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Projet Ane sophie

Publié le 30/05/2024

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« ETNEA Projet de long-métrage d’Anne-Sophie Rouvillois Titre : Etnea Durée : 90 mn Format : long-métrage, 16 mm Interprète : Judith Chemla SYNOPSIS A 30 ans, Judith est une chanteuse lyrique confirmée.

Son père vient de mourir lorsqu’elle part en Sicile créer le rôle de Tatiana dans l’opéra de Tchaïkovski Eugène Onéguine.

A Catane, la rencontre avec Valerio et l’expérience de la passion, vécue à l’unisson avec l'héroïne qu'elle incarne, opèrent en elle une profonde transformation. 1 Villa Salina, Sicile NOTE D’INTENTION LE SUJET C’est l'envie de romanesque qui motive mon désir de traiter cette histoire, l’envie de raconter une grande aventure amoureuse avec une intrigue, du suspense.

La matière première que j’utilise est celle d’un récit que j’ai écrit il y a une quinzaine d’années et qui retrace, sous la forme d’un journal, le parcours d’une jeune artiste à un moment déterminant de sa vie et de sa carrière.

Elle est chanteuse lyrique.

Son père vient de mourir et sa disparition crée en elle un vide mais dans le même temps cet évènement la libère et lui donne l’énergie de faire des choix décisifs.

En partant à Catane, où il lui est offert de venir créer un rôle qu’elle incarne depuis longtemps sur une scène parisienne, elle nourrit paradoxalement le projet d’en finir avec le registre de l’opéra romantique.

La musique sacrée l’attire et elle aimerait, comme le directeur du théâtre Bellini le lui a laissé espérer, pouvoir monter son propre récital.

Elle est donc dans une dynamique créative forte, elle a soif de terres nouvelles, d’inconnu. D’une rencontre amoureuse aussi.

A plus de trente ans, bien qu’elle ait conscience d’avoir jusqu’à 2 présent évité qu’une telle situation se produise, elle voudrait être capable de se lier durablement à un homme.

Celui qu’elle rencontre dès son arrivée en Sicile va bouleverser complètement tous ses plans. Ce qui m’intéresse dans cette histoire, c’est la contradiction dans laquelle se trouve prise mon personnage qui d’un côté aspire à s’affranchir, au moins sur le plan musical, de trop d’affect, de sentiment et dans le même temps s’engage dans une relation de passion qui la dépasse et par laquelle elle se laisse complètement déborder.

Elle vit une expérience extrême puisque l’homme dont elle tombe amoureuse, qui semble lui-même attiré par elle (troublé en tout cas par la puissance de son désir), s’avère incapable de la toucher, de l’aimer physiquement.

Malgré cela, elle a l’intuition profonde qu’il est celui qui lui est destiné et elle s’attache à lui d’autant plus désespérément peut-être qu’aucune relation ne peut réellement avoir lieu entre eux. En fait, ce que j’ai envie de montrer, à travers l’impossibilité de cet amour, c’est le choc que produit sur elle la privation de contact charnel, corporel.

Toutes les peurs, les inhibitions auxquelles cela la renvoie, les traumatismes que cela réveille et qui la mettent face à la nécessité d’un changement radical.

C’est cette métamorphose mystérieuse, incertaine dans laquelle elle s’engage, la transformation qui s’opère en elle, que je désire explorer de l’intérieur. L’ESPACE, LE TEMPS, LE PAYSAGE Plutôt que de faire s’exprimer l’héroïne sur ce qu’elle est en train de vivre (comme le style introspectif de mon journal m’invitait à le faire), j’ai envie que cela soit mis en lumière de l’extérieur.

J’ai situé cette histoire pour une large part à Catane à cause de ce que cette ville représente pour moi.

Catane c’est d’abord la Sicile, une île, traversée par toutes sortes de flux et marquée par la très forte présence de l’Etna et de toute la mythologie qui s’y rattache 1.

