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PIERRE BOURDIEU – La misère du monde

Publié le 05/12/2021

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« Il est en effet fondé dans la réalité même du monde social et il contribue à expliquer une grande part de ce qui advient dans ce monde et, en particulier, nombre des souffrances nées de la collision des intérêts, des dispositions et des styles de vie différents que favorise la cohabitation, notamment au lieu de résidence ou au lieu de travail, de gens différents sous tous ces rapports «
Pierre Bourdieu, La misère du monde
Pierre Bourdieu, né en août 1930 dans le Béarn, une région rurale des Pyrénées-Atlantiques, est l'unique enfant d'une famille modeste et rurale. Il fait ses étude successivement au lycée de Pau, au Lycée Louis-le-Grand puis à l'école Normal Supérieure. Il reçoit l'agrégation de philosophie. En 1955, il est appelé sous les drapeaux, et est envoyé, pour des raisons disciplinaires, faire son service en Algérie. Effectivement, Pierre Bourdieu est caractérisé entre autre par un vif antimilitarisme. L'Algérie est un moment décisif, c'est le passage à la sociologie. Après avoir côtoyé les effroyables réalités de la guerre, Boudieu porte un grand intérêt à la société algérienne. Son premier livre Sociologie de l'Algérie(1957) est une synthèse historique, ethnologique et sociologique de l'Algérie ainsi qu'un message anticipant les difficultés à venir des pays du Tiers Monde. Il lutte contre la colonisation. En 1960, le complot des généraux d’Alger le force à fuir précipitamment l'Algérie. Il devient enseignement à la faculté de Lille puis à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) ainsi qu’à l’ENS. Titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France depuis 1981 grâce à son travail mêlant théorie et empirisme pour les ouvrages La distinction, Le sens pratique (1979 et 1980), il devient directeur du centre de sociologie européenne et fonde la revue Actes de la recherche en sciences sociales. En 1993, il reçoit la médaille d'or du CNRS. Il est alors le premier sociologue à la recevoir. Il fonde par la suite une maison d'édition publiant ainsi des travaux assez subversifs, consacrant ainsi son énergie à la protéger de l'influence de l'État ou de celle du marché. En somme, Pierre Bourdieu a écrit de façon originale sur les grandes interrogations de son époque. « De façon originale « car, conformément à la devise : « montrer et démontrer «, il combinait une exigence conceptuelle, une méthodologie scientifique rare et une pertinence socio-politique qui a fait de lui l'un des maîtres de la sociologie contemporaine, et l'un des rares intellectuels humanistes engagés de la fin du XXe siècle.
Pierre Bourdieu, retourne enquêter sur le terrain avec La misère du monde, livre d'un millier de pages qui donne la parole à des individus souffrant silencieusement de la misère du monde. Le but de l'ouvrage est de rendre compte des « misères de position « c'est à dire relatifs au rapport entre les individus. « L'intention était de dire : dans le monde social, il y a des souffrances qui ne sont pas prises en compte et qui ont des exutoires inattendus au niveau politique. Comme dans les maladies, les mêmes symptômes manifestent des souffrances très différentes.[...] De là la nécessité de faire accoucher les gens, de leur permettre de se délivrer. [...] Des gens qui sont dans une espèce de guerre civile permanente, le chat, le bruit... Il n'y a rien, et en même temps ce sont des conflits qui engagent l'idée de nation, etc. C'est tragique, une sorte de conflit palestino-israélien où tout le monde a raison et tort, et où tout le monde s'en veut à mort. Et pourtant, il y a entre eux une frontière sociale infime. Notre méthode a été de se mettre à la place de celui qui parle et d'essayer de voir le monde à partir de son point de vue. Je me suis même surpris à penser qu'à la place des deux petits loubards que je questionnais, j'aurais fait pareil, sinon pire. « (Pierre Bourdieu[^1]). Dans La misère du monde, Pierre Boudieu et son équipe[^2] nous livrent des témoignages ou socio-analyses d'hommes et de femmes à propos de leurs existences et de leurs diverses difficultés (problème de voisinage entre autre). Comme de réels scientifiques en quête de vérités, ils vont suivre différentes étapes pour nous rendre compte des problèmes rencontrés : d'abord nous sera livré tous « les éléments nécessaires à l'analyse objective de la position de la personne interrogée et à la compréhension de ses prises de position « et, ensuite la retranscription exacte des propos de la personne interrogée. A cela s'ajoutera à l'intérieur de l'œuvre des {text:soft-page-break} analyses travaillées. Pierre Bourdieu nous « montre « et les miséreux, et les « aveugles « (responsables) : les hommes politiques qui ont contribué à la transformation désavantageuse de la société et les médias qui, faisant simplement le travail, offre une vision faussée de la réalité.
