Sujet bac 2022 avec corrigé SESSION 2022 FRANÇAIS
Publié le 18/04/2026
Extrait du document
«
BACCALAURÉAT GÉNÉRAL
SESSION 2022
FRANÇAIS
ÉPREUVE ANTICIPÉE
CORRIGÉ
22-FRGEME2C
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Éléments de réponse
Commentaire
PRÉAMBULE
Ce document présente une lecture littéraire du texte proposé.
Son objectif est d’accompagner la réflexion des professeurs.
Il ne saurait donc, en aucun cas, représenter ce qu’une copie d’élève pourrait produire.
A sa manière et à son niveau, un candidat de 1ère abordera sans doute et développera quelquesuns de ces éléments.
S’il proposait d’autres pistes d’interprétation, s’il adoptait un angle de lecture
que ce document ne présente pas, il conviendrait bien entendu de les examiner dans un esprit
d’ouverture et en toute bienveillance.
La commission d’harmonisation académique appréciera la qualité des copies en examinant :
- d’une part, ce qui relève des attentes liées à l’exercice (un devoir organisé autour d’un projet
de lecture cohérent, rédigé dans une langue correcte ; une démarche interprétative étayée par des
analyses précises)
- d’autre part, tous les éléments qui pourraient valoriser, jusqu’à l’excellence, le travail du
candidat (la finesse et la pertinence des analyses et des interprétations ; un devoir qui mènerait
progressivement à une démonstration aboutie ; la mobilisation de connaissances personnelles au
service d’une lecture sensible du texte.)
*****
Jours de colère (1989) est le troisième roman de Sylvie Germain.
L’histoire qu’il relate se passe
il y a longtemps, dans un hameau à la lisière des forêts du Morvan où sans cesse la folie rôde,
traque des personnages en proie aux violences de l’amour et de la colère.
L’extrait étudié ouvre la deuxième partie du roman (« Chants ») et constitue le début d’un chapitre
intitulé « Les frères ».
Il dresse le portrait des neuf fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-laGrasse, véritables « hommes des forêts ».
Mais à travers cette page aux accents lyriques, le
portrait se mue en paysage, paysage immémorial, poétique et mystique.
L’étude pourrait suivre plusieurs pistes :
- L’évocation des frères ne donne-t-elle pas à l’auteur l’occasion de faire entendre et résonner le
chant du monde ?
- Dans quelle mesure cet extrait constitue-t-il un portrait-paysage ?
- Enfin, le caractère fabuleux des personnages et du paysage présentés ici mérite sans doute
une attention particulière.
Des personnages ensauvagés et mythifiés.
Cet extrait, qui se trouve à la lisière d’un chapitre intitulé « Les frères », semble d’abord avoir
pour fonction de dresser le portrait des neuf fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse.
Toutefois, la romancière ne se livre pas ici à une description précise de ses personnages.
Elle
souligne d’abord leur proximité avec les forêts dans lesquelles ils ont grandi, les parant ainsi
d’une dimension merveilleuse.
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Des « hommes des forêts ».
Dès l’ouverture du texte, « les frères » sont présentés comme des « hommes des forêts »,
en une phrase simple qui vient établir leur condition, définir ce qui constitue leur être-au-monde.
Le complément de nom « des forêts » qui les qualifie introduit l’idée d’une correspondance
absolue entre ces hommes et la nature qui les entoure, d’une forme d’appartenance même.
Afin
d’insister sur la ressemblance entre les frères et les forêts, les deux premières phrases, reliées
par la conjonction de coordination « Et » et par le retour des mêmes sonorités ([o], [l], [f], [m]),
fonctionnent en miroir, selon une structure chiasmique : « Ils étaient hommes des forêts.
Et les
forêts les avaient faits à leur image ».
Le texte va ensuite déployer cette mise en parallèle initiale
des hommes et des arbres, et, grâce à la juxtaposition, insister sur les similitudes : « Un même
chant les habitait, hommes et arbres ».
Plus que « les fils d’Ephraïm Mauperthuis et de Reinettela-Grasse » (cette indication n’est d’ailleurs donnée qu’à la fin de l’extrait), les frères sont les
enfants des forêts : ces dernières, personnifiées, les ont façonnés « à leur image ».
Elles
apparaissent comme des forces créatrices, comme les véritables mères de ces hommes qui ont
grandi au cœur d’une nature puissante et libre.
Les frères figurent ainsi comme des enfants sauvages.
« La maison où ils étaient nés »,
espace d’une vie civilisée, « s’était montrée très vite bien trop étroite pour pouvoir les abriter
tous ».
C’est donc, « depuis l’enfance », au cœur de la forêt qu’ils ont été « élevés » – par qui ?
le texte ne le précise pas, donnant l’idée qu’ils ont grandi seuls, sans aucune intervention
humaine –, « davantage parmi les arbres que parmi les hommes ».
