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Nom-du-Père

Publié le 06/12/2021

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Nom-du-Père n. m. Produit de la métaphore paternelle qui, désignant d'abord ce que la religion nous a appris à invoquer, attribue la fonction paternelle à l'effet symbolique d'un pur signifiant et qui, dans un second temps, désigne ce qui régit toute la dynamique subjective en inscrivant le désir au registre de la dette symbo­lique.

Le père est une vérité sacrée dont pourtant rien dans la réalité vécue n'in­dique la fonction ni la dominance car il reste d'abord une vérité inconsciente. C'est donc nécessairement au travers d'une élaboration mythique que sa fonction a émergé dans la psychana­lyse et qu'elle traverse toute l'ceuvre de S. Freud jusqu'à son dernier ouvrage, Moïse et le monothéisme, où est dévelop­pée son efficacité inconsciente comme étant celle du père mort en tant que terme refoulé. Très tôt, Freud avait repéré dans les notions de destin et de providence les figures parentales. Et l'on sait par ailleurs, au regard du grand nombre de traités de l'Antiquité sur ce thème, combien le destin fut une des préoccupations majeures des philo­sophes et des moralistes. Mais si le Nom-du-Père est un concept fonda­mental dans la psychanalyse, cela tient au fait que ce que le patient vient cher­cher dans la cure est le trope de son destin, c'est-à-dire ce qui de l'ordre de la figure de rhétorique vient comman­der son devenir. À ce titre, CEdipe et Hamlet restent exemplaires. Est-ce à dire que la psychanalyse inviterait à une maîtrise de ce destin? Tout va contre cette idée dans la mesure où le Nom-du-Père consiste principalement en la mise en règle du sujet avec son désir, au regard du jeu des signifiants qui l'animent et constituent sa loi.


Pour expliciter ce fait, il convient de revenir à la formalisation de J. Lacan, celle de la métaphore paternelle, for­malisation dont on observe qu'elle consiste uniquement en un jeu de subs­titution dans la chaîne signifiante et organise deux temps distincts qui peuvent aussi bien tracer le trajet d'une cure dans son ensemble.

FORMALISATION EN DEUX TEMPS

Le premier réalise l'élision du désir de la mère pour y substituer la fonction du père en ce qu'elle conduit, au travers de l'appel de son nom, à l'identification au père (selon la description première de Freud) et à l'extraction du sujet hors du champ du désir de la mère. Ce premier temps, décisif, régule, avec toutes les difficultés attenantes à une histoire particulière, l'avenir de la dialectique oedipienne. Il conditionne ce qu'il est convenu d'appeler «la normalité phal­lique «, soit la structure névrotique qui résulte de l'inscription d'un sujet sous le coup du refoulement originaire. Dans le second temps, le Nom-du-Père en tant que signifiant vient redoubler la place de l'Autre inconscient. Il drama­tise à sa juste place le rapport au signi­fiant phallique originairement refoulé et institue la parole sous les effets du refoulement et de la castration symbo­lique, condition sans laquelle un sujet ne saurait valablement assumer son désir dans l'ordre de son sexe.

CORRÉLATION ENTRE LE NOM-DU-PÈRE ET LE DÉSIR

À partir de là découlent plusieurs conséquences : la métaphore étant création d'un sens nouveau, le Nom-du-Père prend dès lors une signification différente. Si le nom inscrit d'abord le sujet comme chaînon intermédiaire dans la suite des générations, ce nom en tant que signifiant intraduisible sup­porte et transmet le refoulement et la castration symbolique. En effet, le


Nom-du-Père venant au lieu de l'Autre inconscient symboliser le phallus (ori­ginairement refoulé), il redouble par conséquent la marque du manque dans l'Autre (qui est également celle du sujet: son trait* unaire) et, par les effets métonymiques liés au langage, il insti­tue un objet cause du désir. Ainsi s'éta­blit entre Nom-du-Père et objet, cause du désir, une corrélation qui se traduit par l'obligation, pour un sujet, d'ins­crire son désir selon l'ordre de son sexe, rassemblant sous ce Nom, le Nom-du-Père, du même coup l'instance du désir et la Loi qui l'ordonne sur le mode d'un devoir à accomplir. Un tel dispositif se distingue radicalement de la simple nomination puisque le Nom-du-Père signifie ici que le sujet assume son désir comme assenti à la loi du père (la cas­tration symbolique) et aux lois du lan­gage (sous le coup du refoulement originaire). Le défaut éventuel de cette dernière opération se traduit clinique­ment par de l'inhibition ou par une impossibilité de donner suite au désir dans ses conséquences affectives, intel­lectuelles, professionnelles ou sociales.

Lorsque J. Lacan rappelle que le désir de l'homme, c'est le désir de l'Autre (génétif objectif et subjectif), il faut entendre que ce désir est prescrit par l'Autre, forme avérée de la dette sym­bolique et de l'aliénation, et que, d'une certaine façon, cet objet est également arraché à l'Autre. Ainsi le Nom-du-Père résume l'obligation d'un objet de désir jusque dans l'automatisme de répéti­tion.

LA NAISSANCE DE LA RELIGION COMME SYMPTÔME

Par ailleurs, Moïse et le monothéisme démontre que le refoulement du meur­tre du père engendre une double pres­cription symbolique : en premier lieu de vénérer le père mort, en second lieu d'avoir à susciter un objet de désir per­mettant de se reconnaître parmi les élus. Un tel procès situe donc le Nom‑


du-Père au registre du symptôme. En sorte que le «nécessaire du Nom-du-Père «, en tant qu'il est nécessaire au fondement de la normalité phallique, revient sous forme de question du «nécessaire du symptôme« dans la structure. Cela n'est pas simple pé­tition de principe puisque, si la métaphore crée un sens nouveau, la traduction en sera un symptôme origi­nal du sujet. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Lacan a pu affirmer qu'il y a «des Noms-du-Père «, ce que la cure peut confirmer. Néanmoins subsiste un paradoxe : si le Nom-du-Père signi­fie la prise en compte par le sujet du désir dans toutes ses conséquences, il est aussi ce qui essentiellement fonde la religion et ce qui humanise le désir. La question dans la cure est alors la


possibilité de lever en partie l'hypo­thèque du «nécessaire« à la structure. Car, dans la parole du sujet, l'interroga­tion porte toujours sur «qui parle au-delà de l'Autre ? «. La réponse tradition­nelle y met le Nom-du-Père ; aussi Lacan avait-il cru devoir suggérer que, si la cure permettait la mise en place du Nom-du-Père, sa fonction était d'ame­ner le sujet à pouvoir s'en passer.

Le lecteur peut se référer à Lacan: les Structures freudiennes des psychoses (Séminaire, 1955-56; publié sous le titre les Psychoses, 1981), la Relation d'ob­jet (Séminaire, 1956-57; non publié), les Formations de l'inconscient (Séminaire, 1957-58, non publié), D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose (Séminaire, 1955-56; publié dans Écrits, 1966).


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