C’est une ville sismique, volcanique, un port ouvert sur la mer.

Lieu d’échange, de mélange, cité “métisse“ dont les contrastes s'inscrivent dans l’architecture même de la ville : dans ses couleurs, ses contours, ses moindres recoins.

Les signes de la puissance et de la richesse passées cohabitent partout avec des images de ruine et de décrépitude.

Ce sont ces rapprochements inhabituels, la poésie qu’ils produisent mais aussi une certaine esthétique de la décadence qui inspirent à l’héroïne des désirs d'aventure et de destin glorieux, tout en reflétant ce qu’il y a en elle de plus obscur.

La ville devient donc aussi un miroir.

Elle s’y promène jusqu’à s’y perdre. 1 On le comprend au début de l’histoire à travers une conversation entre l’héroïne et sa sœur ainée dans laquelle il est question de sa relation au père. 3 En ce qui concerne le temps, mon intention est de créer une sorte de télescopage, ou même de carambolage entre le passé du personnage qui ressurgit à l’occasion du deuil du père, et le présent de la rencontre avec cet homme.

Il y a deux grands mouvements : l’arrivée en Sicile d’abord, vécue dans l’euphorie de la découverte, du dépaysement et de la rencontre amoureuse.

A quoi succède le choc de la réalité.

Une réalité intérieure, affective, que l’héroïne a espéré fuir en quittant son pays mais qui se révèle finalement très actuelle.

Je veux que l’on sente que, de manière insidieuse, cachée, c’est la mémoire du père qui la rattrape.

Il ne s'agit plus de sa récente disparition - qui ne produit d’ailleurs sur elle aucun effet direct - mais d'une disparition beaucoup plus ancienne, plus archaïque1.

A partir du moment où elle aime, se met en place autour de cette jeune femme une sorte de géographie de l'absence : l'atmosphère, le paysage, tout doit concourir à exprimer quelque chose du manque et de la carence que l'indifférence du père a creusé en elle depuis l’enfance.

Je veux montrer, à travers le traitement du temps et de l’espace mais également par le rôle qu’elle incarne dans l’opéra de Tchaïkovski (sur lequel je vais m’attarder) et par l'expression de son chant, l'effet déchirant que cette faille produit en elle.

A partir du moment où elle aime, tout devient inaccessible, source de frustration et de douleur, à l’image de cet amour et d’une commune impuissance à le vivre.

La beauté de cet homme, la magnificence des lieux, du monde qui les entoure, l’attirent irrésistiblement mais dans un même mouvement, cela l'écrase et menace de l’anéantir.

C'est cette tension que je veux filmer, cette lutte intérieure entre une force de vie extraordinaire et toutes les pulsions contraires qui la retiennent et l’empêchent d’être. 4 LE ROLE DE LA MUSIQUE Parallèlement au désir d’ancrer cette histoire en Sicile et de la faire s’établir dans un certain type de paysage, je ressens depuis le début la nécessité d’aller puiser l’inspiration là où elle est pour moi la plus bouillonnante, c’est-à-dire dans la musique et plus précisément dans le registre de l’opéra. L’action se situant à Catane, la logique aurait voulu que je choisisse Bellini plutôt que Tchaïkovski. Mais c’est vraiment de la folie romantique d’Eugène Onéguine dont je désire m’emparer pour traiter ce sujet.

Il y a dans l’ivresse amoureuse de Tatiana, dans son entièreté, dans sa jeunesse effervescente toute l’intensité dont doit vibrer mon héroïne. EUGÈNE ONÈGUINE 5 Il s'agit d'un opéra de Tchaïkovski en trois actes inspiré d'un poème en vers de Pouchkine.

Le propos, simple et sobre, est exclusivement centré sur le thème de la passion qui lie Tatiana, jeune femme romanesque éprise d’absolu, à Eugène Onéguine son voisin, dont la froideur et la distance cache en fait un vide intérieur profond.

De part et d'autre.... »

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