ORTEGA Y GASSET José
ORTEGA Y GASSET José. Philosophe espagnol. Né le 8 mai 1883 à Madrid, ou il mourut le 10 octobre 1955. Issu d’une famille d’écrivains et d’hommes politiques, il étudia d’abord au collège des jésuites de Miraflores del Palo, puis à l’Université de Madrid. Après avoir soutenu une thèse de philosophie sur Les Terreurs de l’An Mil : critique d’une légende, il paracheva sa formation pendant plusieurs années en Allemagne (à Leipzig, à Berlin, et surtout à Marbourg où il s’initia au néo-kantisme sous la direction d’Hermann Cohen), puis, de 1910 à 1936, professa la métaphysique à l’Université de Madrid. De 1936 à 1942, Ortega y Gasset résida successivement en France, en Hollande, en Argentine et au Portugal et, les dix années suivantes, partagea sa vie entre Madrid et Lisbonne, non sans effectuer de longs séjours en Allemagne et un voyage aux Etats-Unis. Il fonda en 1923 la Revue de l’Occident [Revista de Occidente], ainsi que la maison d’édition du même nom et, en 1948, l’institut d’humanisme de Madrid. Comme publiciste (beaucoup de ses écrits parurent d’abord dans des journaux ou revues), comme professeur, comme conférencier, son rayonnement intellectuel était considérable. Le système métaphysique auquel il a donné naissance est à l’origine d’un renouveau de la philosophie espagnole, dont les divers aspects portent sa marque personnelle. Dans ses écrits, comme dans ses cours, il se révéla un maître du style. Rhétoricien d’une valeur exceptionnelle, il sut faire de la métaphore un instrument de connaissance philosophique. Son influence en tant qu’éducateur a été décisive pour l’adaptation de l’Espagne aux exigences de notre époque. Il est arrivé occasionnellement à Ortega y Gasset d’intervenir dans la politique de son pays, et il siégea aux Cortès de 1931 à 1933. Son premier livre, Méditations de Don Quichotte (1914), contenait déjà en germe les principales idées qui formèrent sa philosophie, notamment le principe : Je suis moi et l’expression de mon milieu, l’idée de la vérité en tant que découverte, une théorie du concept, le postulat de la raison vitale, le « prospectivisme ». Ces thèmes sont développés, ainsi que beaucoup d’autres, dans les huit volumes du Spectateur [El espectador, 1916-1934], formant un vaste panorama intellectuel; ce n’est pas sans raison qu’Ernst-Robert Curtius appelait Ortega l’« un des douze pairs de l’esprit européen ». Parmi ses œuvres, citons Le Thème de notre temps [El tema de nuestro tiempo, 1923], le premier exposé définitif de sa philosophie; L’Espagne invertébrée (1921), et ses ouvrages les plus chargés de philosophie : A propos de Galilée [Entorno a Galilea], L’Histoire comme système [La Historia como sistema], Idées et croyances [Ideas y creencias], Deux Prologues [Dos Prologos], Notes sur la faculté de penser [A puntes sobre el pensamiento] et L’Homme et la nation [El Hombre y la gente], sa grande étude de sociologie, dont on a annoncé la publication. Mais son livre le plus célèbre est La Révolte des masses (1930). La métaphysique d’Ortega, qui est le noyau de toute son œuvre, considère la vie humaine comme une « réalité radicale » dont procèdent toutes les autres et démontre que la vie n’est pas possible, sinon à travers la raison. L’interprétation de l’histoire, la théorie des générations, la réforme des méthodes intellectuelles, tout, dans sa pensée, découle de cette position philosophique. Une telle pensée suscita des réactions passionnées en Espagne et à l’étranger. Quant à l’Allemagne, l’œuvre d’Ortega y est aussi connue que dans les pays de langue espagnole. Six volumes seulement de ses Œuvres complètes [Obras complétas] ont été édités jusqu'à présent. ♦ «C'est le seul homme qui, avec une égale autorité .et une égale pénétration, soit capable de parler de Kant aussi bien que de Proust, de Debussy aussi bien que de Scheler. » E. R. Curtius. ♦ « Subtil et incomparable artiste, écrivain plein de bonheur et de ressources, Ortega ne craint point la frivolité; il la recherche même; il aime à se placer à un point de vue actuel, sachant qu 'il n 'est qu'actuel, mais pleinement actuel; il s’ingénie à situer le problème dans cette position lumineuse, éclatante, méridienne, que Nietzsche fixait si cruellement. » Jean Cassou.
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