QUESNEL le Père Pasquier
QUESNEL le Père Pasquier. Théologien français. Né à Paris, le 14 juillet 1634, mort à Amsterdam, le 2 décembre 1719. Entré en 1687 dans l’ordre de l’Oratoire, Quesnel se rallia très tôt aux doctrines jansénistes dont il devait devenir l’un des principaux défenseurs. Son ordre étant lui-même assez favorable aux jansénistes. Quesnel franchit les échelons de la hiérarchie et dirigea l’institut de l’Oratoire à Paris. En 1671,1e Père Quesnel, sous le pseudonyme de Paschasius, publia un petit volume qui engendra bientôt de graves périls, l'Abrégé de la morale de l’Evangile ou pensées chrétiennes sur le texte des IV Evangiles — Le Nouveau Testament . Ce n’était qu’une traduction de la Vulgate, mais les commentaires qui l’accompagnaient résumaient la doctrine de Port-Royal et vulgarisaient des idées telles que la grâce gratuite, la nécessité de la pénitence rigoureuse, l’excellence de la prière en langue vulgaire. On y trouvait aussi des vues relativement démocratiques sur la constitution de l’Eglise. Quesnel y disait par exemple : « Jamais une excommunication injuste ne doit nous empêcher de faire notre devoir; c’est l’Église qui, par le consentement présumé des premiers pasteurs, l’exerce au nom du corps. » Le succès fut d’emblée si considérable que l’auteur se trouva amené bientôt à accroître l’ouvrage. L'Abrégé avait reçu l’approbation de Mgr de Noailles, alors évêque de Châlons. A la suite de l’exil d’Abel de Sainte-Marthe, directeur de l’Oratoire, le Père Quesnel dut quitter Paris, puis, après avoir refusé de signer un engagement de ne pas enseigner la doctrine de Descartes, ,1a France. Il dut se rendre aux Pays-Bas où, en 1684, il retrouva à Bruxelles Antoine Arnauld dont il devait recevoir le dernier soupir en terre d’exil, en 1694. Cependant Quesnel poursuivait la publication de son Abrégé, dont le tome II parut en 1679, le troisième en 1687 et qui parut sous sa forme définitive en 1695 en quatre gros volumes qui reçurent des jansénistes le nom des « quatre grands frères ». Bien que le roi maintenant réconcilié avec le pape s’apprête à prendre de sévères mesures à l’encontre de Port-Royal, il n’ose se brouiller avec le cardinal de Noailles devenu archevêque de Paris qu’attaquent violemment les jésuites au sujet de l’ouvrage de Quesnel. Noailles obtient alors de l’auteur qu’il remanie son ouvrage qui reparaîtra en 1699 sous le titre de Le Nouveau Testament en français avec des réflexions morales sur chaque verset. Si l’on ne sévit pas encore contre l’œuvre, l’auteur, lui, est arrêté à Bruxelles à l’instigation de l’archevêque de Malines et incarcéré dans cette ville en 1696. Il ne sortira de captivité que délivré par un de ses partisans, sept ans plus tard, en 1703. Peu après, Louis XIV donne l’ordre de l’arrêter mais Quesnel s’évade et va se réfugier en Hollande. Déjà en 1693 et 1694, un certain nombre de propositions avaient dû être retirées des rééditions de l'Abrégé. Par un bref du 13 juillet 1708, Clément XI, tout dévoué au roi de France, ordonna de brûler solennellement l’ouvrage mais cette mesure ne fut pas exécutée, le cardinal de Noailles et les gallicans ayant fait valoir qu’un bref était contraire aux libertés de l’Eglise gallicane. L’affaire ne pouvait en rester là. Louis XIV demanda une bulle et l’obtint, c’est la fameuse bulle Unigenitus Dei Filius, publiée le 8 septembre 1713. Elle condamnait cent une propositions tirées des ouvrages de Quesnel. Exclu de l’Eglise, vivant en Hollande, Quesnel y fondait un certain nombre de communautés jansénistes qui formèrent la Petite-Eglise, laquelle mettait en pratique les recommandations des docteurs de Port-Royal et dont l’influence devait se répandre jusqu’en Pologne. C’est pour la défense de ces communautés que