C’est de la forêt que ces
enfants se sont littéralement « nourris », au sens propre comme au sens figuré : « ils s’étaient
nourris depuis l’enfance des fruits, des végétaux et des baies sauvages qui poussent dans les
sous-bois et de la chair des bêtes qui gîtent dans les forêts ».
L’énumération met en avant le
caractère extrêmement « terrestre » des nourritures mentionnées, et l’évocation de « la chair
des bêtes » vient renforcer l’idée de sauvagerie.
De cette enfance passée au profond des bois, à l’écart de toute forme de civilisation, les
personnages ont acquis une parfaite connaissance des lieux, comme le souligne la répétition du
verbe « connaître » associé à des tournures superlatives : « Ils connaissaient tous les
chemins… » / « Ils connaissaient tous les passages… ».
Le texte insiste sur leur aisance à
circuler, à la manière des animaux qui les peuplent, parmi ces espaces immenses et sauvages.
Ainsi, l’empreinte des lieux sur les personnages est sans cesse mise en avant par le texte.
Les frères partagent avec la forêt « puissance », « solitude » et « dureté », termes juxtaposés
au début du passage dans une phrase nominale qui vient qualifier à la fois hommes et forêts (on
peut noter l’assonance en [u] qui renforce l’effet d’écho entre ces mots).
Leur existence paraît
frugale, aride ; leur maison est trop « pauvre pour les nourrir », et c’est d’une fruste nourriture
sylvestre qu’ils doivent se contenter.
Leur chant est « brutal, heurté comme les saisons ».
Ensauvagés, confrontés sans cesse aux forces de la nature, ces « hommes des forêts » sont
également encolérés : « tout en eux prenait des accents de colère, même l’amour ».
Finalement, on est frappé par le caractère très peu réaliste de cette évocation des « frères »,
qui s’apparentent bien plus à des créatures légendaires qu’à des hommes ordinaires.
Des personnages de légende.
Plus que comme des êtres humains, les frères figurent comme des forces telluriques.
Leur
dureté est « puisée » dans le « sol », décrit comme un « socle » : la proximité syntaxique et
sonore entre les mots « sol » et « socle » fait naître l’image de créatures surgies tout droit des
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profondeurs de la Terre.
Leur « chant », qui résonne avec celui des forêts, souligne leur
puissance : il s’agit d’« un chant fait de cris, de clameurs, de résonances et de stridences ».
L’énumération, les allitérations et les pluriels mettent ici en valeur sa vigueur et son aspect
merveilleux.
Même leurs sentiments apparaissent démesurés, amplifiés : on note le pluriel de
« leurs joies » et de « leurs colères ».
Ces personnages semblent ainsi s’être ensablés au cœur
de la nature dans laquelle ils ont grandi, avec laquelle ils font désormais corps.
Ils apparaissent
presque comme fossilisés, à la manière des géants de la mythologie incarnant les puissances
terrestres.
D’ailleurs, ils n’ont ni nom, ni prénom.
Dans la première phrase, ils sont simplement désignés
par le pronom de la 3ème personne du pluriel, « ils », et cette indétermination persiste dans
presque tout le texte, contribuant à leur apporter la dimension légendaire déjà contenue dans le
titre du chapitre, « Les frères ».
On apprend finalement qu’ils sont « les fils d’Ephraïm
Mauperthuis et de Reinette-la-Grasse » – les noms choisis sont volontairement archaïques,
désuets et ont des résonances bibliques : le prénom « Ephraïm » renvoie à l’Ancien Testament
(Ephraïm, fils de Joseph, est le fondateur de l’une des douze tribus d’Israël), et le surnom
« Reinette-la-Grasse » est digne d’un personnage de conte de fées.
De plus, le portrait des
frères est mené à l’imparfait, ce qui confère au récit une portée fabuleuse et immémoriale.
Cette portée est renforcée par l’évocation de la nature qui se déploie dans l’ensemble de
l’extrait : plus qu’un portrait, c’est un paysage que Sylvie Germain esquisse ici, paysage poétique
et mystique.
Le chant du monde.
Sous la plume de la romancière, l’évocation des frères se mue en paysage, paysage qui
frappe par sa force et sa beauté.
Ainsi, ce sont le chant du monde et le souffle des hommes qui
se mêlent et résonnent à travers cette page.
Paysage brut et immémorial.
Le récit germanien ne s’ancre pas dans une temporalité précise
et clairement établie.
Les quelques indications temporelles semées au fil de l’extrait viennent
donner l’idée d’un paysage immémorial, dont les origines sont renvoyées aux profondeurs du
temps.
Le texte mentionne ainsi un « socle de granit d’un rose tendre....
»
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