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ROGER II / Roger Ier

Grand comte (1101/30), puis roi (1130/54) de Sicile. Fils et successeur de Roger Ier, il entreprit l'unification de toutes les possessions normandes d'Italie. Le pape Honorius II ayant tenté d'empêcher ses progrès en prêchant une croisade contre lui, il soutint l'antipape Anaclet II et se fit couronner par lui roi de Sicile, à Palerme, en 1130. Il ajouta encore à ses États Capoue (1136), le duché de Naples et les Abruzzes (1140). En 1139, il réussit à faire prisonnier le pape Innocent II, qu'il força à reconnaître son titre royal. Il entra ensuite en lutte contre les Byzantins, fit ravager par sa flotte les côtes de Dalmatie et d'Épire, s'empara de Corfou (1146) et mit Corinthe et Athènes au pillage. Traversant la Méditerranée, il porta la guerre contre les sarrasins en Afrique (1147/52). La cour de Roger II fut une des plus brillantes de l'Europe du XIIe s. : prince éclairé et tolérant, Roger laissa s'épanouir une belle civilisation mêlée d'éléments arabes et grecs.

Roger II (1095-1154); roi de Sicile, de Calabre et des Pouilles.

Né du troisième mariage de Roger Ier avec Adelasia, R. succède vite à son frère Simon, décédé à l’âge de douze ans (28 sept. 1105). Sa mère exerce la régence jusqu’à sa majorité en 1112. Deux grands échecs réorientent rapidement la politique normande. Le premier est celui du remariage d’Adelasia avec le roi Baudouin de Jérusalem, avec promesse de succession à R. : Adelasia rentre en Sicile, le mariage annulé, en 1117 ; le second échec est celui des expéditions contre l’Afrique du Nord (1117, 1118, 1123). R. a ainsi les mains libres pour recueillir la succession du duché des Pouilles. Ce qu’il fait, sans coup férir, à la mort de son cousin Guillaume, petit-fils de Robert Guiscard (25 juill. 1127), qui lui avait du reste déjà engagé le duché en 1122. Le pape Honorius II, furieux de ne pas avoir été consulté comme seigneur féodal, doit pourtant reconnaître R., qui, sous les murs de Bénévent, lui prête hommage (22 août 1128). Dès 1130, R. met à profit le schisme pontifical, soutenant Anaclet contre Innocent II et contre l’empereur Lothaire III. Anaclet le reconnaît en 1130 comme roi vassal de Sicile et des territoires qu’il vient de conquérir autour de Capoue, de Naples et de Bénévent, et lui confirme les pouvoirs qu’Urbain II avait octroyés à son père. A la Noël 1130, R. reçoit l’onction royale dans la cathédrale de Palerme des mains d’un envoyé d’Anaclet. En raison de difficultés avec Innocent II sur la réorganisation des régions conquises, les expéditions militaires

de l’empereur Lothaire ne réussissent pas à briser la puissance de R., bien que les Normands perdent provisoirement presque toute l’Italie du Sud. Lorsque, de son propre chef, le pape Innocent II déclenche une nouvelle guerre contre R., il court au désastre. Le 21 juillet 1139, sur le Garigliano, près de Galluccio, l’armée pontificale est écrasée, Innocent II capturé avec son trésor et ses archives. À la paix de Mignano (27 juill.), il doit relever le souverain normand de l’excommunication prononcée en 1135 et lui inféoder toutes ses possessions. La même année, Naples est normande. Parce que le mariage de son fils Guillaume (futur Guillaume Ier) avec une princesse byzantine ne se réalise pas, R. entre encore une fois en conflit avec Byzance qui, depuis 1107, possède à nouveau une position considérable en Adriatique. En 1147, il s’empare de Corfou, qu’il ne réussit toutefois à conserver que jusqu’en 1149, dévaste les côtes du Péloponnèse et donne l’assaut à Corinthe (évacuation des tisseurs de soie de Thèbes). L’empereur de Byzance, Manuel Ier Comnène, réussit cependant, en s’alliant au roi Conrad, auquel il est apparenté, et aux Vénitiens, à repousser les attaques des Normands, à reconquérir les territoires perdus et également à reprendre pied en Italie du Sud. De 1148 à 1160, les Normands lancent des expéditions à la conquête de l’Afrique (Bône, Tunis, Mehadia, Tripoli). R. réunit par la force les seigneuries normandes d’Italie du Sud et institue ainsi un type de pouvoir qui, dans sa spécificité, servira plus tard de modèle à l’empereur Frédéric IL Les principes de l’administration centralisée sont résumés dans les Assises d’Ariano (1140). Fils d’un guerrier dont on sait seulement qu’il aimait la musique, R. est ouvert à la culture, aux arts comme aux sciences ; la splendeur du roi et son habileté idéologique se lisent dans l’admirable chapelle palatine de Palerme, édifiée et décorée entre 1129 et 1140. Le souverain promeut aussi l’enseignement, qui doit former ses fonctionnaires. On enseigne le droit à Naples et Amalfi, la médecine à Salerne. R. favorise les activités de marchands (Génois, Vénitiens, Pisans). Des administrations orientales, il conserve le dirigisme économique et les monopoles (ainsi celui de la soie, tissée dans des ateliers royaux). Dès son règne pourtant, les symptômes persistent des bases du sous-développement méridional ; le commerce reste largement aux mains des étrangers, les fonctionnaires ne tardent pas à tomber sous la dépendance de la noblesse normande, qui n’a fait que se substituer aux anciens grands propriétaires. À la mort de R. (26 févr. 1154), son fils Guillaume Ier lui succède. En le faisant associer au trône dès 1151, R. a montré qu’il pressentait les révoltes baronniales qui explosent aussitôt son décès connu.