Quesnel, sous le pseudonyme du Du Bois, publia en 1700, a Delft, La Foy et l’innocence du clergé de Hollande, à la suite de la parution d’un libelle diffamatoire intitulé Mémoires touchant le jansénisme en Hollande. En 1704, il donna encore La Souveraineté des rois défendue, où il soulignait les graves empiétements de l’Église romaine. Outre tous ces ouvrages inspirés par les circonstances, le Père Quesnel avait fait paraître, en 1675, une remarquable édition des Opéra omnia de Léon le Grand, édition qui fut condamnée; en 1687, la Tradition de l’Eglise romaine sur la prédestination des saints et la grâce efficace, parue à Cologne sous le pseudonyme de Germain; en 1689, à Lyon, la Discipline de l’Eglise; en 1699, l’Histoire abrégée de la vie et des ouvrages d’Antoine Arnould, suivie la même année de la Causa Arnaldina. Citons enfin un certain nombre d’ouvrages de méditation, tels les Prières chrétiennes, le Bonheur de la mort chrétienne, Idée du sacerdoce et du sacrifice de Jésus-Christ, Elévation sur la Passion du Jésus-Christ et sur sa mort. Le P. Quesnel ne fut pas seulement un habile polémiste et un théologien rigoureux, son style est souvent excellent. Il a malheureusement vécu la période la plus triste de l’histoire de Port-Royal, celle où, sous les coups de la persécution, la doctrine se raidit et aboutit à une intransigeance et une austérité insoutenables, avant de tomber dans le schisme. Considéré comme le successeur d’Antoine Arnauld, dès la mort de celui-ci, le P. Quesnel contribua beaucoup à répandre des idées qui n’avaient eu cours auparavant qu'auprès d’un public très limité. Sa Correspondance a été publiée par Mme Albert Leroy en 1900.
Quesnel. Pasquier (Paris 1634-Amsterdam 1719); théologien et janséniste français.
Entré à l’Oratoire en 1657, prêtre en 1659, il enseigne au séminaire Saint-Magloire où il se lie avec Antoine Arnauld, chef de file des jansénistes. Il y écrit ses célèbres Réflexions morales, qui paraissent pour la première fois en 1668. Elles connaissent dans leurs éditions successives des ajouts considérables. En 1692 cet ouvrage prend le titre de Nouveau Testament... Q. y développe un certain nombre d’idées exposées autrefois par le syndic de la faculté de théologie de Paris Edmond Richer (1559-1631) dans son De ecclesia et politica potestate libellas de 1611, qui proposait la vision d’une Église dont l’autorité terrestre devait être exercée par des assemblées représentatives, synodes et conciles. Cette présentation allait avoir une grande fortune au XVIIIe siècle. Quant à l’ouvrage de Q., il est condamné par la bulle Unigenitus en 1713. Il a déjà quitté le royaume : refusant de souscrire le formulaire sur le jansénisme imposé par l’Oratoire, il se réfugie en 1684 à Mons puis à Bruxelles auprès d’Amauld jusqu’à la mort de ce dernier en 1694. Il prend alors une part très active dans les querelles jansénistes : il est arrêté en 1703 à la suite de la publication de son Cas de conscience qui préconise le refus respectueux de l’abandon des convictions religieuses. Il s’évade des prisons de l’archevêque de Malines et s’installe aux Provinces-Unies. En politique ses thèses prudentes différent de celles de Pascal, Duguet et plus encore d’Amauld : il estime que toute révolte, même pour des motifs religieux, est illégitime. Pourtant sa condamnation par la bulle Unigenitus allait au XVIIIe siècle diviser le clergé français en acceptants et en appelants qui voulaient un concile général et qui conduiront le jansénisme à s’incarner politiquement dans le monde. Q., qui était mort à Amsterdam le 2 décembre 1719, était dépassé par ses disciples.
Bibliographie : Jansénisme et politique, textes présentés par R. Tavenaux, 1965.
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