Dans les trois premiers chapitres[^3], P. Bourdieu, A. Sayad, R. Christin nous font découvrir le désespoir face au « déclin individuel qui a accompagné le déclin collectif des entreprises industrielles de la région « avec la famille Leblond, rescapée de la grande vague de licenciements de la région. Les problèmes évoqués sont ensuite, le manque d'avenir pour les jeunes mais surtout de façon prédominante, les problèmes de voisinages. Les émigrés sont accusé d'être trop bruyant, trop nombreux et désordonnés. Et, à l'inverse, les français, sont accusé de jalousie : le mode de vie et surtout l'importante présence de la famille au sein des maghrébins ne ferait que faire ressortir leur isolement et leur misère. Ici sont opposés deux modes de vie et l'insécurité est fortement évoquer.
Après ces interviews, Patrick Champagne nous propose une analyse sur la vision médiatique de ces conflits. Les malaises médiatiquement mis en scène peuvent donner parfois une image assez fantaisiste de la réalité, selon lui, car les médias travaillent que sur certains groupes sociaux (les hippies par exemple). Les médias alors fabriquent les représentations sociales donc par voie de conséquence, les préjugés. Il note l'importante de la « création d'événements « à cause du « souci de ne pas être en retard dans la couverture d'une révolution «. Il prend, pour illustrer son propos l'exemple des manifestations lycéennes de 1990 : alors que ce n'était qu'un simple mouvement de lycées de banlieues, les journalistes ont fait le choix de le passer au 20 heures. Il parle aussi de la « starisation excessive « des mouvements. C'est l'idée que certains de ces étudiants, par exemple, devenaient de réelles vedettes parce qu'ils étaient « pris au sérieux « à la télévision. Il existe effectivement un effet de mode : les « événements « ne suivent rapidement. On se lasse d'un sujet, d'un coup on n'en entend plus parler et passe à autre chose. Les journalistes recherchent le factuel, le sensationnel. C'est le problème de la concurrence. Ils retiennent que les actions violentes (surtout en ce qui concerne les banlieues : les actes de vandalismes, les bavures policières...) en revanche, ils ne prennent pas – ou plutôt n'ont pas – le temps de s'intéresser aux situations objectives qui les provoquent. « Le travail de terrain proprement dit se limite, par la force des choses, à quelques jours, passés sur place, pour donner un peu de couleurs aux reportages, avec généralement un scénario, préalablement construit dans les conférences de rédaction, qu'il s'agit d'illustrer «. Ici est précisé qu'il ne s'agit pas d'une critique de la profession mais qu'il s'agit de rappeler les contraintes qui pèsent sur ce métier et qui malheureusement, a des effets intellectuels considérables. Il conclu donc sur la difficulté à obtenir « la réalité « dans les journaux d'autant plus que les personnes interrogées ne disent pas forcément ce qu'elles pensent mais ce qu'elles croient qu'il faut dire ou ce qu'elles ont entendu. A cela s'ajoute le fait que les journaux ne sont pas objectifs mais possèdent des opinions idéologiques et politiques particulières. Ensuite, P. Champagne s'interroge sur la stigmatisation. Il affirme ici que les populations des banlieues rejettent les journalistes car ils leur ont donné une image négative : « les médias contribuent paradoxalement à leur stigmatisation «. Les populations se voient agressées, victimes de leur réputation ce qui provoque de nouveaux incidents qui viennent confirmer les stéréotypes médiatiques initiaux. Les journalistes diabolisent les banlieues. Ensuite, il explique que ce type d'événements peut prendre une « dimension politique considérable qui risque de dérouter les responsable « d'où le combat entre les hommes politiques et les journalistes donc la situation ne profite pas toujours aux plus démunis concernés.
Dans les chapitres suivants[^4], P. Bourdieu, P. Champagne, G. Balazs s'attardent sur la dégradation des cités et des conditions de vie qui y règnent, les échecs scolaires et la montée du chômage chez les jeunes et la délinquance qui en découle. Les jeunes habitants des cités y sont décris comme totalement démunis. Dans ces chapitres les personnes interrogées décrire également leur difficulté à supporter la contradiction qu'il existe entre leurs opinions (politiques entre autre) et ce qu'ils vivent mais ils continuent, inlassablement à défendre cette population délaissée exposé à un fort malaise social. Dans « la dernière différence « en revanche, on voit apparaitre une peur de l'étranger qui peut avoir des répercutions évidentes sur la vie politique (« je vais voter Le Pen, ça leur foutra la trouille «). De plus elle a pour conséquence de désorienté complètement les populations, aussi bien les délinquants que le reste de la population. On retrouve ce sentiment dans « le couperet «, témoignage d’un artisan qui pense la société comme un reflet d’une méritocratie, rendant tout possible si on s’en donne les moyens. Mais {text:soft-page-break} encore une fois, tout n’est que désillusion, et encore une fois le problème semble être le même : « les marocains, moi je veux supprimer les aides sociales aux marocains, eux ils le méritent pas « Ici on remarque une répercutions récurrente de la précarité : le Racisme.
