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N'y a-t-il pas dans une véritable éducation une part totalement inutile ?

Publié le 09/12/2021

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On s'inquiète du temps perdu à les fréquenter. On privilégie « l'utile » en faisant des mathématiques le principe de la sélection dans les études. 2. Raisons anciennes de cette évolution - Cette évolution (celle relevée par Michel Tournier) n'est pas nouvelle. Elle plonge ses racines dans l'opposition ancienne entre le domaine de la science et celui des lettres. Chateaubriand, en 1802, dans le Génie du Christianismey opposait déjà l'apparente utilité des mathématiques qui n'aboutissent qu'à « rétrécir l'entendement le plus vaste », à la clarté des « lettres humaines et divines », à ses yeux autrement indispensables1. - Alain Finkielkraut voit pour sa part l'origine de la conception utilitariste de l'éducation dans l'idéologie bourgeoise du xixe siècle : méfiante à l'égard de toute forme d'oisiveté, elle « condamnait pour gaspillage et frivolité les préoccupations artistiques aussi bien que distractives ou vestimentaires. Envisageant le monde dans une perspective purement technique, [elle] n'admettait que les réalisations pratiques et les savoirs opérationnels. Et tout le reste - tout ce qui n'était pas fonctionnel, comptable, exploitable - était littérature ». 3.

« Introduction — L'utilité de l'enseignement, son rôle exact font l'objet depuis des siècles d'un débat d'idées qui trouve de nos jours un regain d'actualitéen opposant deux conceptions radicalement différentes :1.

Les uns assignent en effet à l'éducation une finalité précise.

Elle devrait préparer le plus rapidement possible à une insertion dans lavie sociale et surtout professionnelle et ne devrait donc être fondée que sur des matières elles-mêmes utiles à cette insertion.2.

D'autres jugent au contraire, à l'image de Michel Tournier, que toute véritable éducation comporte une part totalement inutile.— Cette dernière conception est fondée sur un paradoxe : elle critique, en réalité, un « utilitarisme » étroit qui limite l'éducation à uneingestion de données scientifiques sans véritable apprentissage de la pensée. Questions : 1.

Se dirige-t-on aujourd'hui vers une « défaite de la pensée » alors qu'on sacrifie tout à l'utile ?2.

Que peut nous apporter la culture apparemment inutile dont parle Michel Tournier ? I.

Vers une « défaite de la pensée » ? 1.Aujourd'hui, tout pour « l'utile »— On sacrifie tout aujourd'hui à l'utile : c'est-à-dire à une efficacité immédiate, à une « rentabilité » des efforts.

Tout travail doit êtredirectement productif pour la collectivité, qu'il s'agisse d'une production de biens matériels ou des productions de l'esprit.— L'utilité doit pouvoir être constatée, testée, mesurée.— Dans le domaine de l'éducation, il en va de même.

On se plaint que l'école soit aujourd'hui trop coupée des réalités, trop éloignée dela vie et particulièrement des évolutions économiques, trop lente à s'y adapter, pas assez utile.

On s'étonne que l'on puisse encoreenseigner des valeurs et des disciplines « inactuelles » ou « inessentielles » comme les langues anciennes et les disciplines artistiques.

Ons'inquiète du temps perdu à les fréquenter.

On privilégie « l'utile » en faisant des mathématiques le principe de la sélection dans lesétudes. 2.

Raisons anciennes de cette évolution— Cette évolution (celle relevée par Michel Tournier) n'est pas nouvelle.

Elle plonge ses racines dans l'opposition ancienne entre ledomaine de la science et celui des lettres.

Chateaubriand, en 1802, dans le Génie du Christianismey opposait déjà l'apparente utilité desmathématiques qui n'aboutissent qu'à « rétrécir l'entendement le plus vaste », à la clarté des « lettres humaines et divines », à ses yeuxautrement indispensables1.— Alain Finkielkraut voit pour sa part l'origine de la conception utilitariste de l'éducation dans l'idéologie bourgeoise du xixe siècle :méfiante à l'égard de toute forme d'oisiveté, elle « condamnait pour gaspillage et frivolité les préoccupations artistiques aussi bien quedistractives ou vestimentaires.

