérusalem, que les Fatimides venaient l’année précédente de reprendre aux Seldjoukides. La première tentative de résistance organisée et coordonnée, associée à la réactivation du concept de guerre sainte (djihad) et à la lutte contre le chiisme, est le fait de l’émir de Mossoul, Imad ad-din Zengi (dynastie des Zengides), qui reprend Édesse en 1144, suscitant la réplique de la deuxième croisade (1145-1148). Son fils Nour ad-din [1146-1174] poursuit l’unification de la moitié nord de la Syrie (prise de Damas, 1158) et abat, de l’intérieur, le califat fatimide : son allié, le Kurde Chirkouh, est imposé comme vizir au calife du Caire et, à sa mort (1169), remplacé par son neveu, S. qui, en 1171, se débarrasse du dernier calife fatimide, Al-Adid, restaure le sunnisme et reconnaît l’autorité nominale de Bagdad. La mort de Nour addin met fin à une rivalité naissante et fait de S. le chef effectif d’un islam partiellement réunifié. En 1175, S. domine, avec l’investiture du calife de Bagdad, Égypte, Yémen et Syrie (où les derniers Zengides sont encore rétifs à son autorité). Il s’impose auprès des petites principautés turques de Mésopotamie et d’Asie Mineure. Une fois son autorité assise, il peut s’atteler à son grand projet : reconquérir les terres prises par les croisés, désunis après la mort du roi de Jérusalem Baudouin IV le Lépreux et la minorité de Baudouin V. Le 4 juillet 1187 il leur inflige à Hattin, près du lac de Tibériade, une cuisante défaite, où nombre de chevaliers, dont le nouveau roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, sont faits prisonniers. Dès lors, la conquête se poursuit : S. prend Acre, Sidon, Ascalon, Nazareth, Jérusalem, ne laissant aux croisés qu’une mince bande côtière. La troisième croisade (1189-1192) n’est guère plus favorable aux croisés : S. leur rend Acre, Jaffa et Ascalon, mais garde Jérusalem. Non content d’avoir contribué au rassemblement du monde musulman, tant sur le plan religieux que politique, il fait preuve de tolérance et de générosité à l’égard de ses ennemis, les chrétiens, qui voient en lui un modèle des vertus chevaleresques (le prénom Saladinus est attribué au cours du XIIIe siècle aux rejetons de plusieurs lignages chevaleresques occidentaux). La légende fit de lui un personnage exceptionnel qui fournit la matière de nombreux romans du XIIIe au XVe siècle. A sa mort, il a fondé une dynastie, les Ayyoubides, qui dominent avec peine l’Égypte un demi-siècle durant.
Bibliographie : G. Chauvel, Saladin, rassembleur de l'Islam, 1992.