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Pierre Mertens

Né en Belgique en 1939. Spécialiste de droit international. Critique littéraire. Les hommes d’une même génération se reconnaissent à leur mémoire. Celles qu’ils inventent et celle qui les invente. Pour ceux qui, comme Pierre Mertens, vont avoir quarante ans, l’histoire commence sur un paysage avec ruines. L’Histoire fait des coupables et peu d’innocents. Et pourtant, comme disait Musil cité par Mertens {le Niveau de la mer) : « chacun de nous possède une seconde patrie où tout ce qu’il fait est innocent ». Les romans de Mertens racontent ce passage toujours clandestin, cette tentative de traversée entre deux mondes : l’Inde ou l’Amérique. Cette fois il cite Malcolm Lowry : « Comme Colomb j’ai galopé à travers un monde et j’en ai découvert un autre ». Les livres de Mertens ont grandi avec lui. L’Inde ou l’Amérique, c’est l’enfance, non celle d’un chef mais d’un futur passionné (un perpétuel jardin des oliviers) de l’entre-deux, de la faille et du pont. L’enfance est la première perturbation, l’engrangement des fautes et des agressions. L’enfant sent l’Histoire : il a du nez. Dans la Fête des anciens, l’enfant a trente ans, un fils et encore un père : tous trois à la fois réunis et séparés. Le romanesque de Mertens est un romanesque de la séparation, et pourtant, pour cet Icare multiple qui chute sans cesse avec tous les hommes, une seule démarche secrète qui a nom, reconnaissance, réconciliation. Ces contradictions vont atteindre leur acmé dans les Bons offices. L’adulte Paul Sanchotte, médiateur professionnel, est l’homme le plus divisé qui soit : Quichotte et Sancho, il ne se rejoint pas. L’Histoire le rappelle à l’ordre de son désordre. Mais comment l’enfant pourrait-il avoir oublié Marcinelle ou les Rosenberg ? On peut vivre toute une vie, toute une mort, programmé de la sorte. Voici donc un huis clos conjugal balayé en permanence par le vent des évènements. Les Bons offices est le roman polyphonique d’une génération perdue, pour qui tout se vit par cadavres interposés, pour qui toute existence est un territoire occupé. L’obsession de la totalité s’y inscrit dans l’éclatement, le journal public et le journal privé se font écho, écho obligatoire et intenable. Voilà bien l’important : Mertens témoigne dans son écriture contre une littérature qui voudrait faire de l’homme un insulaire du langage. Chez lui la fiction est toujours rassemblement de l’autobiographique et du mondial. Proche, par son projet, de Leiris et de Lowry, il écrit à vif une œuvre qui prendra son temps avec le nôtre. ► Bibliographie

L'Inde ou l'Amérique, 1970, Seu iI. Le Niveau de la mer, 1970, l'Age d'Homme. La Fête des anciens, 1972, Seuil. Les Bons offices, 1975, Seuil. Nécrologies, 1977, l'Age d'Homme

Films :

Histoire d'un oiseau qui n'était pas pour le chat, 1975.

* Pierre Mertens qui a bien voulu rédiger l’article sur le « Renouveau belge », ne savait pas qu’une notice lui était consacrée dans ce dictionnaire (Note des auteurs).

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