Databac

QUÉBEC (province du ou de)

La plus vaste des dix provinces de la Confédération canadienne, le Québec est peuplé en majorité de Canadiens francophones. De 1791 à 1867, date de son entrée dans la Confédération, elle a porté le nom de Bas-Canada. Dans cette province, où 120 000 Français catholiques et en majorité agriculteurs devaient coexister avec 10 000 Britanniques protestants qui monopolisaient la finance et le grand commerce, les luttes politiques se doublèrent, dès 1820, d'un violent antagonisme ethnique. La grave crise agricole des années 1830 envenima le conflit. Après avoir organisé une campagne de boycottage économique, Papineau et les « patriotes » passèrent à la révolte ouverte ; mais ce mouvement fut écrasé et ses chefs furent arrêtés ou durent se réfugier aux États-Unis (1837). L'Angleterre envoya alors au Québec un gouverneur muni de pouvoirs exceptionnels, Lord Durham. Pour placer les Canadiens francophones dans une position minoritaire et faciliter leur assimilation, Lord Durham préconisa la réunion du Bas-Canada avec le Haut-Canada presque entièrement peuplé de Britanniques. Cette union fut réalisée en 1840, sur une base inégalitaire (le Bas-Canada, bien que plus peuplé, avait le même nombre de députés que le Haut-Canada ; le français n'était plus reconnu comme langue officielle). Ce régime n'eut d'autre résultat que de tendre les rapports entre les deux communautés. Aussi l'établissement de la Confédération (1867), en rendant au Québec sa particularité, fut-il bien accueilli des Canadiens francophones. Dans les années 1890, le problème des écoles françaises et des droits des catholiques romains dans les provinces du Centre (Manitoba, Ontario) provoqua de nouvelles manifestations de la rivalité entre Canadiens francophones (dirigés alors par Honoré Mercier) et anglophones. Plus grave fut la question de la conscription : durant les deux guerres mondiales, les Canadiens francophones s'opposèrent à la mobilisation et à l'envoi de leurs soldats sur les théâtres d'opérations d'outre-mer. Les lois sur la conscription furent néanmoins imposées par la majorité britannique, mais elles laissèrent des rancœurs au Québec. La particularité québécoise En politique intérieure, les conservateurs furent prédominants jusqu'en 1897, puis le parti libéral de 1897 à 1936, et l'Union nationale de 1936 à 1960 (sauf pendant la période 1939/44, où les libéraux revinrent au pouvoir). La période de l'après-guerre fut dominée par la personnalité de Maurice Duplessis, chef de l'Union nationale. À sa mort, les libéraux reprirent le gouvernement et voulurent entreprendre, avec Jean Lesage (1960/66), une « révolution tranquille ». Cependant, le Québec entrait dans une période de mutation radicale. L'Église catholique, jusqu'alors prépondérante en tous les domaines, et dont on a pu dire qu'elle exerçait une véritable théocratie, connut, à la suite du concile Vatican II, une désintégration brutale. Tandis que l'enseignement, les mœurs, la vie quotidienne se sécularisaient rapidement, le Québec, après avoir été pendant des siècles une région essentiellement agricole, devenait une province puissamment industrialisée, la deuxième du Canada après l'Ontario. 00020000133400000C5F 132D,Le fait que la quasi-totalité du capital industriel se trouvait entre des mains anglo-saxonnes (Anglais, Canadiens anglais, Américains) donna un nouvel essor au particularisme québécois. Le parti libéral québécois, créé en 1955, partageait, dans le domaine économique, les options néolibérales du parti libéral fédéral, mais, au début des années 1960, sous la direction de Jean Lesage, son programme était favorable au nationalisme. Son évolution progressive vers le fédéralisme amena le développement d'un courant extrémiste qui prétendait conquérir par la violence l'indépendance du Québec ; en 1963 se constitua dans la clandestinité un Front de libération du Québec (FLQ), de tendance d'extrême gauche. Aux élections de juin 1966, les libéraux furent battus par l'Union nationale ; son chef, Daniel Johnson, devint Premier ministre (1966/68) et résuma son orientation nationaliste dans la formule : « égalité ou indépendance ». Il noua des relations étroites avec le général de Gaulle, et celui-ci, venu en visite officielle au Canada, apporta un appui retentissant à la cause du « Québec libre » par son discours de Montréal (24 juill. 