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Police de rue, habitants des quartiers populaires et usage de la force. Analyse d'un processus de défiance réciproque

Publié le 23/05/2026

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« Police de rue, habitants des quartiers populaires et usage de la force.

Analyse d'un processus de défiance réciproque Manuel Boucher Dans Pensée plurielle 2014/2 n° 36 , pages 77 à 109 Éditions De Boeck Supérieur ISSN 1376-0963 ISBN 9782804191160 DOI 10.3917/pp.036.0077 Date de mise en ligne : 29/10/2014 Article disponible en ligne à l’adresse https://shs.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2014-2-page-77?lang=fr Découvrir le sommaire de ce numéro, suivre la revue par email, s’abonner... Scannez ce QR Code pour accéder à la page de ce numéro sur Cairn.info. Distribution électronique Cairn.info pour De Boeck Supérieur. Vous avez l’autorisation de reproduire cet article dans les limites des conditions d’utilisation de Cairn.info ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement.

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Il en est ainsi notamment en France avec le CFC qui est l’organisme agréé en la matière. De Boeck Supérieur | Téléchargé le 18/05/2026 sur https://shs.cairn.info (IP: 195.98.251.155) Police de rue, habitants des quartiers populaires et usage de la force Analyse d’un processus de défiance réciproque Manuel BOUCHER1 Résumé : Dans un contexte de radicalisation de la politique policière en matière de contention et de répression des « zones urbaines sensibles » depuis au moins une décennie, en s’appuyant sur les résultats d’une longue enquête sociologique réalisée conjointement dans des écoles de police et dans des quartiers populaires, cet article analyse la réalité des rapports entre la police et les habitants de ces quartiers.

Dans la pratique, à partir de l’étude des représentations, des modes d’action et des interactions de policiers, d’acteurs sociaux et d’habitants de territoires considérés comme dangereux, nous décrivons les processus qui produisent un rapport de défiance et de réification réciproque, interrogeons la socialisation et la mobilisation de l’usage de la force policière et formulons quelques préconisations pour passer d’une « police de guerre » à une « police de paix ». Mots clés : police, unité territoriale de quartier, brigades spécialisées de terrain, population, jeunes, acteurs sociaux, quartier populaire, zones urbaines sensibles, socialisation viriliste, usage et contrôle de la force, discernement   Manuel Boucher est sociologue, directeur scientifique du Laboratoire d’Étude et de Recherche Sociales (LERS) de l’Institut du Développement Social, IRTS de Haute-Normandie (Canteleu/ Rouen), membre associé du Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques (CADIS – EHESS, UMR 8039).

Docteur en sociologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), soutenue à la Sorbonne Paris IV, ses travaux portent aujourd’hui sur les questions de l’ethnicité, des discriminations ethniques, de l’intervention sociale, des turbulences urbaines et de leur régulation dans les quartiers populaires. 1 DOI: 10.3917/pp.036.0077  77 Cet article traite des relations tumultueuses qu’entretiennent les forces de police avec la population des quartiers populaires au sein de la société française contemporaine.

Il s’appuie sur les résultats d’une enquête portant sur les rapports entre des habitants de plusieurs cités paupérisées et territoires urbains stigmatisés comme « sensibles » et la police nationale2.

En effet, fin 2011, nous avons terminé pour le compte de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité (HALDE), devenue « Défenseur des droits », en partenariat avec le ministère de l’Intérieur, une importante recherche qualitative de plus de vingt mois sur le discernement policier durant laquelle nous avons enquêté auprès de nombreux policiers et habitants (entretiens individuels et collectifs, focus group, observations directes) dans différents terrains à Paris, Saint-Denis et Marseille considérés comme particulièrement difficiles et dangereux par les forces de l’ordre3. Dans un contexte de détérioration, voire de rupture des relations entre les habitants des territoires urbains défavorisés et la police, notamment avérée lors des émeutes spectaculaires de l’automne 20054 (Le Goaziou et Mucchielli, 2006), dans cette enquête, nous postulons que la mobilisation récurrente, souvent disproportionnée, de « l’habilitation spécifique à l’usage de la force » de la police nationale favorise le développement d’une « police de guerre » au détriment d’une « police de paix », conférant alors une rupture relationnelle entre une partie de la population des quartiers populaires, notamment beaucoup de jeunes, et les représentants de l’ordre républicain, en particulier les patrouilleurs de rue.

Ainsi, dans cet article, dans une première partie, nous présentons la dynamique policière plébiscitée depuis 2002 jusqu’à 2011 dans les zones sensibles et qui, nous semble-t-il, contribue en grande partie, en raison de son caractère exclusivement répressif, à accroître le fossé d’incompréhension entre une importante frange de la jeunesse des cités (Marlière, 2008) et la police nationale.

