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RITSOS Yannis

RITSOS Yannis. Poète grec. Né le 1er mai 1909 à Monemvassia (Péloponnèse). Par l’ampleur de son œuvre et l’unanimité qui s’est faite, à l’étranger, sur son nom, par sa vie exemplaire qui rejoint si souvent celle de son pays, c’est l’une des personnalités, avec Cavafy ou Séféris, dont l’influence se fait le plus sentir dans la production poétique de la Grèce actuelle. Fils cadet d’une famille noble et naguère riche, il est, très jeune, confronté à des épreuves qui feront de lui cet « enfant sans enfance » entrevu dans ses premiers recueils : son frère puis sa mère sont emportés par la tuberculose en 1921 et il grandit désormais à l’ombre de son père, dans la « vieille maison » de Malvoisie, s’essayant déjà à la poésie. Il n’a pas dix-sept ans lorsqu’il quitte le lycée de Gytheïon pour Athènes, à la recherche d’un emploi. Mais il est une nouvelle fois durement, doublement touché : son père est interné dans un asile d’aliénés tandis que lui-même, atteint de tuberculose, entre au sanatorium de Sotiria. Quand il en sortira, en 1931, après quatre ans de lectures, de réflexion, d’exercices poétiques (le mot est, en grec, très proche d’« ascèse »), les décisions sont prises : il sera poète, et révolutionnaire. Il adhère à un « cercle ouvrier » et, pour subsister, s’emploie dans un théâtre puis dans l’imprimerie qui publiera son premier livre, Tracteur [1934]. Ces vers nous le montrent encore hésitant, partagé entre le lyrisme et l’ironie, entre un passé douloureux et sa foi dans l’avenir. Deux ans plus tard, lors d’une manifestation durement réprimée, il compose d’une traite les vingt chants d'Epitaphe (1936) que Théodorakis allait rendre un jour universellement célèbres. Il a trouvé sa voie : une langue populaire, fraternelle et la forme du long poème où il peut libérer sa sensibilité. Mais te régime de terreur du 4 août 1936 le contraint bientôt de s’abriter derrière une écriture plus voilée, et cela donne naissance au Chant de ma sœur [1937], nouvelle étape dans la con quête de son domaine poétique : il y adopte le vers libre et donne carrière à un lyrisme angoissé, gouverné par les grands thèmes de la Mort, la Liberté, la Mémoire, l’Exil sur sa propre terre. En 1939, il est à Athènes, et les hivers terribles qui se succèdent dans la capitale, l’Occupation, la famine, la peur laissent leur empreinte sur tous les textes composés durant cette période. Désormais, et pour une vingtaine d’années, son sort sera lié à celui de la Résistance. Dans des pages publiées bien plus tard, il proclame la nécessité de choisir son camp (Le Dernier Siècle av. l'H. [1961] ou se penche sur « l’époque lointaine » de l’enfance avec Vieille mazurka au rythme de la pluie [1942]. Il découvre alors l’éloquence des objets, toute la portée de certaines images et les vertus du laconisme, du quotidien. En 1948, après l’« amnistie » de Varkiza qui devait mettre fin à la guerre civile, il est arrêté et transféré dans les camps de «rééducation » de Makronissos puis d’Aï-Stratis où il connaîtra une détention de quatre années. Mais dans les poèmes d’alors, son expérience de la captivité n’est jamais crûment dévoilée. Au contraire, il baisse encore la voix comme s’il était soucieux d’en éprouver la portée, ou d’épargner ses forces devant le destin. Formellement, il inaugure avec Le Fleuve et nous [1951] de longs poèmes dialogués où le langage, plus dépouillé, débarrassé de ses éléments narratifs, se dévide comme un fil à la poursuite de l’insaisissable. Mais il ne cesse également de composer des poèmes lapidaires, comme en contrepoint, où, par la vertu d’un geste, d’une image, d’objets familiers, il passe maître dans l’art de transfigurer la réalité en laissant affleurer l’essentiel. « Derrière des choses simples, je me cache pour que vous me trouviez », déclare-t-il dans l’un d’eux. Sa libération, en 1952, sera aussi celle de son métier d’écrivain et il se délivre alors de tous les textes composés avant ou durant sa déportation. C’est ainsi que dans Veille [1954], testament d’une défaite et de dix années amères, paraît le très célèbre Grécité, hymne à un sol bafoué dont « la vieille blessure saigne comme au premier jour » et où toutes les périodes de son histoire se confondent avec le