Envisageant le monde dans une perspective purement technique, [elle] n'admettait que les réalisationspratiques et les savoirs opérationnels.

Et tout le reste— tout ce qui n'était pas fonctionnel, comptable, exploitable — était littérature ». 3.

Raisons actuelles du phénomène— Le développement de la civilisation scientifique et technique n'a fait que développer l'idée d'une culture « utile ».— Les nécessités de la crise — la crainte de ne pas trouver d'emploi — radicalisent les positions.

Il devient indispensable de gagner dutemps, d'aller à l'essentiel.— Mais qu'est-ce que l'essentiel dans un monde où il faut sans cesse s'adapter à des situations nouvelles ? II.

Pour une culture de l'inutile ? 1.

Utilité immédiate et utilité seconde— On veut aujourd'hui assigner à l'éducation un rôle d'ouverture sur la vie mais le mot « vie » est singulièrement réduit lorsque n'estenvisagé que le caractère pratique des études, lorsque ne leur est fixée qu'une destination instrumentale liée à la conquête d'un premieremploi.— En réalité, on opère une confusion, en parlant de l'utilité des études, entre « utilité immédiate » et « utilité seconde » : se spécialiserprécocement dans une activité peut avoir un résultat immédiat mais l'école ne prépare pas qu'à cette étape momentanée etéventuellement précaire.— L'éducation peut avoir pour objectif de préparer au long terme et de permettre à un individu de faire face à des situations inédites quiexigeront de lui d'autres savoirs et d'autres savoir-faire que ceux dispensés par une instruction limitée à l'utile.

C'est en ce sens que l'onpeut parler d'une utilité seconde de la culture de l' « inutile ». 2.

Les dangers d'un univers sans culture— La culture, la véritable vie de l'esprit, ne peut se limiter à une pensée de l'utile qui est une pensée mécanique (à telle finalitéétroitement définie, elle fait correspondre mécaniquement tel savoir).— Cette pensée mécanique s'oppose à la pensée critique, en ce sens qu'elle est immédiate (adaptée à une nécessité immédiate) et n'adonc pas le recul nécessaire pour juger avec discernement.— Une vie sans culture est donc une vie sans liberté de jugement, sans individualité de la pensée (celle-ci est uniformisée par le critèred'utilité posé comme valeur unique).— Une éducation de l'utile (tournée vers un avenir proche) ne nous permet pas de nous inscrire dans la durée. 3.

L'utilité de l'« inutile »— Échapper à la pensée mécanique, au stéréotype, au préjugé, c'est accéder à une forme de liberté, celle de l'esprit qui est capable des'orienter par lui-même.— Pour atteindre ce but, nécessité de références philosophiques (pour apprendre à penser), historiques et géographiques (pour apprendreà se situer dans le temps et dans l'espace), esthétiques (pour apprécier les domaines de l'art qui est, après tout, une manière de voir etde dominer le monde).— Ce savoir, qui peut apparaître comme « un supplément d'âme », est la nourriture même de l'esprit.— C'est par l'acquisition de cette culture (passée et présente) que nous pourrons définir nos responsabilités.

C'est alors que son utilitéapparaîtra.— Dans un monde où nous sont communiquées en permanence une foule d'informations, nécessité d'une grille de lecture assez largepour intégrer cette somme et pouvoir la réutiliser. Conclusion — Vivre est autre chose que « travailler utile », « produire utile ».

L'existence nous engage dans un réseau complexe de relations(relations affectives, relations professionnelles, relations de pouvoir, etc.), de communications.

Or, entrer en communication suppose lamaîtrise d'un langage, d'une culture qui ne peut se limiter à celle des chiffres.— Ordonner par un savoir riche et varié le désordre du monde nous assure un pouvoir sur celui-ci : il y va donc de notre liberté de forgercette culture apparemment inutile et pourtant nécessaire à notre épanouissement.. »

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