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PIZZUTO Antonio

PIZZUTO Antonio. Romancier italien. Né à Païenne le 4 mai 1893, mort à Rome le 23 novembre 1976. Singulier cas que celui de cet ancien fonctionnaire de la police, formé par l’étude du droit et de la philosophie qui publie, au moment où il prend sa retraite son premier livre, Mademoiselle Rosine [La Signorina Rosina, 1959] (une édition privée ayant paru dès 1956) qui sera suivi de deux autres romans, On répare les poupées (1960) et Ravenne (1962), et de divers recueils de textes, Petites Pages [1964], Symphonie [1966], Nouvelles Petites Pages [ 1967]. Cette production, aussi tardive que surprenante, ne peut être considérée comme celle d’un amateur, fût-il exceptionnellement doué. Il s’agit en effet d’une œuvre compacte, d’une originalité radicale, et qui, tout en révélant un auteur au courant des recherches les plus modernes quant au renouvellement de la technique romanesque (Faulkner, le Nouveau Roman), fut trop vite classée dans le sillage de la révolution joycienne. La spécificité de Pizzuto repose sur un projet de style, qui se manifeste dans une élaboration savante, voire absconse parfois, en vue de produire une « prose d’art », qui n’a toutefois rien de commun avec le modèle du XIXe siècle. Dans la perspective d’un jeu proustien du souvenir romancé, obtenu au moyen de la fameuse composition en rosace, — car pour la matière même du propos, le provincialisme, l’ironie, les fioritures relèvent de l’ancienne manière « crépusculaire » — c’est l’aboutissement — et la réussite, pourrait-on dire, du vieux dessein futuriste de rénover le langage. Dans la phrase de Pizzuto, plus encore que le docte rappel de règles antiques (l’ablatif absolu à la latine, la syntaxe platonicienne), la critique est allée jusqu’à voir un certain écartement des idiomes indo-européens par « la suppression de l’opposition entre nom et verbe qui caractérise le chinois et d’autres langues similaires » (Contini). De ce projet stylistique insolite, le chef-d’œuvre est Ravenne, jugé « parfait comme un œuf », et en effet, plus encore que les deux romans précédents, il ne trouve sa raison d’être que dans « l’exercice de style »... Et toute l’œuvre de Pizzuto n’est en somme qu’un jeu exemplaire et exceptionnel, nettement expérimental, mais qui reste typique de cette quête baroque qui est l’une des tendances permanentes des lettres italiennes, anciennes et actuelles.

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