compagnonnage éternel de la mort. Profitant du répit qui lui est accordé, il se fixe a Athènes et se lance, avec une volonté inlassable, dans les grandes œuvres de sa maturité (Quatrième Dimension). Avec La Sonate au Clair de Lune [1956], couronnée la même année du Prix National de Poésie, il invente la forme du monologue théâtral sur laquelle seront bâtis nombre des recueils à venir : un prologue délimite les lieux et le personnage (souvent symbolique : une veuve, un héros). Puis celui-ci, sur le ton de la confidence, nous convertit à un temps qui lui est propre, dans un long cheminement intérieur ou se mêlent des éléments lyriques et dramatiques. Un épilogue enfin isole le discours et le rend à sa situation première. C’est de cette manière qu’il met en scène Les Vieilles femmes et la mer [1958], La Maison morte [1962]. Plus tard, sur un argument mythologique, il composera Oreste [1966], Philoctère1965] et surtout Hélène [1972], autant de poèmes « philosophiques » qui concentrent les grands pôles de sa réflexion : la vieillesse, lent dévoilement de la mort d’où la vie prend tout son sens, l’isolement, les maisons dévastées par le temps, la mémoire des objets familiers, l’existence écartelée entre les exigences personnelles et les impératifs sociaux. Ainsi, sans aucune emphase, « sur le modèle de la discussion simple, confidentielle, peut-être par crainte que ce qu’ils disent soit entendu ou qu’il ne le soit pas » (préface aux Poèmes de Maïakovski, traduits par Ritsos), ces personnages se prêtent à merveille à sa large inspiration et nous font entrevoir cette petite « lumière d’éternité lointaine », qui abolit toutes les époques. Parallèlement à ces compositions monumentales, Yannis Ritsos publie plusieurs ouvrages nettement autobiographiques : L’Urne [1957], comme dans le cas d’Anatole Mallarmé, est une tentative d’exorcisme par le verbe de la perte d’un enfant cher et, dans ses Témoignages [1963, II, 1966], il nous livre souvent, sous le couvert d’une troisième personne, des « miniatures » poétiques inspirées de sa vie passée ou actuelle. Quand il n’est pas à la tâche, il voyage — car sa renommée n’est plus à faire à l’étranger — en Europe de l’Est, à Cuba, en Russie. 21 avril 1967. Une nouvelle fois, avec des milliers d’autres « opposants », il est déporté dans les îles de l’Egée. Pendant trois ans, et malgré la mobilisation de l’opinion, le silence retombera sur lui, sans en avoir tout à fait raison. La première preuve en est les poèmes brefs, durs de Pierres, Répétitions, Barreaux [1972] qu’il envoie clandestinement en France. Puis, gardé en résidence surveillée à Samos, il approfondit le chant des poèmes historiques : Ismène,Chrysothémis [1972], qu’il précise, comme toujours, par de courts textes souvent symboliques, taillés dans une veine très dense, miroirs de sa condition d’exilé — Gestes [1972]. Enfin il est autorisé, pour raisons de santé, avant même la chute de la dictature, à vivre dans la capitale, et là, à l’écart, il parachève infatigablement son œuvre. Il ne se passe d’année sans qu’il n’enrichisse celle-ci de quatre ou cinq recueils nouveaux où, dans une langue aisément reconnaissable, il se penche sur son passé — Monemvassia [1978] ou évoque la tragédie recommencée dû présent — Hymne et complainte pour Chypre [ 1974]. S’il peut être hasardeux d’affirmer que c’est « le plus grand poète vivant » et si l’on est en droit de s’interroger sur la postérité promise à cette œuvre immense, Yannis Ritsos a su néanmoins, en témoignant pour un demi-siècle d’épreuves, en militant pour lui, s’inscrire dans la mémoire vivante d’un peuple et c’est peut-être, pour un poète, la seule récompense. ♦ « Je ne savais pas d'abord de lui qu 'il était le plus grand poète vivant de ce temps qui est le nôtre; je jure que je ne le savais pas. Je l'ai appris par étapes, d'un poème à l'autre, j’allais dire d'un secret à l'autre, car à chaque fois c'était le bouleversement d’une révélation que je ressentais. » Louis Aragon. ♦ « Vaine, donc, toute tentative de solution. Ritsos le sait. Et avec l'adresse d'un artiste véritable, il coupe l’énigme elle-même en tout petits morceaux et nous les offre en présent. Ainsi communiquons-nous, d ’une certaine manière, avec le secret. »

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