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RACAN Honorat de Bueil, seigneur de

RACAN Honorat de Bueil, seigneur de. Poète français. Né au château de Champ-marin (aujourd’hui Aubigné-Racan) dans le Maine angevin, le 5 février 1589; mort à Paris, le 21 janvier 1670. Racan appartenait à une ancienne et illustre famille, celle de Bueil. Son enfance se déroule dans le cadre charmant des vallons du Maine, mais des deuils successifs font de lui, dès l’âge de treize ans, un orphelin. Recueilli par son cousin, le comte de Bellegarde, Racan fait ses débuts à la cour comme page de la chambre du roi, Henri IV. En 1605, le jeune garçon — il n’a que seize ans — est présenté à Malherbe. Jusqu’à la mort du maître, Racan vivra dans son ombre. Il écrira : « Je respectais toujours M. de Malherbe comme mon père, et M. de Malherbe vivait avec moi comme avec un fils »; Malherbe de son côté affirmera que Racan était avec Maynard son meilleur disciple. Cette amitié véritable entre ce vieillard et cet adolescent nous vaudra les très précieux Mémoires sur la vie de Malherbe et la belle rigueur qui servira de digue aux facilités du poète des Psaumes. Pour Racan, la carrière militaire, qui suit tout naturellement celle de page, commence en 1608 mais ce n’est qu’en 1621 qu’il connaîtra le baptême du feu, au siège de Saint-Jean-d’Angély. Jeune officier, Racan tombe amoureux d’une coquette, Catherine Chabot, qui épouse le marquis de Termes, frère de Bellegarde, le protecteur du poète. Cet amour fidèle que la belle ne récompensera jamais s’étirera pendant de longues années jusqu’à ce que Racan ait enfin la sagesse d’y renoncer. Désormais c’est pour Catherine, qu’il appelle Arthénice, que le poète écrit des vers et en premier la pastorale dramatique de 3 000 vers qui lui est dédiée, les Bergeries, d’abord appelée Arthénice, où l’on trouve une fraîche et passionnée peinture de l’amour. Les Bergeries furent un très grand succès; représentées à l’Hôtel de Bourgogne en 1619, jouées à la cour en 1624 ou 1625 — le rôle principal en était tenu par Henriette de France, la future reine d’Angleterre —, imprimées en 1625 et réimprimées onze fois en dix ans, elles firent la gloire du poète. Après ses campagnes, Racan s’installe au château de La Roche-Racan, en Touraine et ne vient que quelques mois par an à Paris; ayant renoncé à la trop lointaine Arthénice, il s’y marie et y a de nombreux enfants. En 1634, c’est là qu’il reçoit la nouvelle de son élection à l’Académie aux travaux de laquelle il se montre forts assidu, y prononçant un discours Contre les sciences, qui préfigure curieusement le Discours sur les sciences et les arts de J.-J. Rousseau. Depuis son adolescence, Racan avait cultivé la poésie religieuse ; dans sa retraite campagnarde, il se remet à L’œuvre, encouragé par un sien voisin, l’abbé du monastère cistercien de La Clarté-Dieu, et compose une traduction en vers des Psaumes qui sera publiée dans les Odes sacrées de 1651 et dans les Dernières Œuvres et poésies chrestiennes de Messire Honorat de Bueil, Chevalier seigneur de Racan (1660), recueils qui avaient été précédés par les Sept Psaumes de la pénitence (1627). Outre la beauté de la langue, la rigueur de la versification, ces traductions tiennent leur originalité de la prise de position de Racan qui entend « expliquer les matières et les pensées de David par les choses les plus connues et les plus familières du siècle et du pays où nous sommes » et les « accommoder le plus qu’il pourra au temps présent ». Faisant de brefs séjours à Paris où il fréquente les beaux esprits, Chapelain, Conrart, Ménage, etc., avec qui il reste en correspondance lorsqu’il a regagné ses terres, et où il règle ses affaires fort embrouillées — Racan fut, toute sa vie, accablé de procès — il s’occupe fort continûment de ses domaines et consacre ses loisirs à la poésie. Très exigeant — à l’exemple de son maître Malherbe — Racan pensa brûler ses vers et il ne les publia qu’avec circonspection et parfois fort longtemps après les avoir écrits, il mourut à Paris. Ses restes furent inhumés dans la crypte de l’église de Neuvy-le-Roi auprès de ceux de ses ancêtres. ♦ « Racan avait plus de génie que [Malherbe] mais il est plus négligé et songe trop à le copier. Il excelle surtout à mon avis à dire les petites choses; et c’est en quoi il ressemble mieux aux anciens, que j’admire surtout par cet endroit. » Boileau.

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