1967). Le progrès de l'idée « indépendantiste » fut marqué par la création, en oct. 1968, du parti québécois (PQ), qui, sous la conduite de René Lévesque, rassemblait les diverses formations séparatistes. Pour éviter la sécession du Québec, Pierre Elliott Trudeau, Premier ministre libéral du Canada à partir de 1968, résolut d'instituer le bilinguisme intégral dans la fédération et, le 8 juill. 1969, le français fut élevé au rang de langue officielle, à l'égal de l'anglais, à tous les niveaux d'emploi. Cette politique favorisa le parti libéral ; sous la direction de Robert Bourassa, il battit l'Union nationale et revint au pouvoir en avr. 1970. En oct. 1970, le ministre du Travail, Pierre Laporte, fut enlevé et assassiné par le Front de libération du Québec. En mai 1974, R. Bourassa fit du français la seule langue officielle de la province. C'était cependant insuffisant pour répondre aux aspirations nationales des Québécois, qui portèrent au pouvoir, aux élections de nov. 1976, le parti québécois de R. Lévesque. L'indépendance fut pourtant rejetée par 60 % des votants au référendum du 20 mai 1981. Le PQ se divisa entre indépendantistes et « réalistes », partisans de l'« étapisme » de R. Lévesque. La rupture fut consommée au congrès du parti, en janv. 1985, et R. Lévesque démissionna. Aux élections de déc. 1985, la victoire revint au parti libéral de R. Bourassa. Entre-temps, P.E. Trudeau, le Premier ministre fédéral, était parvenu à « rapatrier » l'Acte de Constitution (v. CANADA), malgré l'opposition de la province québécoise. En 1987, R. Bourassa signa avec le pouvoir fédéral les accords du lac Meech, qui devaient permettre l'adhésion du Québec à la nouvelle Constitution canadienne, tout en faisant reconnaître comme une « société distincte » la province francophone. Ces accords, pour avoir force de loi, devaient néanmoins être ratifiés (avant juin 1990) par les autres États. L'ancien Premier ministre, Trudeau, et les provinces du Manitoba et du Nouveau-Brunswick s'opposaient à cette ratification. Le 15 déc. 1988, la spécificité francophone, garantie depuis 1977 par la Charte du français (loi 101), fut abrogée et l'affichage bilingue redevint obligatoire. Cependant, le processus constitutionnel tourna court devant le refus du Manitoba et de Terre-Neuve de ratifier les accords du lac Meech. Le projet suivant, l'accord de Charlottetown, qui réduisait les concessions faites au Québec par les provinces anglophones, fut rejeté lors du référendum du 26 oct. 1992, à la fois par les Québécois et par l'ensemble des Canadiens. Dès lors, la crise constitutionnelle se conjugua avec la récession économique canadienne pour redonner de l'attrait au programme souverainiste du parti québécois (PQ) qui remporta les élections provinciales de sept. 1994, confiant à son nouveau dirigeant, Jacques Parizeau (v.), le poste de Premier ministre de la province. En oct. 1995, ce dernier organisa un nouveau référendum sur l'indépendance du Québec, qui fut rejetée à une très faible majorité. Suite à cet échec, J. Parizeau fut remplacé au poste de Premier ministre par Lucien Bouchard, également du PQ, et confirmé à ce poste après les élections générales de nov. 1998. En août 1998, le gouvernement du Québec rejeta le jugement de la Cour suprême du Canada, selon lequel la province francophone ne disposait pas du droit à déclarer unilatéralement son indépendance. Cet arrêt, qui imposait également au gouvernement fédéral l'obligation de négocier, poussa ce dernier à adopter, en mars 2000, une loi sur la « clarté », qui rendait nécessaire son aval pour tout projet de référendum souverainiste et lui donnait même le pouvoir, en cas de succès de ce référendum, de déclarer la majorité obtenue insuffisante. Le Québec s'opposa à cette loi. 00020000020500001F8C 1FF,Déçu, L. Bouchard démissionna de ses fonctions de Premier ministre et de chef du parti québécois en janv. 2001. Il fut remplacé en mars 2001 par B. Landry, autre « souverainiste », ex-ministre du Développement. Depuis 1976, celui-ci a été l'instigateur de la spectaculaire renaissance industrielle que la Province, et notamment le Grand Montréal (3,2 millions d'hab.), a connue grâce à l'essor des nouvelles technologies. Le principal défi dans le cadre de l'ALENA est désormais l'attirance du modèle américain.

Liens utiles