fiche analyse linéaire ma boheme raimbaud
Publié le 17/05/2026
Extrait du document
«
« Ma bohème » de Rimbaud
Prosodie
Ce poème est un poème à forme fixe traditionnel appelé sonnet.
Il est donc composé de
deux quatrains et de deux tercets ou d’un sizain ou sixain.
Le mètre choisi est l’alexandrin.
Les rimes sont embrassées dans les quatrains, suivies puis embrassées dans le sixain.
Rien de
très révolutionnaire dans ces choix, si ce n’est que le sonnet était quelque délaissé depuis le
XVIIIe s.
et était redevenu populaire avec les parnassiens.
Les symbolistes comme Baudelaire
l’affectionnent.
Le rythme est le suivant : v.1 : 4/2/3/3 ; v.2 : 4/2/3/3 ; v.3 : 2/3/1/3/3; v.4 : 3/3//2/4 .
v.5 :
3/3/4/2; v.6 : 6/3/3 ; v.7 : 2/4/2/4 (hémistiches symétriques) ; v.8 :3/3/2/4 ; v.9 : 6/2/4 ; v.10 :
3/3/4/2 ; v.11 : 3/3/3/3 (tétramètre parfaitement régulier, dans le goût classique); v.12 : 1/5/2/4 ;
v.13 : 4/4/4 (trimètre régulier inventé par Victor Hugo) ; v.14 : 6/2/4.
Ces rythmes ne sont pas
tous dans le goût de celui utilisé pour l’alexandrin à l’époque classique (2/2//2/2) mais sont
beaucoup plus variés, à la manière de Hugo.
Rimbaud innove en multipliant les enjambements (vers 11, 14) et enjambementsrejets (vers 7).
Ils sont cependant moins nombreux que dans « Le dormeur du val ».
Mouvement du texte :
A la différence du « Dormeur du val », qui mène habilement vers la chute ou pointe, ce
sonnet ne cherche pas à créer une énigme.
C’est une sorte d’autoportrait du poète adolescent
qui vient de faire une fugue.
En effet, le 7 octobre 1870, il a quitté le foyer maternel de
Charleville pour gagner à pied -sa première fugue avait eu lieu en train vers Paris- la ville de
Charleroi, en Belgique, où il espère trouver une situation de journaliste.
Nous pouvons adopter la division temporelle de la journée et de la nuit, qui d’ailleurs
divise le poème en deux morceaux quasi égaux (à trois syllabes près).
Cette division temporelle
n’est pas en revanche une rupture dans l’ivresse de poésie du jeune poète, qui semble se détacher
de toute contingence matérielle (vêtements, sommeil, logis, nourriture).
I) Vers 1 à 7 : la journée de marche
II) Vers 9 à 14 : la pause nocturne à la belle étoile
Problématiques possibles :
1.
En quoi ce poème chante-t-il la joie de l’émancipation créatrice ?
2.
En quoi ce sonnet est l’autoportrait provocant d’un poète adolescent et rebelle ?
Etc.
Commentaire linéaire
Titre
Le titre est une métaphore très révélatrice de l’état d’esprit du jeune poète fugueur.
La
Bohème (nom propre, avec majuscule) est la région de Prague.
Dans la première moitié du XVe
siècle, on a cru originaire de cette région les peuples itinérants venant de l’est, appelés aussi
Egyptiens, Gitans, etc.
On les a donc appelés « bohémiens ».
Par analogie péjorative, un
« bohème » est un aventurier quelque peu dangereux et inquiétant.
Puis, toujours par analogie,
« un bohème » a désigné, dès le XVIIe siècle, un « artiste, écrivain vivant au jour le jour,
résolument affranchi des règles et usages établis ; personne qui vit hors des cadres sociaux ».
Au féminin, la bohème (nom commun, sans majuscule) désigne un « ensemble des personnes,
1
artistes, des intellectuels qui mènent une vie sans règles, hors des cadres sociaux » ou encore,
par métonymie, « une vie de vagabondage » (CNRTL).
On pourrait croire que Rimbaud, en
usant de ce dernier sens, a oublié la référence aux bohémiens mais il n’en est rien car ce thème
est cher aux poètes de cette époque, comme Verlaine (voir plus bas), qui voient dans ce peuple
méprisé et mis à part une belle image d’eux-mêmes, les « poètes maudits », selon l’expression
du même poète.
Verlaine fait donc de cette analogie et de ce thème son bien propre, fier de sa petite
expérience, comme le montre le déterminant possessif « ma ».
I.
Vers 1 à 7 : la journée de marche
Elle se décompose en deux temps : le départ à l’aube puis la journée de marche
a) Vers 1 et 2 : le départ à l’aube
L’utilisation du pronom personnel « je » en tête de poème confirme ce que disait déjà
le titre : le poète se raconte.
Il ne parle que de lui.
