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ROUGET DE LISLE Claude Joseph

ROUGET DE LISLE Claude Joseph. Officier français. Né le 10 mai 1760 à Lons-le-Saunier (Jura), mort le 26 juin 1836 à Choisy-le-Roi (Seine). Fils d’un avocat, Joseph Rouget dut anoblir son nom pour entrer à l’Ecole Militaire de Paris en 1777. Durant ses six ans d’école, il fréquenta l’Opéra plus que les cours de mathématiques. Il passa quelques mois à Mézières, se lia avec Beaumarchais à son retour à Paris. Sa première garnison fut, en 1785, Mont-Dauphin près de Grenoble. En 1789, il fut nommé lieutenant au fort de Joux, près de Besançon. Déjà il composait chansons et livrets d’opéras. Il passa à Paris toute l’année 1790 et collabora avec Grétry au Despotisme monacal découvert par les sans-culottes. Après l’échec à l’Opéra-Comique de Bayard dans Bresce, dont il avait écrit le livret, il fut envoyé, le 1er mai 1791, à Strasbourg, où il se lia avec Pleyel, maître de chapelle de la cathédrale, et avec le maire Dietrich qui l’invita, à ses soirées. En juin, le roi fut rattrapé à Varennes. Le 25 septembre, quatre cents musiciens jouaient sur la place d’Armes l'Hymne à la Liberté, que Pleyel avait composé sur le texte de Rouget. Le 25 avril 1792, ce fut la guerre : Dietrich fit afficher sa fameuse proclamation. On para de cocardes tricolores les saints de la cathédrale. Le soir, dans l’exaltation patriotique qui avait saisi la ville, le jeune capitaine accepta de mettre en rimes la prose municipale, et griffonna, dans sa chambre de la rue de la Mesange, les strophes qui devinrent célèbres. Le lendemain, dès sept heures du matin, il courut chez le maire, accorda son violon, et Mme Dietrich se mit au clavecin. Son mari, de sa voix de ténor, essaya ce chant martial qu’il entonna le soir même devant ses amis. Cet air fut joué quatre jours plus tard par la musique de la garde nationale a l’arrivée du régiment de Rhône-et-Loire dont un volontaire eut ce mot, repris plus tard par Bonaparte : « Qu’est-ce que c’est que ce diable d’air-là, on dirait qu’il a des moustaches ! » En mai fut imprimé ce Chant de guerre pour l’armée du Rhin. Rouget, qui avait reçu sa feuille de route pour Neuf-Brisach, n’abandonna pas sa muse. Il composa un Roland à Roncevaux dont seul un refrain surnagera : « Mourir pour la patrie, / c’est le sort le plus beau, / le plus digne d’envie ! » Les Fédérés marseillais, gagnant Paris à petites étapes, avaient adopté ce chant martial dont ils firent la Marche des Marseillais. En cours de route, elle augmenta d’une strophe, que l’abbé Pessonneaux fit chanter le 14 juillet par ses élèves du Collège de Vienne, ce qui le sauva plus tard de la guillotine. Le 30 juillet, les Marseillais arrivèrent à Paris, apportant cette réplique entraînante au Manifeste de Brunswick. Dix jours plus tard, La Marseillaise reçut le baptême du sang lors de l’attaque des Tuileries. Le 10 août tomba le régime, mais Rouget de Lisle refusa de sanctionner la chute du « tyran » en prêtant le nouveau serment. Il fut destitué, mais à Colmar un général de ses amis le persuada de solliciter son pardon, lui qui avait donné « le cri de la République ». Le 30 septembre, on représenta à l’Opéra une Offrande à la liberté, où La Marseillaise fut jouée comme l’hymne républicain. A Jemmapes ce fut l’air qui entraîna les soldats de Dumouriez; celui-ci termina d’ailleurs en 1793 une de ses proclamations par ces mots : « Entonnez l’hymne des Marseillais et vous vaincrez. » Cette même année, pourtant, Rouget n’arrivait pas à placer ses livrets d’opéras. Puis le voilà suspect, arrêté, envoyé à la prison de Saint-Germain-en-Laye. Il écrivit à Robespierre, composa, en vain, un Hymne à la raison. Mais le 9 thermidor le délivra et un décret reconnut La Marseillaise comme chant national, décret qui reste en vigueur depuis le 26 messidor de l’an III. Aide de camp de Tallien, Rouget faisait la campagne contre les Chouans au moment du débarquement des émigrés(1795). Blessé à la cuisse, la Convention lui vota deux violons, à choisir dans le Dépôt National de la rue Bergère. Après une mission en Hollande, d’où il fatigua Bonaparte, il ne put être son « barde » comme il le lui proposait. Mêlé de trop près à un trafic de vivres dont avait profité Joséphine de Beauharnais, il tomba en disgrâce, et bientôt dans la misère. Il dut même se cacher lors de la conspiration du général Malet, son cousin. Lorsque tomba Napoléon, il essaya de chanter le retour des Bourbons, qui cependant l’ignorèrent, et finit ses jours dans la gêne; en 1826, il récolta même quelques semaines de prison pour dettes. Ce ne fut qu’en 1830 que, chantée de nouveau, La Marseillaise lui valut une petite pension de Louis-Philippe. Par fidélité à un malheureux amour de jeunesse, il ne se maria jamais. ♦ « L’avocat des mauvaises causes. » Surnom que lui donnèrent les habitants de Lons-le-Saunier. ▼ Le citoyen Rouget de Lisle est le véritable Tyrtée français, par l’influence de son chant marseillais, dont il est le poète et le compositeur tout ensemble, qui a valu tant de victoires à la République, chant si cher à nos soldats, et qui sait encore forcer nos ennemis même à le craindre à la fois et à le chanter. » Proclamation du Directoire. ▼ « La Marseillaise, quoi qu’en disent les musiciens et les juristes, est le premier chant des temps modernes, puisqu ’à son jour elle entraîna les hommes et les fit vaincre. » Renan.

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