PURITAINS
Nom donné aux membres de la tendance la plus radicale du protestantisme anglo-saxon aux XVIe/XVIIe s. Les puritains d'Europe. Les puritains en Amérique. Puritanisme et capitalisme. Les puritains d'Europe. Les puritains firent leur apparition en Angleterre au début du règne d'Élisabeth Ire, dans les années 1560. Sous Henri VIII, l'Église d'Angleterre, en rupture avec le pape, avait maintenu sa doctrine catholique traditionnelle. Mais les idées calvinistes avaient fait de rapides progrès sous le règne d'Édouard VI (1547/53) et, durant la réaction catholique de Marie Tudor (1553/58), elles avaient reçu l'auréole de la persécution. En 1559, l'Acte de suprématie et l'Acte d'uniformité avaient rétabli l'Église anglicane, étroitement soumise à l'autorité royale et à un épiscopat que la reine avait complètement renouvelé pour faire de lui un instrument docile. Dans le bas clergé et dans la classe moyenne des commerçants commença à se développer un mouvement d'opposition : à l'Église d'État élisabéthaine, on opposait le système calviniste du presbytérianisme (v.) ; on réclamait aussi une liturgie plus simple et plus pure - et ce fut, à l'origine, la revendication essentielle du puritanisme. Le puritanisme bénéficia d'abord de la tolérance de l'archevêque de Canterbury, Edmund Grindal. Mais, en 1583, son successeur John Whitgift prit des mesures de répression contre les synodes que les puritains organisaient dans certains comtés. L'opposition puritaine s'exprima avec violence dans des pamphlets anonymes, les Marprelate Tracts (1588/89). En 1593, le pouvoir prit une loi punissant d'emprisonnement toute personne qui se dérobait au culte anglican, et de bannissement tous ceux qui refusaient de faire profession de « conformité ». Les puritains, convaincus de la justice de leur cause, accueillirent avec espoir l'avènement de Jacques Ier, qui, dans ses États d'Écosse, avait accepté depuis longtemps le presbytérianisme. Ils publièrent la Millenary Petition, ainsi nommée parce qu'elle reçut les signatures de 1 000 ministres du culte ; elle provoqua la réunion de la conférence de Hampton Court (1604) ; mais le roi repoussa durement le presbytérianisme par ces mots, qui restèrent sa maxime de politique religieuse : No bishop, no king ! (Pas d'évêque, pas de roi !) De nombreux puritains commencèrent alors à émigrer dans les Provinces-Unies, à Amsterdam et à Leyde. Ceux qui restèrent en Angleterre menèrent, sous le règne de Charles Ier, une lutte ardente contre l'épiscopalisme et, bientôt, contre la monarchie elle-même. Alliés aux presbytériens écossais et majoritaires dans le Long Parlement, ils imposèrent, à l'assemblée de Westminster, l'abolition de la hiérarchie épiscopale (1643), et le roi dut faire exécuter leur principal adversaire, l'archevêque Laud, chef de la Haute Église. L'institution de la République (1649) fut le triomphe des puritains anglais, dont un des principaux porte-parole était le grand poète Milton. Mais ces élites marchandes et urbaines ne tardèrent pas à se diviser et ils ne parvinrent pas à réorganiser l'État. La restauration de 1660 marqua la fin de la « révolution puritaine ». Charles II rétablit l'anglicanisme, et ce fut seulement après la révolution de 1688 que l'État assura un régime de tolérance aux puritains comme à tous les autres « dissidents », catholiques exceptés. 000200000B2000000D11 B1A,Les puritains en Amérique. Puritanisme et capitalisme. Au cours du XVIIe s., beaucoup de puritains, fuyant l'intolérance des Stuarts, avaient préféré émigrer dans les colonies d'Amérique. Le puritanisme devait jouer un rôle capital dans la formation morale des futurs États-Unis. Les Pères pèlerins (v.), débarqués du Mayflower, fondèrent à la fin de 1620 la colonie de Plymouth, et le Massachusetts devint un véritable État puritain, organisé sur des bases théocratiques. Dans cette nouvelle Sion, la minorité des « saints », qui seule constituait l'Église, était rigoureusement séparée de la masse des non-régénérés ; elle possédait seule les droits politiques, mais elle imposait à tous le respect d'une étroite et intransigeante orthodoxie. Aucune idée de tolérance n'existait dans ces colonies puritaines : comme l'État s'identifiait à l'Église (gouvernée selon le système presbytérien), quiconque était condamné par l'Église se trouvait retranché ipso facto de la société civile. Toute la vie publique et privée était enserrée dans une réglementation minutieuse ; un climat d'austérité pesait sur toute la société ; les divertissements les plus innocents devenaient suspects, on punissait sans pitié les contrevenants, on faisait la « chasse aux sorcières ». Ce rigorisme provoqua de nombreuses sécessions : celle de Roger Williams et de ses disciples, qui durent aller s'établir dans le Rhode Island (1636), fut la plus importante. Entre 1640 et 1660, on persécuta les déviationnistes divers, baptistes et quakers (v.) notamment. Cependant, le nombre croissant des nouveaux arrivants rendait de plus en plus difficile le maintien de la théocratie, et celle-ci disparut lorsque Londres donna une nouvelle charte au Massachusetts (1691). L'influence des puritains fut prédominante dans toute la Nouvelle-Angleterre, mais le régime établi dans le Rhode Island et le Connecticut fut beaucoup plus libéral. Habitués à discuter en commun des intérêts de l'Église et de l'État, les puritains formèrent le nouveau continent à la pratique du gouvernement libre et de la démocratie oligarchique. Comme l'a montré le sociologue allemand Max Weber, la doctrine de la prédestination donne au fidèle un sentiment intense de solitude intérieure ; elle provoque un « désenchantement du monde », qui, dès lors, peut devenir le champ de la conquête économique et technique. Le puritain trouvera la certitude de sa prédestination dans l'efficacité de son travail incessant et dans la réussite de ses entreprises professionnelles. Et, comme sa morale lui interdit la jouissance des biens de ce monde, le puritain est amené à accumuler son capital, à investir pour produire plus encore et s'assurer ainsi une preuve plus éclatante de son salut. Le puritanisme apparaît comme un facteur essentiel dans la formation de la mentalité capitaliste anglo-saxonne.