Les effarés
Publié le 10/02/2026
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ETUDE LINEAIRE N°14 :« LES EFFARES »
1ER : MOUVEMENT : UNE SCENE DE MISERE
Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s’allume,
Leurs culs en rond,
A genoux, cinq petits – misère ! –
Regardent le boulanger faire
Le lourd pain blond...
2EME MOUVEMENT : UN SPECTACLE ENIVRANT
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l’enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge,
Chaud comme un sein.
3EME MOUVEMENT : UN ESPOIR DE BONHEUR
Et quand, pendant que minuit sonne,
Façonné, pétillant et jaune,
On sort le pain,
Quand sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons ;
Que ce trou chaud souffle la vie ;
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,
Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres petits pleins de givre !
– Qu’ils sont là, tous,
4EME MOUVEMENT : UN DUR RETOUR A LA REALITE
Collant leurs petits museaux roses
Au grillage, chantant des choses
Entre les trous,
Mais bien bas, – comme une prière...
Repliés vers cette lumière
Du ciel rouvert,
– Si fort qu’ils crèvent leur culotte,
– Et que leur lange blanc tremblotte
Au vent d’hiver...
Arthur Rimbaud 20 sept.
70.
INTRODUCTION
« Les effarés » fut publié pour la première fois en Angleterre sous le titre « Petits Pauvres » en janvier 1878
dans The Gentleman’s Magazine, probablement grâce à Verlaine ou à C.
Barrère qui participait à cette revue.
Dans ses publications suivantes (dans Lutèce puis dans Les Poètes maudits), le poème est organisé en 12
tercets composés d’octosyllabes et tétrasyllabes en rimes suivies.
« Effaré » est un mot très employé par
Rimbaud à cette époque (Ophélie, Accroupissements, Tête de faune, etc.) mais il s’agit d’un des maîtres
mots de Victor Hugo.C’est pourquoi, on peut penser que Rimbaud s’est également inspiré du poème
« Melancholia » mais aussi, Selon E.
Noulet, du poème de Victor Hugo « Les Pauvres Gens » (La Légende
des siècles) avec le choix des « cinq petits » peut rappeler les « cinq petits enfants ».
Comment Rimbaud transforme une scène de vie en un véritable tableau poétique sur la misère ?
1ER MOUVEMENT : UNE SCENE DE MISERE
A travers un effet de contraste entre « noirs » et la neige blanche se met en place un
tableau
L’évocation de la brume vient brouiller la scène mais la rime brume / s’allume éclaire
grâce au terme « soupirail » qui crée un fort halo de lumière et qui nous oblige à nous
pencher vers la scène observée par les enfants
Par ailleurs, les occurrences de « dans » nous plongent dans ce tableau
Les 2 premiers tercets sont un long enjambement où le sujet n’apparait qu’au 4 ème vers :
« cinq petits » mais déjà évoqués par la paraphrase « leurs culs en rond ».
Elle peut faire
penser à des animaux (chatons) de même que leur nombre à une portée qui veulent
allaiter ce qui évoque directement la faim.
De même l’adjectif « lourd » peut faire penser
aux mamelles qui regorgent de lait.
De cette manière, les enfants sont directement associés à des nourrissons inspirant
l’empathie ce qui est renforcé par l’emploi de l’interjection « misère » !
Cependant leur faim n’est pas rassasiée puisqu’ils ne peuvent que regarder
Le soupirail les attirent et on sait enfin ce qu’ils font au vers 5 comme l’indique le verbe
« regardent » mais ce qui va enfin mettre fin au suspense c’est la Prop infinitive « le
boulanger faire » ; on notera que le sujet est séparé du verbe par une interjection et un
enjambement.
Cette proposition a une valeur de vérité générale et introduit une scène
de vie banale
Toutefois, il n’est pas sans valeur symbolique par l’adjectif « blond » (tête blonde) mais
encore plus important la référence chez les chrétiens du partage du pain (comme étant
le corps du Christ)
Par ailleurs, la personnification du soupirail donne vie et apporte une dimension
fantastique comme si les enfants regardaient quelque chose d’extraordinaire.
Dans soupirail on entend soupirer (comme un bouche qui les aspires) cf.
conte de fées.
Ainsi, par l’hypotypose, Rimbaud propose une scène qu’il semble avoir, lui-même, observer.
En prenant la scène du boulanger faisant son pain, il rentre directement dans la symbolique
de la faim par les différentes connotations qu’on peut lui associer où une grande partir des
sens sont sollicités (« blond » : croute, cuisson, couleur, doré / lourd : touché/ pain : forme
visuelle et le goût) pour ces petits êtres qui sont dans une attente insoutenable.
DEUXIÈME MOUVEMENT : UNE PROMESSE DE BONHEUR
Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise, et qui l’enfourne
Dans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire.
Le boulanger au gras sourire
Chante un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bouge
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.
Dans ces deux tercets se concentrent uniquement sur le sujet principal : les enfants par
l’emploi du pronom « ils »
Les enfants sont dans une forme de bien-être comme le montrent les différents verbes
d’état : « ils voient, ils écoutent, ils sont blottis »
Les couleurs évoluent : on passe du « blanc » au « gris » à des couleurs « clair » ou
« rouges » qui évoquent la vie
L’ouïe est sollicitée avec le grésillement du pain mêlé au « vieil air »
Ces tercets sont rythmés par une musicalité avec un rythme ternaire et avec les
assonances en [ou] « enfourne, trou, boulanger, sourire, bouge, souffle, rouge » qui
peuvent s’apparenter à une chanson.
Tout contribue à une scène chaleureuse : les lumières, les sons, la chaleur du soupirail
« rouge »
Mais sous cette apparence de bien-être se cache une attente comme le montre le
parallélisme de construction « qui tourne » / « qui l’enfourne » renforcé par l’inertie des
enfants (forme négative : « pas un ne bouge »).
Ces mêmes verbes participent à l’attente
car ils vont permettre la création du pain.
L’ironie se fait alors encore plus mordante qu’ils sont fascinés par ce spectacle qui ne
peut qu’aiguiser leur faim par «....
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