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Ostpolitik

Nom donné à la politique d'ouverture vers l'Est initiée par la RFA et son chancelier, Willy Brandt, à partir de 1969. Elle aboutit à une série de traités : un traité germano-russe, signé en 1970, reconnaît l'inviolabilité des frontières européennes ; un deuxième traité, signé entre la RFA et la Pologne en 1970, réaffirme l'inviolabilité de la frontière Oder-Neisse; enfin un troisième traité, signé entre les deux Allemagnes en 1972, est nommé «traité fondamental» .   Depuis leur création en 1949, la RFA (République fédérale d’Allemagne) et la RDA (République démocratique allemande) n’entretenaient pas de relations officielles. La RFA considérait la RDA comme une simple « zone soviétique » et entérina cette politique en 1955 avec la « doctrine Hallstein » (du nom d’un diplomate ouest-allemand), par laquelle elle refusait d’entretenir des relations diplomatiques avec tout gouvernement qui en avait déjà avec l’autre Allemagne, exception faite de l’URSS. Au milieu des années 1960, dans un contexte de détente internationale, le gouvernement ouest-allemand craint d’être écarté des grandes négociations et doublé par ses partenaires occidentaux qui instaurent de nouvelles relations avec l’URSS et l’Europe de l’Est dans le but de fissurer le pacte de Varsovie. Pour augmenter ses marges de manœuvre et jouer un rôle d’intermédiaire dans la politique de Détente, la RFA tente alors une approche prudente des États soumis à Moscou, RDA exceptée, et ouvre des missions commerciales dans les capitales est-européennes. Mais cette première version de l’Ostpolitik (politique à l’Est) fait long feu, les gouvernements est-européens, et notamment celui de Walter Ulbricht, en RDA, craignant pour la cohésion du bloc socialiste. L’intervention des troupes du Pacte pour réprimer le mouvement de réforme tchécoslovaque du printemps de Prague, le 21 août 1968, met un terme provisoire à cette politique. Le second épisode commence en 1969 : cette fois, le jeu passe par Moscou. L’essence même de la seconde Ostpolitik conçue par le chancelier Willy Brandt et par Egon Bahr, son éminence grise, reconnaît les frontières en Europe et la suprématie soviétique à l’Est. Elle abandonne la politique de Guerre froide pour rassurer les États est-européens et les inciter à libéraliser leur régime : c’est le sens de la fameuse formule d’E. Bahr, « Wandel durch Annäherung » (« le changement par le rapprochement »). En août 1970, la RFA conclut avec l’URSS le premier traité de l’Ostpolitik, suivi par le traité germano-polonais en décembre 1970, le traité germano-tchécoslovaque en 1973, etc. Constatant l’impossibilité d’une réunification allemande dans un futur proche, W. Brandt et E. Bahr comprennent que pour réunir les familles séparées et maintenir un sentiment national, il faut reconnaître, au moins partiellement, l’autre Allemagne. Par le Traité fondamental de 1972, la RFA reconnaît la RDA en tant qu’État, tout en ne le considérant pas comme étranger (principe : « Deux États, une nation »). Elle renonce à représenter toute l’Allemagne sur la scène internationale, mais refuse l’idée d’une nationalité est-allemande, maintenant sa garantie de protection à tous les Allemands, y compris ceux vivant en RDA. En RDA, Erich Honecker réagit en éliminant de la Constitution toute référence à la nation allemande, mais voit aussi dans ce traité le moyen de gagner à la RDA la reconnaissance de la communauté internationale et des avantages économiques tangibles. L'Ostpolitik, ainsi conçue de façon dialectique, fut en réalité plus complexe et plus ambiguë. Elle devint de plus en plus dépendante de la Deutschlandpolitik (politique interallemande). Le 13 décembre 1981, Helmut Schmidt n’interrompit pas sa visite en RDA lorsqu’un régime d’exception fut instauré en Pologne. L'Ostpolitik favorisa la multiplication des liens de toutes sortes entre la RFA et les sociétés est-européennes. Elle contribua, en ouvrant la porte aux influences occidentales, à la chute des régimes communistes est-européens.

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