PULCI Luigi
PULCI Luigi. Poète italien. Né à Florence le 15 août 1402, mort à Padoue en octobre ou novembre 1484. Les trois frères Pulci, Luca (3 décembre 1431-29 avril 1470), Bernardo (8 octobre 1438-9 février 1488), et Luigi, fils de Brigida de’ Bardi et de Jacopo, mort en 1451, eurent des aptitudes littéraires diverses. De l’enfance de Luigi, on sait peu de chose. En 1459, de graves revers de fortune subis par sa famille l’obligèrent à accepter les fonctions de secrétaire et comptable de Francesco Castellani; mais les malheureuses expériences financières de Luca aboutirent au bannissement de Florence de ses deux frères, qui purent y revenir quelques mois plus tard, grâce à l’intercession de Laurent le Magnifique. Mais, en 1469, une nouvelle faillite avait provoqué l’incarcération de Luca, qui mourut en avril 1470 sans avoir recouvre sa liberté. Cette année-là et la suivante, Luigi, dont un voyage à Pise, en 1467-68 déjà, était peut-être pour le compte de Laurent de Médicis, reçut de son prince des missions de confiance : à Camerino, auprès de Giulio Cesare da Varano, et à Naples auprès d’Alphonse d’Aragon, duc de Calabre; en 1472, il accompagna à Rome Clarice Orsini, femme de Laurent; en 1473, il se rendit à Bologne, Milan et Venise. A la fin de cette année-là peut-être, ou au début de la suivante, se place son mariage avec Lucrezia degli Albizzi, qui devait lui donner quatre fils. De ces années 1474-75 date sa polémique avec Matteo Franco, poète très cher à Laurent et assidu de sa cour; il est possible qu’on doive à cette polémique et aux dissentiments avec Marsile Ficin, ami de Matteo Franco, les premiers malentendus entre Pulci et Laurent, et le passage du premier au service de Roberto Sanseve-rino, qu’il suivit en de nombreuses pérégrinations. Lors d’un voyage à Venise où il accompagnait son seigneur, Pulci tomba malade en route, et s’éteignit à Padoue. Son attitude sceptique vis-à-vis des pratiques religieuses, l’accusation d’adhérer à la magie, tout son comportement désinvolte à l’égard des choses de la foi ne permirent pas de lui donner des funérailles religieuses, et son inhumation eut lieu en terre non consacrée, comme pour les hérétiques. Poète de verve bizarre et heureuse, Pulci a laissé, dans son Morgant le géant, l’un des plus hauts exemples de style comique de la littérature de la Renaissance. Dans ce poème, qui se compose de vingt-huit chants, il donne une forme burlesque au matériel que lui offrait la tradition des chanteurs; et même, dans les vingt-trois premiers — l’œuvre, en effet, fut composée en deux périodes; commencée peut-être en 1461, et reprise ensuite pour les cinq derniers chants; d’où l’ancienne dénomination de Morgant le grand — il élabore de nouveau, avec, à certains endroits, une fidélité absolue au texte, le poème anonyme de Roland. La première édition complète de Morgant est l'édition florentine de 1483; la florentine et la vénitienne de 1482 ne reproduisent que les vingt-trois premiers chants. A Morgant s’ajoutent les Lettres à Laurent le Magnifique [éditées en 1868], parfois spirituelles et bizarres, souvent amères et désenchantées; la Gueuse de Dicomano, petit poème rustique, parodie de la Nencia da Barberino de Laurent de Médicis, la Joute, court poème en octaves célébrant la victoire remportée par Laurent dans la joute de 1469, les sonnets du débat avec Matteo Franco, les Fables [Frottole] et les « strambotti », poésies villageoises d’amour. Tandis que la Joute semble définitivement assignée à Pulci, l’attribution des « strambotti », en revanche, est très douteuse, et tout à fait dépourvue de fondement celle de Ciriffo Calvaneo; c’est l’œuvre de son frère Luca, qui, dans la révision de ce poème, fut cependant aidé par Luigi. Dans la rédaction d’un autre poème de Luca également, Le Dryadée d’amour, les critiques ont estimé pouvoir identifier la main de Luigi.