Databac

26 -- Je l'ai.

Publié le 08/12/2021

Extrait du document

Ci-dessous un extrait traitant le sujet : 26 -- Je l'ai.. Ce document contient 1723 mots. Pour le télécharger en entier, envoyez-nous un de vos documents grâce à notre système d’échange gratuit de ressources numériques ou achetez-le pour la modique somme d’un euro symbolique. Cette aide totalement rédigée en format pdf sera utile aux lycéens ou étudiants ayant un devoir à réaliser ou une leçon à approfondir en : Dictionnaire
26
-- Je l'ai. Suspect appréhendé. Je répète, suspect appréhendé.
Todd Fugate, shérif adjoint du poste de San Marcos et membre de sa brigade des gangs et des
stupéfiants, était tout heureux d'annoncer la nouvelle par radio. L'appel avait été lancé par le bureau de San
Diego et c'était une requête prioritaire du FBI, ce qui n'arrivait pas tous les jours à San Marcos. Fugate quittait
le centre commercial de Grand Plaza quand il l'avait reçu et il s'était tout de suite mis en route. L'endroit visé,
un ensemble d'entrepôts délabrés nichés derrière La Mirada, et connu sous le nom de « la Grotte », se trouvait
à moins de huit kilomètres du boulevard bordé d'arbres. Sachant qu'il serait le premier sur les lieux, il mit la
gomme.
Une fois arrivé, il n'attendit pas de renforts pour se montrer. L'appel précisait que le suspect était blessé à
l'épaule et se déplaçait probablement seul. Aucune mention d'une arme. Fugate n'en avait pas besoin de plus
pour se décider, et la suite lui donna raison. Le suspect n'avait effectivement pas d'arme, il était affaibli et
semblait sur le point de tourner de l'oeil. Il se rendit sans faire d'histoires. A voir sa tête, il était même
probablement soulagé que ce soit fini. Fugate résolut de le conduire lui-même à l'hôpital - ce serait plus rapide
qu'attendre que l'ambulance fasse tout le trajet - et ce saligaud se retrouverait bientôt dans un lit d'hosto
douillet, avec des infirmières flirteuses aux petits soins pour le mauvais garçon qu'il était, ce qui valait mieux
que perdre son sang tout seul dans un entrepôt miteux.
Fugate était toujours aussi content de lui tandis qu'il faisait monter le suspect à l'arrière de sa Crown Vic. Il
ne prit pas la peine d'attacher ses menottes à l'anneau d'acier fixé au plancher. Le type était déjà quasiment
KO. Oui, le shérif adjoint était content de lui. Les services du shérif du comté de San Diego assuraient « le
maintien de l'ordre depuis 1850 », comme le proclamait le slogan sur le flanc de sa voiture pie, et en ce moment
même, par cette belle soirée d'été, Fugate se sentait fier d'apporter une notable contribution à cette noble
tradition.
Qu'il en profite. Il serait mort dans une minute.
Il quittait l'entrepôt quand un gros SUV apparut à la grille d'entrée et fonça droit sur lui. Fugate donna un
coup de volant pour éviter la collision, mais le pare-chocs avant du 4 × 4 accrocha l'arrière de la Crown Vic, la fit
tourner comme un jouet et la projeta, capot en avant, dans un fossé bordant l'entrée de l'entrepôt. Eberlué, le
shérif adjoint vit le SUV faire rapidement demi-tour et revenir lui barrer le chemin. Avant même que ses roues
se soient immobilisées, ses portières s'ouvrirent et deux hommes en descendirent.
Fugate passa en marche arrière, appuya sur l'accélérateur, mais ses pneus tournèrent vainement en
crissant sans que sa voiture avance d'un centimètre. Renonçant à la sortir du fossé, il dégaina son arme. Trop
tard : les deux hommes avaient été plus rapides. La première balle lui fit atrocement mal quand elle lui
transperça le poumon, mais la douleur ne dura qu'une seconde : la deuxième balle l'effaça en pénétrant dans
son cerveau et en éteignant toutes les lumières d'un coup.
Il n'y avait donc personne pour voir les deux types sortir le blessé de la voiture et le porter à l'arrière de leur
SUV, ni pour les voir s'éloigner, le plus tranquillement du monde.