Dans « Effet de lieu «, Pierre Bourdieu adopte un autre angle de vue. Dans un premier temps il dénonce les préjugés sur les banlieues, les ghettos et plus particulièrement les connotations de ces mots. Selon lui on ne peu rien dire sans le voir. Il décrit le phénomène de l’effet de lieu sous plusieurs angles. D'abord, il y a effet de lieu dans la société car chaque personne physique s’inscrit dans un espace sociale (structure, appartement, maison). Un SDF n’a donc pas « d’existence sociale « propre, puisqu’il n’a pas de lieu de résidence. Ensuite, l’effet de lieu décrit également un phénomène selon lequel en fonction du lieu de résidence, que se soit pour une enseigne de magasin ou un appartement, l’image de soit par rapport aux autres va être modifié. On assiste donc à une « lutte pour l’appropriation de l’espace «. Ce phénomène pourrait être source d’évolution sociale, mais on assiste à ce que l'auteur appelle une « inertie des structures «. Elle s’apparente à une ghettoïsation de certaine banlieue, affublées de réputation, de préjugés, qui diminuent les chances d’évolutions du niveau de vie. Ce qui rejoint l’idée de « l’Amérique comme utopie à l’envers «
Dans ce chapitre l’auteur décrit la montée de la xénophobie et du racisme aux USA. Cette évolution - selon l’auteur, dû à un manque d’action de la part de l'État - a abouti à la formation de ghettos, sorte de « lieu désert et sans vie ou s’entassent des populations démunies «. On ne peut comparer ghettos américains et cités françaises, car ce ne sont pas des conditions de vie comparables, mais d’après l’auteur : « La pente de l’évolution des inégalités urbaines en France durant la dernière décennie tend à créer, à terme, un rapprochement «.
Les autres chapitres « the zone « ou encore « une mission impossible « ne font que répété ce qui a déjà été dit plus haut. Les auteurs décrivent d’un coté un malaise social, une souffrance silencieuse, des problèmes d’insertion et de l’autre l’inaction de l'État et enfin un constat alarmant : celui de la comparaison entre les ghettos Américains, et les cités françaises.
Ensuite, P. Champagne et Pierre Bourdieu traite le sujet des paysans dont la plupart se retrouvent face à l'incertitude économique du futur et le phénomène de l'exode rural chez les jeunes. Tous ont une situation financière plus ou moins fragile et n'arrivent pas à transmettre à leurs enfants la valeur de la terre puisqu'au vue de la situation, ils préfèrent s'orienter vers un autre secteur d'activité. Il en résulte que d'un façon globale, les enfants ne reproduisent pas toujours ce que leur enseignent leur parents. On en vient au fait, que parfois les parents enseignent des valeurs qui sont si extrêmes que les enfants tombent dans la théorie inverse. C'est le cas de Sébastien le bon élève qui sous la pression de ses parents qui voulait en faire un génie s'est effondré scolairement et aujourd'hui rejeté toute forme de réussite et d'élévation sociale, économique ou culturelle. Idem, pour Antoine cet enfant qui sous le poids de ses parents n'a pas changé de catégorie sociale comme ils l'auraient voulu mais est tombé dans la violence, une violence intérieure qu'il rejette tous les jours. Cette violence est en réalité une réaction au milieu hostile des bourgeois et aristocrates dans lequel ses parents l'ont plongé dans l'espoir qu'il s'y intègre.
De manière générale, on peut penser que le chômage est une source de changements tant familiaux que socio-culturels et économiques. Cependant, ce n'est pas le seul facteur. On peut prendre aussi l'exemple de l'immigration avec le témoignage du professeur qui a été déraciné et a vécu une rupture familiale ou encore celui de la messagère qui était arabe et s'est confrontée à ses parents traditionnels qui refusait de la voir évoluer dans un milieu ou les normes et valeurs étaient bien différents de celles de sa famille. Tous ces individus se sentent un jour en marge de la société parce qu'ils ont perdu des repères et tentent d'en retrouver d'autres. Le phénomène d'émancipation comme l'expliquent les auteurs est très complexe, la famille peut être tenue pour responsable de certains malaises mais n'est pas non plus l'unique source de ces conflits qui naissent des changements.
On pourrait alors en conclure que les transformations sociales au sein de classes et dans la société et les malaises comme conflits qui en découlent ont des sources bien diverses. L'étude faite par P. Bourdieu et les sociologues montrent à quel point chaque individu à une réaction différente dans des situations similaires. Ils parlent tous d'une misère mais celle ci n'est pas forcément économique sinon une misère face à l'épanouissement, au bonheur...La misère d'une société contemporaine. Et le meilleur c'est qu'ils en parlent sous une forme inédite avec des interviews.


Sources (pour la biographie) :


http://www.homme-moderne.org
http://www.evene.fr
[^1]: propos recueillis par Robert MAGGIORI et Jean-Baptiste  MARONGIU.
[^2]: A. Accardo, G. Balazs, S. Beaud, F. Bonvin, P. Bourgois, S. Broccolichi, P. Champagne, R. Christin, J-P. Faguer, S. Garcia, R. Lenoir, F. Matoni, F. Muel-Dreyfus, F. Oeuvrard, M. Pialoux, L. Pinto, A. Sayard, C. Soulié, B. Urlacher, L. Wacquant, A-M. Waser.
[^3]: « La rue des Jonquilles «, « Une famille déplacée «, « Chacun chez soi «
[^4]: « L'ordre des choses «, « Une famille intégrée «, « Un mauvais placement «, « La réhabilitation «, « la dernière différence «, « le couperet «

 

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