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SAINT-SAËNS Charles Camille

SAINT-SAËNS Charles Camille. Musicien français. Né à Paris, le 9 octobre 1835 mort à Alger le 16 décembre 1921. Issu d’une famille d’origine normande, orphelin de père à l’âge de deux mois, enfant débile et toute sa vie menacé de phtisie (il n’en mourut pas moins à plus de quatre-vingts ans), il fut élevé par sa mère et sa grand’tante, excellentes musiciennes. Sa précocité ne peut être comparée qu’à celle de Mozart : a trois ans et demi, il savait déjà écrire des notes sur une portée; à cinq ans il se produisait dans un salon et Le Moniteur lui consacrait un petit article; à dix ans, il donnait à la salle Pleyel son premier récital public et jouait aux Tuileries pour Louis-Philippe et la famille royale. Mais, au Conservatoire, où il entra en 1848 et où il suivit les cours de Benoist (orgue), d'Halévy et de Reyer (composition), il n’obtint pas tous les succès qu’on pouvait attendre de lui; monté en loge pour le Prix de Rome en 1852, il subit un échec. Il n’avait alors que seize ans, mais se vexa et laissa passer plus de douze ans avant de se risquer à un nouvel essai, aussi infructueux. Sans attendre les lauriers des Beaux-Arts pour se livrer à la composition, dès 1851, avec une Ode à Sainte-Cécile, il remporte le prix décerné par société de ce nom. Un an plus tard, il donne sa première symphonie, en mi bémol, — v. Symphonies — qui suscite un vif intérêt de la part de Gounod. Bien qu’assuré de solides rentes familiales, il décide de gagner sa vie avec son art et, après un stage de quelques mois à Saint-Séverin, obtient en 1853 le poste d’organiste à Saint-Merri, puis, en 1857, s’installe au grand orgue de la Madeleine, qu’il tiendra pendant vingt ans. D’esprit fort peu religieux, il voit avant tout dans l’orgue un excellent terrain d’exercice musical, et devient rapidement un virtuose du clavier. Ses œuvres de jeunesse, une Symphonie en fa (1856), restée inédite, un Quintette en la mineur (1855), une Symphonie en la mineur (1858), le Trio en fa majeur (1863), passèrent à peu près inaperçues. Compositeur purement instrumental, en une époque où le théâtre donnait encore le ton à toute la vie musicale parisienne, dénoncé par quelques critiques comme un « wagnérien », Saint-Saëns resta inconnu du public jusqu’à la création, en 1871, de la fameuse Société Nationale, dont il avait été un des promoteurs. A partir de ce moment, il passe au premier plan et s’affirme comme un des principaux artisans du renouveau symphonique français, en particulier avec sa troisième Symphonie en ut mineur avec orgue (1886). Les années 1875-1885 allaient d’ailleurs être les plus fécondes de sa carrière, dans tous les domaines. Un héritage lui ayant permis d’abandonner son poste de la Madeleine, il peut se consacrer presque exclusivement à la composition. Dans la musique de chambre, il donne sa Sonate pour violoncelle et piano op. 32, son quatrième Concerto en ut mineur (1875) — v. Concertos pour piano et orchestre (1858-1895) — et son Septuor en mi bémol (1880); il s’impose avec ses Poèmes symphoniques : Le Rouet d’Omphale (1871), Phaéton (1873), la Danse macabre (1875) et La Jeunesse d’Hercule (1877); au théâtre, ses débuts devaient être plus difficiles, puisque Samson et Dalila , créé en 1877 à Weimar, attendra quinze ans avant d’être accueilli à l’Opéra de Paris. Cette œuvre n’en contribua pas moins à établir la célébrité universelle de Saint-Saëns, considéré à l’étranger comme le musicien français le plus typique. En 1881, il devient membre de l’institut. Aucun honneur ne lui sera désormais refusé et, en dépit des sarcasmes de la nouvelle génération, Saint-Saëns fera figure jusqu’à sa mort de compositeur officiel. Si ses autres œuvres théâtrales : Étienne Marcel (1879), Henry VIII (1883), Ascanio (1890), Déjanire (1898), etc., et ses musiques de scène pour Antigone (1893) et pour Andromaque (1909) semblent définitivement tombées dans l’oubli, des œuvres comme Le Carnaval des animaux (1886) et la Havanaise (1887) restent chères au public des concerts. Citons enfin ses pièces de musique vocale : Les Noces de Prométhée (1867), Le Déluge (1875), La Lyre et la harpe (1879) et de musique sacrée : l'Oratorio de Noël (1860), le Requiem (1878), etc. Avec une assez belle indifférence pour le goût du grand public, Saint-Saëns a servi, a l’exclusion de tout autre, le culte un peu tyrannique et un peu froid de la forme. On peut trouver le résumé de son « credo » esthétique dans une de ses formules : « Même quand on va au fond des choses on s’aperçoit que l’émotion apporte à l’art un élément dangereux qui le mène à sa perte. » De là l’incompréhension qu’il a manifestée pour les premières œuvres de Debussy; de là surtout la hargne avec laquelle il a poursuivi le génie wagnérien, allant jusqu’à exploiter l’exaltation patriotique de la guerre de 1914-1918 pour essayer de faire interdire l’exécution des œuvres du maître de Bayreuth. Cependant, après les débauches sonores de l'italianisme dominant en France pendant toute la première moitié du XIXe siècle, Saint-Saëns a œuvré pour un retour à la rigueur et à la précision de l’écriture qui n’a pas été inutile. Professeur de piano à l’Ecole Niedermeyer, il a formé des musiciens tels que Messager et Fauré. On lui doit en partie la découverte de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach en France. Quant à son rôle d’animateur dans la résurrection de l’école française après 1870, il a été capital.

♦ « M. Saint-Saëns est l’homme du monde entier qui sait le mieux la musique. » Debussy. ♦ « Saint-Saëns, dans un temps où il est de mode de mettre la musique au service d’une philosophie, d’une idée morale, d’une foi religieuse, dans le temps même de Richard Wagner et de César Franck, n’hésite pas à proclamer sa doctrine de l’art pour l’art. Il y fallait un certain courage. » Paul Landormy.

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