Roger Ier (1031-1101) ; comte de Sicile. Vers 1058, comme auparavant ses frères aînés, R., benjamin des douze fils d’un chevalier normand, Tancrède de Hauteville, vient de Normandie en Italie du Sud, où il reçoit de son frère, Robert Guiscard, une partie de la Calabre (Mileto). Arrivés en Calabre et à Reggio, les Normands sont naturellement portés vers la Sicile. Dans la conquête de l’île (1061-1091), il n’y a presque aucun accent de guerre religieuse, mais le résultat d’un vigoureux expansionnisme, mettant ici aussi à profit les dissensions entre de petites principautés rivales (émirs de Catane, de Trapani, d’Agrigente), s’appuyant à peine sur les chrétiens dhimmis de l’île, pour la plupart de rite byzantin et non moins effrayés que les Arabes par la brutalité normande. R. est appelé comme mercenaire par l’émir de Catane ; une fois introduit, il s’empare progressivement, non sans mal, de l’île et de ses grandes villes et puissantes forteresses (Messine, 1061 ; Catane, 1071 ; Païenne, 1072 ; Taormine, 1079 ; Agrigente, 1086), à l’aide d’une armée de Normands, renforcée de nombreux soudards bretons, français, italiens. Comme en Pouille, l'implantation normande est profonde et violente, mais ne peut se fixer qu’en se coulant dans les moules de l’administration en place : le génie normand apparaît, plus encore que dans les opérations militaires, dans sa capacité d’adaptation. R. introduit la féodalité (dont l’implantation est facilitée par les structures latifundiaires méridionales), mais conserve la fiscalité arabe et les pratiques administratives grecques ; sa chancellerie établit des actes en latin, en grec, en arabe. Comme les Arabes, il ne force pas les populations à la conversion, ouvrant ainsi la voie à la grande expérience sicilienne du XIIe siècle qui va faire de l’île, avec Tolède, le plus grand foyer de rencontres intellectuelles entre les civilisations méditerranéennes. R. n’est pas moins habile dans le domaine diplomatique. À la mort de Robert Guiscard (1085), R. soutient son neveu Roger « Borsa», qui doit, tout jeune, faire face en Pouille à l’agitation endémique de nombreux barons et aux ambitions de son demi-frère Bohémond. R. affiche son légalisme, préférant un duché de Pouille calme et sous tutelle sicilienne, préparant ainsi l'unification de l’Italie normande par son fils Roger II. Dans ses manoeuvres, R. est aidé par le lancement de la première croisade, qui réoriente la soif d’aventures et de terres de nombreux barons normands. R. manoeuvre mieux que le Guiscard avec la papauté. Urbain II en 1098 arrive avec lui à une sorte de concordat, lui imposant de respecter les immunités des Eglises latines, mais lui laissant sans soute un large droit de regard sur la vie et l’organisation de l’Eglise de Sicile (il n’est pas possible de savoir si c’est dès ce moment que le souverain sicilien reçoit le pouvoir permanent de légat pontifical, situation unique en Europe). Le prestige de R. se lit dans le réseau d’alliances matrimoniales qu’il tisse. On sait qu’après le décès de sa deuxième femme, une Normande, il épouse Adelasia del Vasto, fille du marquis piémontais de la lignée des Aleramici. Il donne ses filles au roi de Hongrie (Maximilla) et à Conrad fils de l’empereur Henri IV (Costanza), en fiance une autre au roi de France (Emma). R. meurt à Mileto le 22 juin 1101, transmettant ses terres de Sicile-Calabre à un fils, Simon, âgé de huit ans, sous la tutelle d’une maîtresse-femme, sa veuve Adelasia qui, aidée de quelques fidèles, tient la principauté d’une poigne de fer et la transmet intacte à leur autre fils, Roger II.

 


ROGER II DE SICILE (v. 1095-Pa-lerme, 1154). Roi de Sicile (1130-1154). Duc de Pouilles et de Calabre, neveu de Robert Guiscard, il fut le fondateur du royaume normand de Sicile. Roger II ajouta à ses possessions l'Italie du Sud en menant une longue lutte contre le pape Innocent II. Couronné roi de Sicile en 1130 et reconnu par le pape, il fit de son royaume un lieu de rencontre entre savants arabes et chrétiens.

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