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Segalen, Victor

Publié le 06/12/2021

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1   PRÉSENTATION

Segalen, Victor (1878-1919), écrivain et sinologue français, dont l’œuvre poétique est inséparable des missions archéologiques et voyages qu’il a entrepris en Polynésie et en Chine.

2   DE L’OCÉANIE À L’EXTRÊME-ORIENT

Né à Brest, Victor Segalen suit une formation secondaire classique chez les jésuites. En 1900, il devient médecin de la marine, et doit à l’originalité de sa thèse (l’Observation médicale chez les écrivains naturalistes, 1902) d’entrer au Mercure de France, où il rencontre Huysmans et Remy de Gourmont. Ses fonctions lui permettent de découvrir la Polynésie. À Tahiti, entre 1903 et 1904, il recueille les dernières œuvres de Gauguin, mort trois mois avant son arrivée. Il en rapporte les Immémoriaux, récit et étude ethnographique des derniers moments de la civilisation maori (ouvrage réédité en 1956 par Jean Malaurie dans la collection « Terre Humaine «, aux éditions Plon), publié en 1907 sous le pseudonyme de Max-Anély.

Il se passionne par la suite pour l’étude de la langue et de la civilisation chinoises, suit les cours du sinologue Édouard Chavannes (1865-1918) au Collège de France, se rend en Chine en 1909 et soigne la peste en Mandchourie. Devenu entre-temps le médecin du fils du président Yuan Shikai, il repart à nouveau de février à août 1914 (accompagné du photographe Jean Lartigue et de son ami écrivain Augusto Gilbert de Voisins) pour une mission archéologique consacrée aux monuments funéraires Han. Cette mission est décrite dans Équipée. Voyage au pays du réel (posth., 1929), journal de route d’une mission de Pékin aux marches tibétaines, mais aussi « récit intérieur « et poétique d’une « confrontation, sur le terrain, de l’imaginaire et du réel «. Au cours de cette expédition, financée par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Segalen poursuit l’inventaire archéologique entrepris par le sinologue Édouard Chavannes. À cette occasion, il met au jour à Xingping (Shaanxi) le mausolée du général Huo Qubing (mort en 117 av. J.-C.) — célèbre en Chine pour avoir chassé les nomades Xiongnu — et identifie le tombeau de l’empereur Qin Shi Huangdi (cf. Mission archéologique en Chine [1914-1917], Atlas, 2 vol., posth., 1923-1924). Cette expédition est interrompue par la guerre, durant laquelle il combat comme fusilier marin. Après une ultime mission à Pékin et à Nankin en 1917, Segalen meurt accidentellement en 1919 dans la forêt de Huelgoat (Finistère), dans des circonstances demeurées si obscures qu’elles fascinèrent les surréalistes, dont André Breton.

3   LOINTAINS INTÉRIEURS

Écrite sur quinze années, l’œuvre de Segalen est dans la droite ligne visionnaire des fulgurances rimbaldiennes (les Illuminations) et de la quête mallarméenne de l’« Azur «. Derrière la forme poétique, Segalen profère (selon ses propres expressions) l’« Innommable « ou « l’arrière-monde «, cette parcelle d’indicible ou d’inouï happée, puis déchiffrée par la parole allégorique. L’exotisme de son œuvre est à mille lieues des pastiches orientalisants que sont les Tribulations d’un Chinois en Chine d’un Jules Verne ou les Derniers Jours de Pékin d’un Pierre Loti. Son exploration du lointain s’entrecroise avec un voyage esthétique et mystique dans les lointains intérieurs (similaire à cet « espace du dedans « que célébrera, quelques décennies plus tard, le poète Henri Michaux, lui aussi porté par un même tropisme pour la Chine ; voir l’Espace du dedans), et son enracinement dans la culture d’Extrême-Orient est sublimé par une véritable incandescence spirituelle, où interfèrent réel et imaginaire. Par le raffinement, l’élégance, voire la magnificence de la langue, l’œuvre de Segalen se situe à la croisée de celle de Claudel (rencontré à Tianjin en 1909) et de celle de Saint-John Perse.

Inspirés par les épigraphes des stèles monumentales de l’Empire du Milieu et par les « classiques « chinois (dont le Liji ou Livre des rites), les poèmes en prose de Stèles (dédiés en hommage à Paul Claudel) sont, par leur densité et la concision de leur style, un chef-d’œuvre de l’art lapidaire : la première édition bibliophilique (publiée, pour le compte de l’éditeur Crès, à Pékin en 1912), ponctuée tout au long d’idéogrammes, a été entièrement conçue et composée par l’auteur, dans un format de livre évoquant une célèbre stèle nestorienne de l’époque Tang, mise au jour en 1625 à Chang’an, l’ancienne capitale de la Chine.

Des trois ouvrages publiés du vivant de Segalen, le dernier, Peintures (1916), est un bréviaire de l’art pictural chinois dont les commentaires s’ouvrent à l’imaginaire et à la confession libératrice. Après sa mort, il a laissé un drame mystique, Orphée Roi (posth., 1921, pour lequel Claude Debussy envisagea un temps de composer une partition musicale), et un roman, sous la forme d’un journal, qui dénonce les conventions du genre romanesque (René Leys, posth., 1922) et met en scène un personnage mystificateur dont le récit fait douter le narrateur, et le lecteur avec lui, tant l’intrigue s’avère hypothétique (sans vrai dénouement) et tant est volontairement brouillée la frontière entre réalité et fiction romanesque.

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