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RÉVOLUTION BLANCHE (Iran)

À partir de 1962, le chah Muhammad Reza s’emploie à coordonner, sous le nom de « révolution blanche », un train de réformes qui s’articule autour de six points : abolition de la féodalité et réforme agraire ; nationalisation des forêts et des pâturages ; réforme de la loi électorale, droit de vote aux femmes ; cession des actions des industries du secteur public privatisées en contrepartie des terres vendues par les propriétaires fonciers ; intéressement des travailleurs ; création de l’« armée du savoir » formée de conscrits chargés de participer à des campagnes d’alphabétisation. En lançant ce programme révolutionnaire, le chah s’aliène deux soutiens traditionnels du pouvoir : les religieux et les grands propriétaires fonciers, espérant gagner le soutien des paysans et des travailleurs de l’industrie. Ce volontarisme politique du pouvoir exprime en même temps sa méconnaissance du pays réel. Les agents politiques de la « révolution du chah du peuple » raisonnent en technocrates souhaitant éviter les désordres sociaux et brisent les structures traditionnelles sans leur substituer de cadre mobilisateur. Cette « révolution blanche » se heurte à l’opposition de deux partis politiques - le Mouvement pour la libération de l’Iran (MLI) de Mehdi Bazargan (1905-1995) et le Front national (mossadeghiste) -, dont les critiques entraînent immédiatement l’arrestation de quelque quatre cents personnalités, et à celle du clergé chiite, parfaitement conscient du risque principal contenu dans les réformes : la perte des immenses domaines d’où découle une large part de ses revenus. Le fait que, dans une période d’impasse politique, les religieux soient devenus les représentants de l’opposition au régime contribua à renverser l’image conservatrice du clergé. L’échec de la révolte qui suit la « révolution blanche » ne décourage par ce dernier qui donnera sa pleine mesure une quinzaine d’années plus tard.

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