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ROUSSEL Raymond

ROUSSEL Raymond. Ecrivain français. Né à Paris le 20 janvier 1877, mort à Palerme le 14 juillet 1933. Sa famille était immensément riche et cela contribua à lui assurer une enfance dont il conserva toujours un souvenir délicieux. A treize ans, il quitta le lycée pour le Conservatoire, et entra dans la classe de piano de Louis Diémer; il y obtint un second, puis un premier accessit. Sa mère encouragea son goût pour la musique, et dès l’âge de seize ans, il s essaya à composer des mélodies. A dix-sept ans, il renonça brusquement à la musique pour se consacrer tout entier à la poésie. Durant de longs mois, il travailla presque jour et nuit et c’est alors, qu’illuminé par « une sensation de gloire universelle », il eut comme la révélation de son génie. Son premier livre, La Doublure, parut le 10 juin 1897; l’insuccès fut total et provoqua chez lui un choc terrible. Guéri, il se remit au travail mais cette fois systématiquement et en mettant minutieusement au point son style et sa technique. L’œuvre qui naquit de cette recherche, La Vue, parut en 1902 dans le Gaulois du Dimanche (en librairie, en 1904) mais fut à peine remarquée. Cinq nouvelles années de travail au cours desquelles, racontera-t-il plus tard, « il m’est arrivé de me rouler par terre dans des crises de rage, en sentant que je ne pouvais parvenir à me donner les sensations d’art auxquelles j’aspirais », lui permirent de réaliser un ouvrage, Impressions d’Afrique (1910), à partir duquel il eut la certitude d’avoir trouvé sa voie. Lorsque le livre parut, personne n’y prêta attention, sauf Edmond Rostand qui proclama partout qu’on en pourrait tirer une pièce extraordinaire. Roussel en fit jouer successivement trois version», les deux premières au Théâtre Femina, la dernière au Théâtre Antoine. La critique s’acharna sur la pièce et l’insuccès fut complet. Entre-temps, Roussel avait commencé un nouveau livre qui parut sous le titre de Locus Solus (1914) et ne fut pas mieux accueilli que les précédents. Il chargea Pierre Frondaie d’en faire une adaptation qu’il fit monter très luxueusement au Théâtre Antoine. Les représentations dégénérèrent en véritables batailles mais un petit groupe commença à reconnaître le mérite des tentatives de Roussel tandis que lui venait une soudaine célébrité de scandale. Pensant que ses pièces échouaient parce qu’il ne s’agissait que d’adaptations, Roussel écrivit L’Etoile au front qui, le 5 mai 1924, fut représentée au Vaudeville. Il y eut de nouvelles bagarres mais les partisans étaient plus nombreux; on les hua, on les traita de claque et c’est alors que Robert Desnos lança son mot célèbre : « Nous sommes la claque et vous êtes la joue. » Roussel donna une dernière pièce, La Poussière de soleils, qui fut montée au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 2 février 1926; cette fois les places s’arrachèrent et il n’y eut pas de bataille mais la critique demeura tout aussi mauvaise. Le génie de Roussel atteint sa plénitude dans son dernier livre : Nouvelles impressions d’Afrique (1932) et il nous a révélé un peu des secrets de son art dans : Comment j’ai écrit certains de mes livres (1935). Au premier abord déconcertante, l’œuvre de Roussel marque un moment capital non seulement dans l’évolution de la « littérature » mais dans les rapports de l’écrivain et de « l’écriture ». Comparable par bien des points à celle de Joyce, cette œuvre est destinée à prendre de plus en plus de place à mesure que l’expression écrite ne se contentera pas de distraire l’homme mais tendra à l’exprimer toujours de plus près. Hanté par le paradis perdu de sa gloire, Roussel a élaboré toute une mythologie qu’il nous reste à déchiffrer avec la même patience qu’il mit à la concevoir; il en naîtra, peut-être, une nouvelle lumière.
♦ « ... L’art d’un Roussel, de couper non pas, comme on dit, les cheveux en quatre, mais en quatre cent quarante mille, pour commencer, m’apparaît comme un phénomène digne d’être signalé à ceux qui font leurs délices de l’analyse, de l’énumération et de la nomenclature. » R. de Montesquiou. ♦ « ... Les produits de l’imagination de Roussel sont, en quelque sorte, les lieux communs quintessenciés : aussi déconcertant et singulier qu’il soit pour le public, il puisait — en fait — aux mêmes sources que l’imagination populaire et que l’imagination enfantine et, de surcroît, sa culture était essentiellement populaire et enfantine... comme le sont ses procédés... Sans doute l’incompréhension presque unanime à laquelle Roussel s’est douloureusement heurté tient-elle moins à une incapacité d’atteindre l’universel qu’à cet alliage insolite du simple-comme-bonjour et de la quintessence. » M. Leiris. ♦ « Roussel est, avec Lautréamont, le plus grand magnétiseur des temps modernes. Chez lui, l’homme conscient extrêmement laborieux... ne cesse d’être aux prises avec l’homme inconscient extrêmement impérieux... La magnifique originalité de l’œuvre de Roussel oppose un démenti lourd de signification et de portée, inflige un affront définitif aux tenants d’un réalisme primaire attardé... » A. Breton.

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