Dans une seconde partie, nous décrivons alors, à partir de l’expérience de jeunes et d’acteurs sociaux rencontrés, comment le plébiscite d’une police prioritairement réactive et autoritaire contribue à produire un processus de réification réciproque entre une partie de la jeunesse populaire   Plusieurs éléments de cette enquête ont récemment été publiés (Boucher, 2013).   Voir l’annexe méthodologique à la fin de l’article. 4   Du 27 octobre au 17 novembre 2005, la France va connaître les plus grandes émeutes urbaines de son histoire contemporaine suite à la mort de deux jeunes de Clichy-sous-Bois électrocutés après une poursuite avec la police.

Pour rappel, sur 21 nuits d’émeutes (d’abord en région parisienne puis dans 300 cités populaires sur l’ensemble du territoire national), on peut notamment comptabiliser la mobilisation de 11 500 policiers et gendarmes par jour aidés par 7 hélicoptères, 30 000 poubelles incendiées, des centaines de bâtiments publics, d’entreprises, de bus dégradés ou brûlés, 4 800 interpellations, 600 peines d’emprisonnement, surtout en comparution immédiate.

Dès lors, après une panique médiatique et politique, le « couvre-feu » est décrété le 8 novembre et prolongé jusqu’au 4 janvier 2006.

Ces émeutes ont par ailleurs essentiellement éclaté dans des « zones urbaines sensibles » se caractérisant par le cumul de nombreuses difficultés socio-économiques (logements sociaux dégradés et exigus, peu de mixité sociale, forte population immigrée, beaucoup de familles nombreuses, un taux de chômage 2 à 3 fois plus fort qu’ailleurs, de nombreux jeunes en échec scolaire, épreuves de la discrimination, des problèmes de petite délinquance et d’incivilités, une quasi-absence de représentation politique et un fort sentiment d’enfermement). 2 3 78 De Boeck Supérieur | Téléchargé le 18/05/2026 sur https://shs.cairn.info (IP: 195.98.251.155) 1.

Introduction 2.

Une politique policière de contention et de répression des zones urbaines sensibles Tout d’abord, même s’il ne s’agit pas de faire une thèse sur l’histoire de la police, il paraît important de définir ce que le vocable « police » recouvre aujourd’hui.

Étymologiquement, issu du grec politeia, le mot « police » désignait dans la Grèce antique tout ce qui avait rapport à la cité (polis) et à son gouvernement dans des domaines variés (ordre public, hygiène, mœurs, religions, transports…).

Cependant, au cours des siècles, selon les historiens de la police (Berlière et Lévy, 2011, pp.

14-19), le « champ sémantique » du mot « police » n’a cessé de se rétrécir pour finalement, notamment depuis la Révolution française de 1798, désigner une fonction spécifique de l’État consistant à maintenir l’ordre et à assurer la sécurité des personnes et des biens : « Chargée de protéger les personnes, les biens et l’ordre public, la police peut être considérée comme l’ordre même qui préside à une société.

Mais elle est bien d’autres choses encore : un rouage capital du fonctionnement de l’État et à ce titre un enjeu essentiel du pouvoir ; un organisme de régulation des rapports et des conflits sociaux ; une profession, une corporation poursuivant des intérêts particuliers et autonomes quoiqu’hétérogènes, présentant des traits originaux et entretenant des rapports complexes et contradictoires avec l’opinion publique et les différents gouvernements et régimes qui se sont succédé depuis la Révolution » (Berlière et Lévy, 2011, p.

19).

La police entretient donc des liens étroits avec l’État et la société et désigne communément les activités assurées par des « forces de police » consistant à assurer la sécurité des personnes et des biens en faisant appliquer la loi.

Ainsi, dans une perspective sociologique, Dominique Monjardet (1996, 2008) souligne que « l’appareil policier » représente à la fois un agent du pouvoir politique, un service public et une profession (organisation, institution, profession). Dans la pratique, la police a de nombreux visages (Brodeur, 2003).

Ainsi, actuellement, on distingue plusieurs types de police intervenant dans les quartiers populaires.

Sans entrer dans les détails, il existe des polices spécialisées dans le renseignement (RG, DCRI, Unités de prévention urbaine…) et des polices urbaines chargées de la sécurité publique et du maintien de l’ordre (brigades de roulement, BAC, compagnies d’intervention, CRS…).

Mais qu’ils soient en civil ou en tenue, ce sont les policiers appartenant à ce dernier type qui, en tant que policiers de rue, notamment les patrouilleurs, représentent des agents de première ligne et se confrontent quotidiennement, quelquefois violemment, avec certains jeunes de quartier.

Ainsi, les policiers dont il s’agit dans ce texte appartiennent tous à cette catégorie de patrouilleurs de rue.

En effet, comme le souligne Christian Mouhanna (2011, p.

49), «.... »

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