27
Nous étions de retour à la case départ.
La Mouche - pardon, Scrape, ou Torres, ou Tête de Noeud, comme vous voudrez - avait disparu. La
Torche - en réalité Billy Noyes, dit Booster - était en réanimation à Scripps Mercy avec un gros tube dans le
osier. Le reste des frères motards gisait en hibernation définitive sur des plateaux d'aluminium de la morgue.
Nous avions aussi un shérif adjoint mort qui n'avait sûrement pas imaginé au réveil que cette journée serait
a dernière.
Et surtout, nous avions un tas de questions sans réponses.
Questions qui me harcelèrent tandis que la nuit tombait et que je regagnais finalement l'hôtel, prêt à
alancer le souvenir de cette journée de merde dans la partie incinérateur de mon esprit et à passer au plus vite
u lendemain.
J'étais épuisé, de mauvais poil, et retrouver Tess me réconforta. Elle avait réussi à endormir Alex, ce qui
tait bon signe, même si je savais que ça ne durerait pas toute la nuit. J'allai le voir, pelotonné sous ses draps
'enfant, entouré de ses peluches et jouets en plastique, et il me parut plus paisible que la veille.
Tess faisait cet effet à tout le monde.
Je renvoyai Julia chez elle pour lui permettre de renouer avec sa vie privée après avoir été réquisitionnée
tout le week-end. Je commandai un sandwich mixte au room service, soulageai le minibar de deux bières, en
tendis une à Tess et m'assis avec elle sur le canapé.
Je lui livrai la version courte de ma journée en dévorant le sandwich, l'informai de ce que nous avions
découvert au club-house en omettant les détails les plus sanglants. Lui raconter ma journée m'aidait toujours
parce que cela me donnait l'occasion d'opérer un retour en arrière et de considérer la situation avec un recul
souvent bienvenu. Cela mettait aussi en relief les questions essentielles.
Du genre : pourquoi me suivait-on ? Pourquoi avait-on enlevé Scrape au lieu de l'abattre sur-le-champ ? Et
celle qui les surpassait toutes, naturellement : qui a tué les motards ? Quelqu'un qui les avait embauchés pour
s'occuper de Michelle ou des prisonniers du sous-sol ? Ou les deux choses n'avaient-elles aucun rapport ? La
succession des événements et mon instinct me faisaient pencher pour la première hypothèse, que je retins
comme base de réflexion. Du coup, au-delà du « qui ? » se posait la question du « pourquoi ? ». Les motards,
trop cupides, s'étaient-ils bagarrés pour l'argent ? Etaient-ils devenus un risque pour celui qui les employait et
pourquoi ? Avaient-ils salopé le boulot - auquel cas, tuer Michelle aurait été une erreur ? Mais peut-être
ignoraient-ils sa mort. Je me demandai ensuite si leur employeur n'avait pas estimé qu'ils ne lui servaient plus à
rien : puisqu'ils me filaient hier encore, ils n'avaient manifestement pas réussi à trouver ce qu'on leur avait
demandé de chercher. Et leur employeur avait peut-être décidé de prendre lui-même les choses en main. Ce
qui, étant donné le sort d'Eli Walker, n'avait rien de rassurant.
Quand, à son tour, Tess me raconta sa journée, je laissai mon esprit réduire l'allure et passer au ralenti
tandis que j'écoutais sa voix et que je regardais son visage s'animer. Puis ses traits se plissèrent pour prendre
cette expression inquisitrice avec laquelle j'avais une véritable relation amour-haine : amour parce que le fait
qu'elle soit tenacement curieuse faisait partie du charme de Tess ; haine parce que, généralement, cela
annonçait des ennuis. Elle se leva du canapé, passa dans la chambre et revint avec un dessin qu'elle avait
trouvé sur le bureau de Michelle, parmi ses papiers, et qu'elle me montra.
-- C'est Alex qui l'a fait ? demandai-je.
-- Sûrement. Il ressemble à ceux qui sont disséminés dans la maison.
Je l'examinai. D'accord, c'était pas mal mais en ce qui me concernait, ça s'arrêtait là. Puis une Tess de plus
en plus animée repartit à l'assaut : -- Qu'est-ce que tu vois ?
Je pataugeai un moment avant de répondre :
-- Deux formes vaguement humaines. Ou des extraterrestres, peut-être ?
Elle me lança son regard accablant.
-- Des personnes, idiot. Deux personnes. Et je crois que là, c'est Alex, dit-elle en tendant le doigt vers celle
de droite. Le jouet, dans sa main. C'est Ben, sa figurine préférée. Il m'a demandé de la lui rapporter de la
maison.
Je ne voyais toujours pas de quoi il s'agissait.
-- Tu lui as posé la question ?
-- Non.
-- Pourquoi ?
Elle plissa le nez. Là encore, cela faisait partie de son charme.
-- Ce n'est pas un dessin très gai.
-- « Pas un dessin très gai »... répétai-je. Pourquoi ? Parce que ça manque d'arc-en-ciel et de papillons ?
J'adore l'asticoter.
-- Regarde son visage, m'enjoignit-elle. La bouche bée, les yeux écarquillés. Moi, j'ai l'impression qu'il a
peur. Et le type, en face de lui. Vêtements sombres. Un objet à la main.
-- Voldemort ? Houps. Non, j'ai rien dit.
Le même regard, dix crans au-dessus.

