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Sseu-ma Ts'ien

Publié le 09/12/2021

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Sseu-ma Ts'ien 145-86 av. J.-C. C'est avec raison que l'historien Sseu-ma Ts'ien ( 145-86) a été appelé l'Hérodote de l'extrême-Orient. Il avait d'ailleurs de qui tenir. Son père, Sseu-ma T'an, avait eu le premier l'idée d'écrire une histoire générale de la Chine, et même avait commencé à en rassembler les matériaux. Sseu-ma Ts'ien était originaire de Long-men, près de Lo-yang, au Ho-nan, région qui était le cœur de la vieille Chine. Dès sa jeunesse, il voulut agrandir ses horizons. Comme chez Hérodote, l'historien, en lui, s'appuiera sur le géographe, le géographe sur l'expérience du voyageur. Ce fut au cours de ses voyages qu'il dut copier (et donc sauver pour nous) le texte des inscriptions rupestres que le "César chinois" Ts'in Che-houang-ti avait, cent ans plus tôt, fait graver aux quatre coins de l'Empire. En 111 av. J.-C., le maître de Sseu-ma Ts'ien, l'empereur Han Wou-ti — un des plus grands souverains et conquérants qu'ait comptés la Chine — venait de subjuguer les tribus barbares des confins du Sseu-tch'ouan et du Yun-nan. Sseu-ma Ts'ien fut chargé d'aller inspecter l'établissement de l'administration impériale dans ces régions. Nous savons qu'il poussa jusqu'à Kouon-ming, au Yun-nan. Il visita de même une autre province-frontière, le Kan-sou, tout récemment enlevée aux Huns par l'empereur Han Wou-ti. Dans ces marches extrêmes de la civilisation, Sseu-ma Ts'ien (nouveau trait de ressemblance avec Hérodote) faisait figure d'explorateur. Par-delà la "marche" du Kan-sou conquise, du vivant même de notre auteur, par les légions chinoises, s'étendaient les immensités du Gobi à travers lesquelles — grâce, précisément, à cette même conquête — la "Route de la Soie" allait bientôt mettre en contact la "Sérique" et le monde grec ; au-delà du Yun-nan, pays à cette époque purement allogène, comme au-delà de Canton, définitivement annexé par l'empereur Han Wou-ti, c'était l'Annam-Viêtnam, autre pays "barbare", mais que le grand empereur était en train de rattacher pour plus de dix siècles à l'orbis sinicus. La race chinoise préludait, ici encore, à sa prodigieuse expansion, et notre chroniqueur était là pour noter les prodromes de ce grand mouvement historique.

« Sseu-ma Ts'ien145-86 av.

J.-C. C'est avec raison que l'historien Sseu-ma Ts'ien ( 145-86) a été appelé l'Hérodote de l'extrême-Orient.

Il avait d'ailleurs de qui tenir.Son père, Sseu-ma T'an, avait eu le premier l'idée d'écrire une histoire générale de la Chine, et même avait commencé à enrassembler les matériaux. Sseu-ma Ts'ien était originaire de Long-men, près de Lo-yang, au Ho-nan, région qui était le cœur de la vieille Chine.

Dès sa jeunesse,il voulut agrandir ses horizons.

C omme chez Hérodote, l'historien, en lui, s'appuiera sur le géographe, le géographe sur l'expérience duvoyageur.

Ce fut au cours de ses voyages qu'il dut copier (et donc sauver pour nous) le texte des inscriptions rupestres que le "Césarchinois" Ts'in Che-houang-ti avait, cent ans plus tôt, fait graver aux quatre coins de l'Empire.

En 111 av.

J.-C., le maître de Sseu-maTs'ien, l'empereur Han Wou-ti — un des plus grands souverains et conquérants qu'ait comptés la Chine — venait de subjuguer les tribusbarbares des confins du Sseu-tch'ouan et du Yun-nan.

Sseu-ma Ts'ien fut chargé d'aller inspecter l'établissement de l'administrationimpériale dans ces régions.

Nous savons qu'il poussa jusqu'à Kouon-ming, au Yun-nan.

Il visita de même une autre province-frontière,le Kan-sou, tout récemment enlevée aux Huns par l'empereur Han Wou-ti.

Dans ces marches extrêmes de la civilisation, Sseu-maTs'ien (nouveau trait de ressemblance avec Hérodote) faisait figure d'explorateur.

Par-delà la "marche" du Kan-sou conquise, du vivantmême de notre auteur, par les légions chinoises, s'étendaient les immensités du Gobi à travers lesquelles — grâce, précisément, àcette même conquête — la "Route de la Soie" allait bientôt mettre en contact la "Sérique" et le monde grec ; au-delà du Yun-nan, paysà cette époque purement allogène, comme au-delà de Canton, définitivement annexé par l'empereur Han Wou-ti, c'était l'Annam-Viêtnam, autre pays "barbare", mais que le grand empereur était en train de rattacher pour plus de dix siècles à l'orbis sinicus.

La racechinoise préludait, ici encore, à sa prodigieuse expansion, et notre chroniqueur était là pour noter les prodromes de ce grandmouvement historique. Ce n'est pas seulement par le souci d'information personnelle dont témoigne son enquête que l'Hérodote chinois tranche sur la banalitéde tant d'annalistes postérieurs ; c'est, semble-t-il, aussi par ses opinions.

