RAMUS
RAMUS (nom latinisé de Pierre de La Ramée). Philosophe et humaniste français. Né à Cuts (Aisne) vers 1515; mort à Paris, le 25 août 1572, au cours du massacre de la Saint-Barthélemy. La vie de ce singulier personnage fut une des plus hasardeuses qui soit. Né dans une famille misérable — son grand-père, bien que d’origine noble, exerçait la profession de charbonnier —, Pierre de La Ramée se rend à Paris, au Collège de Navarre, où il sera le domestique d’un de ses camarades. Cela ne l’empêche pas de faire de fortes études et, en 1536, d’être reçu maître ès arts avec une thèse qui fit scandale. Ce jeune présomptueux ne s’y risquait-il pas à démontrer que toute l’œuvre d’Aristote était entachée d’erreurs graves. En 1543, Ramus revient à l’attaque avec deux maîtres livres, les Aristotelicae animadver-siones et les Dialecticae partitiones. Il y propose de substituer à l’aristotélisme encore triomphant un platonisme mêlé d’éléments empruntés à Cicéron. Cette fois, c’en est trop, l’Université se considère comme compromise et obtient du roi un arrêt célèbre et passablement burlesque, qui enjoint à Ramus de ne plus attaquer Aristote et de ne plus se mêler d’écrire sur la philosophie. Heureusement, Ramus a des protecteurs, le cardinal Charles de Lorraine le fait nommer principal du Collège de Presles (1544). Sept ans plus tard, l’anti-Aristote est professeur au Collège de France. De ces hauts postes, Ramus lance coup sur coup l'Oratio initio suae professionis habita (1551), le Pro philo-sophica Parisiensis Academiae disciplina oratio (1551) qui sont des œuvres de polémique, puis son grand ouvrage, le premier traite de philosophie qui ait été écrit en français, la Dialectique (1555), le De moribus veterum Gallorum (1559), dont la traduction française par Michel de Castelnau paraît la même année, ouvrage où Ramus, le premier, remonte jusqu’aux origines gauloises de la France, le De Caesaris militia (1559) qui complète cet ouvrage, en 1562 la Gramère (sic) où il propose une réforme de l’orthographe fondée sur la phonétique, puis l'Advertissement sur la réformation de l’Université de Paris (1562), la Préface sur le proème des mathématiques (1566), la Remonstrance de P. de La Ramée faite au conseil privé touchant la profession royalle en mathématiques (1567), où il ne suggère rien de moins qu’une profonde réforme de l’enseignement fondée sur les sciences, les mathématiques et le droit au détriment de la scolastique; la réforme de l’algèbre, celle de la prononciation latine. Animé d’une foi vive, partisan de tant de réformes, il n’était que naturel que Pierre de La Ramée se tournât vers le protestantisme. Son adhésion l’obligea à l’exil dont il ne revint qu’après la paix de Saint-Germain (1570). L’année suivante, il publie, à Lausanne, sa Defensio pro Aristotele adversus J. Schecium, où il raconte sa vie mouvementée et fait l’historique de ses querelles philosophiques. Il meurt en 1572, massacré lors de la Saint-Barthélemy. Ramus laissait aussi de très nombreux commentaires sur les grandes œuvres classiques dont un Ciceronianus (1556) qui fut célèbre en son temps et n’a pas cessé d’exciter l’intérêt. Esprit singulièrement pénétrant et audacieux, emporté et absolu, Ramus fut une des figures les plus caractéristiques qui illustrent cette ample révision de toutes les valeurs que fut la Renaissance humaniste et religieuse; il fit à bien des égards figure de précurseur et joua, en particulier auprès des protestants, un rôle fort important dans l’évolution des idées.