L’utilisation de l’indicatif imparfait
d’habitude veut montrer qu’il s’agit d’une des journées parmi d’autres de son errance.
On
aurait pu imaginer un passé simple mais Rimbaud, qui n’en est qu’à sa première fugue
pédestre, tient sans doute à se présenter déjà en vieux routard qui a de l’expérience et a gagné
son indépendance.
D’ailleurs, la description de ses vêtements usés (« poches crevées »,
« paletot […] idéal », « mon unique culotte avait un large trou » et, à la fin du poème, les
souliers blessés ») veut suggérer une longue errance devenue un mode de vie assumé.
Les vers 1 et 2 évoquent le départ, à l’aube (« je m’en allais »).
Lui, le fils d’une famille
de petite bourgeoisie, élevé dans un collège, prend une attitude populaire, crâne et provocatrice,
qui rompt avec sa bonne éducation tant en famille qu’à l’école : il va « les poings dans [s]es
poches crevées ».
Les sonorités choisies pas Rimbaud sont alors volontiers désagréables.
Notons l’accumulation d’occlusives et la répétition comique « -tot au- » : « les poings dans
mes poches crevées // Mon paletot aussi devenait idéal ».
L’adjectif « idéal » s’oppose ici, au
sens propre, à « matériel ».
Il est ici appliqué à son paletot : il veut dire que son vêtement part
tellement en lambeaux qu’il n’y aura bientôt plus que le souvenir du paletot.
Mais, au sens
figuré, cet emploi de l’adjectif « idéal », qui évoque ce qui a de plus haut comme la philosophie
ou la poésie, peut être perçu comme ironique et provocateur.
Cependant, il faut voir dans cette
provocation même l’affirmation justement d’un idéal de liberté physique et intellectuel qu’il
développera dans la suite du poème.
Il ne cherche absolument pas à susciter la pitié par la
présentation de son dénuement : d’ailleurs nous sommes en septembre.
b) Vers 3 à 7 : la journée de marche
Le début du vers 3 reprend comme un refrain le début du vers 1 tout en le modifiant :
ce n’est plus le départ mais la longue journée de marche.
Il faut remarquer que le verbe n’a pas
de complément de lieu qui donne une direction : ainsi, son errance semble n’avoir pour but
qu’elle-même.
Ce qui semble l’intéresser, ce n’est pas d’atteindre un lieu mais ce mode vie,
dans l’ivresse de la liberté.
En revanche, Rimbaud donne bien un complément de lieu (« sous
le ciel ») mais ce lieu est une anti-localisation car tout lieu à l’air libre est sous le ciel ! Ce qui
l’intéresse, c’est justement d’être en plein air et non enfermé dans une maison ou une classe.
Le ciel a aussi ici un sens figuré, comme nous le suggère l’apostrophe à la muse, divinité
antique qui protégeait et inspirait les poètes et qui habitait avec ses huit sœurs sur le Mont
Parnasse.
L’air libre est donc favorable à l’inspiration poétique et à la liberté de création.
Malgré
les apparences contraires -mais l’adjectif « idéal » nous y préparait avec humour- le jeune
vagabond se revendique poète inspiré et le vers 3 l’affirme avec force grâce au rythme (le
rythme se ralentit au maximum sur « Muse », afin de la mettre en valeur), et le nom archaïsant
« féal » renvoie à la poésie médiévale, époque où les plus nobles étaient poètes et courtisaient
leur dame en vers.
La Muse est sa suzeraine comme une dame de haut parage.
Rimbaud ose
2
donc, malgré son allure pitoyable, se comparer à un chevalier courtois qui n’hésitait pas à se
faire chevalier errant au nom de l’amour.
Pensons par exemple à Lancelot.
La deuxième partie
du vers 4 poursuit dans cette tonalité lyrico-épique : le pluriel poétique élargit le désir et
l’adjectif « splendides » réhausse encore ses rêves.
Seulement, l’impertinent Rimbaud semble
se moquer de lui-même au cœur même de son exaltation et l’interjection familière et presque
enfantine « oh ! là ! là ! » semble vouloir la contrecarrer.
Cette interjection exprime en général
une plainte mais ici elle prend un tour ironique, comme s’il se plaignait de ses beaux rêves
fous.
D’ailleurs l’usage de l’exclamative est ambiguë et peut montrer aussi bien son idéalisme
que son ironie.
Le passé composé semblerait d’ailleurs montrer qu’il en est revenu.
L’interjection enfantine « oh ! là ! là » peut révéler une certaine forme d’auto-dérision
du jeune poète qui a bien conscience qu’il vient d’utiliser des grands mots, alors qu’il en est à
ses première compositions poétiques.
Les vers suivants confirment le côté enfantin : à la fin du
XIXe siècle, seuls les jeunes garçons portent encore des culottes, les hommes portent eux des
pantalons.
La comparaison avec un garçonnet de conte pour enfants, le « Petit-Poucet....
»
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