Les historiens chinois de l'époque suivante lui ont en effetreproché "d'avoir parlé à la légère des cinq livres canoniques", c'est-à-dire des textes de l'école officielle, en dissimulant mal sespréférences pour le taôisme, lequel représentait en effet à cette époque le non-conformisme et l'évasion individuelle.

Le reproche(Chavannes l'a établi), plutôt qu'à Sseu-ma Ts'ien, devrait s'appliquer à son père, effectivement taôiste.

De fait, notre historien aégalement raconté avec beaucoup d'émotion sa visite au tombeau de Confucius.

Ce qui est précisément remarquable chez lui, ce quilui reste peut-être de son éducation taôiste, c'est, sous l'apparente sécheresse de l'annaliste officiel (toutes les annales chinoises nesont trop souvent qu'une topographie à travers une chronologie), une personnalité qui, malgré tout, fuse librement par endroits.

Notonspar exemple la manière dont il nous décrit les plateaux de loess du Chen-si, surplombant les avancées de la Grande Plaine, etprédestinés, de ce fait, à exercer leur hégémonie sur cette dernière : "Pays voué à la victoire par sa configuration même, rendu difficiled'accès par la ceinture que forment autour de lui le fleuve Jaune et les montagnes, il est comme suspendu au-dessus du reste de laChine et peut, avec vingt mille hommes, tenir tête à un million d'ennemis : la disposition de son territoire est si avantageuse que,quand il déverse ses soldats sur les autres seigneuries, il est comme un homme qui lancerait des seaux d'eau du haut d'une maisonélevée." Nous trouvons donc tour à tour chez Sseu-ma Ts'ien les annales officielles antérieures compilant, parfois fort sèchement, sur lesdynasties légendaires ou protohistoriques, les données traditionnelles, mais aussi, plus souvent qu'on ne s'y attendrait, des épisodescolorés, où se révèle la forte personnalité de l'écrivain (par exemple le dramatique récit de la chute du dernier tyran des Chang, sortede Néron chinois, décapité par le vengeur envoyé par le Ciel, par le premier roi Tcheou).

Suit, pour la féodalité archaïque, un tableauremarquablement précis des diverses principautés régionales, tableau où notre historien a forcément profité des textes antérieurs,mais époque pour laquelle il a, comme pour tout le reste, le mérite de nous avoir donné, le premier, un récit géographiquementcomplet et chronologiquement continu. Les Royaumes combattants aboutissent, nous l'avons annoncé, à l'histoire du Royaume de Ts'in, et celui-ci à l'extraordinairepersonnalité du César d'Extrême-Orient, Ts'in Che-houang-ti, fondateur de l'unité chinoise et de l'empire chinois.

Visiblement, Sseu-maTs'ien s'est épris de ce "destin hors série" sur les inscriptions duquel, on l'a vu, il paraît avoir fait sur place une enquête personnelle.Avec le même goût des héros et de l'héroïque dans l'histoire, mais ici non sans pittoresque et non sans humour, il nous a dépeintl'extraordinaire aventure du fondateur des Han, ce soldat de fortune, ancêtre d'une dynastie destinée à durer quatre siècles, et sourcede toute légitimité.

Il arrive enfin à son propre contemporain, l'empereur Han Wou-ti, le maître au service duquel s'est écoulée toute sacarrière. Il est souvent plus agréable de rencontrer les surhommes dans l'histoire du passé que dans la vie courante.

Certes, Han Wou-ti, ensubjuguant les provinces encore dissidentes ou les réduits allogènes, a achevé, à l'intérieur, la conquête de la Chine par les Chinois.C'est également lui qui, en obtenant le ralliement de la classe des lettrés au césarisme impérial, a établi pour quelque vingt sièclesl'immuable administration chinoise et fondé le mandarinat.

C'est lui encore qui, en commençant la conquête de la Corée, du Vietnam,et du futur Turkestan chinois, en battant les Huns dans le Gobi, en les relançant jusqu'en Mongolie, a fondé en Asie la Paix chinoise etl'impérialisme chinois.

Mais autour de lui, cet Imperator fit trop souvent figure de despote.

Quiconque dans son entourage osait éleverla voix risquait son courroux.

Comme, en l'an 99, un capitaine chinois, jusque-là chargé de gloire, Li Ling, avait été encerclé dans leGobi par les Huns, Sseu-ma Ts'ien essaya de plaider la cause du soldat malheureux ; l'empereur, furieux, faillit mettre à mort lemalencontreux avocat et finalement infligea à celui-ci le supplice de la castration. Ce fut après ce drame que Sseu-ma Ts'ien rédigea son histoire.

Son objectivité apparente nous dissimule-t-elle entièrement sa hainesecrète contre ses bourreaux ? A diverses reprises, à propos d'autres personnages historiques, nous discernons, semble-t-il, chez lui,des allusions voilées à la tyrannie de Han Wou-ti.

Ainsi Procope nous ouvrant son cœur sur Justinien...

Plus encore, après cetteexpérience de la vie de cour, on croit deviner chez Sseu-ma Ts'ien un fond d'amertume sur la lâcheté des hommes et l'hypocrisie desgouvernements, tous sentiments dont le savant traducteur de Sseu-ma Ts'ien, l'illustre Chavannes, a relevé les traces et qui feraientdu panégyriste officiel des plus vénérables traditions chinoises un observateur déjà sans illusions de la comédie humaine.. »

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