-- Je suis sérieuse. C'est peut-être un pistolet qu'il tient.
Je regardai de nouveau. Ça pouvait être un pistolet, de fait. En même temps, ça pouvait être à peu près
tout ce qu'on voulait étant donné que le personnage était aussi éloigné d'un véritable être humain qu'un Picasso
d'un Norman Rockwell.
-- Les gosses jouent aux soldats, aux cow-boys, aux chasseurs d'extraterrestres, ils font ça tout le temps,
arguai-je. Alors, même si c'est Alex... C'est peut-être lui avec un personnage de dessin animé, ou un de ses
copains. Ça peut être n'importe quoi.
-- Alors pourquoi ce dessin était sur le bureau de Michelle, parmi ses papiers, et pas sur les murs de la
cuisine ou de la chambre d'Alex, comme les autres ?
Je n'avais pas de réponse à ça - ou plutôt, j'en avais trop. De plus, mon cerveau était assez pris comme ça
par la vie réelle. Les envolées fantasques de l'imagination d'Alex, aussi charmantes soient-elles, devraient
attendre.
-- Aucune idée, répondis-je simplement.
Je pris le dessin de la main de Tess et le posai sur la table basse. Puis je me retournai et acculai Tess
ontre le dossier du canapé, l'embrassai avidement. Me souvenant tout à coup de l'endroit où nous étions, je
m'écartai d'elle, me levai et lui tendis la main.
-- Si nous passions dans mon bureau pour en discuter ?
 
En suivant Reilly dans la chambre, Tess ne pouvait s'empêcher de continuer à penser au dessin.
Reilly avait peut-être raison, elle imaginait des choses.
Le problème, c'était que l'agaçant petit démon de la curiosité tapi dans les recoins obscurs de son esprit
'agitait et réclamait à grands cris son attention.
Le démon bondissait encore en elle quand, après qu'elle eut fermé la porte derrière elle, Reilly se retourna
t la plaqua contre lui. Le démon cessa totalement de l'importuner pendant l'heure qui suivit mais après, alors
qu'elle s'endormait dans les bras de Reilly, il surgit de nouveau au premier plan de ses pensées, déchaîné et
réclamant une audience.

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