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OMAR KHAYYAM

OMAR KHAYYAM. Savant et poète persan. Né à Nichapour (Khorassan) vers 1050 (l’année est impossible à préciser), mort en 1123. Si en Occident on ne connaît que le poète, en revanche l’Orient, pendant tout le Moyen Age, ne connut presque que l’astronome, te mathématicien et le philosophe; ce ne fut qu’à partir du milieu du siècle dernier, depuis que le remaniement des Rubaiyyàt par les soins de Fitzgerald mit son nom à la mode en Europe et en Amérique, que l’Orient persan et arabe se prit à célébrer et à étudier Omar Khayyam comme un grand poète. Rares sont les événements de son existence qui soient attestés historiquement. Le nom complet qu’il se donne lui-même dans son Algèbre est Omar ibn Ibrahim al-Khayyami, d’où fut tirée la forme qu'il emploie lui-même dans ses quatrains comme forme poétique, Khayyam (en arabe littéraire : fabricant de tentes). L’indication de relations de jeunesse avec le futur ministre seldjoukide Nizam al Mouk et le futur chef des Assassins, Hassan ibn as-Sabbah, soulève de sérieuses difficultés chronologiques. Il est certain qu’en 1074 cet homme de science, encore jeune, fut envoyé, ainsi que deux autres savants, auprès du sultan Malik Shah, pour préparer une réforme du calendrier persan, qui aboutit à la fixation d’une nouvelle ère, l’ère djelaléenne, du surnom de ce sultan (Djelal ed din). En 1112, le compilateur Nizami Arudi Samarqandi rappelle qu’il a rencontré le maître à Balkh et qu’il la entendu prophétiser au sujet de sa tombe; qu’à Nichapour où se trouve la sépulture d’Omar, il a été à même de constater la véracité de sa prédiction, la tombe étant effectivement recouverte par des pétales tombés d’un poirier et d’un pêcher. Un fragment de texte, récemment découvert, de az-Zamak-shari (homme de lettres et théologien khuwarizmi, mort en 1143) témoigne de ses relations avec Omar Khayyam, de la doctrine et aussi de la modestie du savant poète persan (d’autres auteurs l’avaient au contraire dépeint comme revêche et arrogant) et de la connaissance qu’il avait de celui qu’on peut, à certains égards, considérer comme son précurseur arabe, Abü-'l-Alâ al-Ma’arri. Ces données épuisent presque complètement les sources peu abondantes de témoignages biographiques anciens concernant le plus illustre poète de Perse. La reconstitution de sa pensée, de sa personnalité artistique et psychologique, dépend de l’interprétation du Divan, et celle-ci dépend à son tour de son authenticité. Il semble qu’il faille écarter l’exégèse mystique et affirmer l’exégèse sceptique et hédoniste, qui avait été comprise et développée par Fitzgerald. De précieuses et toutes récentes découvertes de manuscrits ont permis d’identifier un « corpus » de quatrains khayyamiens constitué relativement peu de temps après sa mort, et, par conséquent, presque sûrement authentique. La personnalité du poète qui en découle est sans équivoque, orientée vers une aimable jouissance des joies éphémères de l’existence et un profond et amer scepticisme quant aux possibilités offertes à l'homme d’atteindre aux vérités suprêmes. C’est là un état d’âme qui continue toute une tradition de poésie sceptique orientale, tradition qui remonte jusqu’à Avicenne (et l’on sait qu’Omar étudia passionnément Avicenne), mais qui est traduit avec une puissance épigrammatique exceptionnelle, et non sans une veine d'intellectualisme assez prononcée. Le rapport entre Omar poète et Omar homme de sciences, qui, d’abord, semblait totalement faire défaut, s’est révélé à la suite de récents travaux, dans de fréquentes allusions à des données scientifiques qui figurent dans les quatrains, dans l’emploi de termes techniques, philosophiques, théologiques et naturalistes, révélant d’assez solides connaissances spécialisées, mises au service d’une vision poétique de l’existence douce et douloureuse, et de l’outre-tombe inconnu. Ainsi émerge, sous des traits mal définis, une personnalité extrêmement curieuse, « prunelle solitaire » comme l’a définie Pascoli, non tant par cette note sceptico-épicurienne (qui, nous l’avons déjà indiqué, était traditionnelle dans une branche de la poésie en quatrains pré-omarienne) mais par le mélange d’une profonde inspiration lyrique avec une éducation scientifique et philosophique accomplie, passée dans la poésie où son rôle dépasse de beaucoup celui de simple ornement de rhétorique. Le problème omarien qui semblait, quelque temps, au point mort, au cours de ces dernières années, est parvenu si près de sa solution que, simultanément, se sont éclairées l’énigmatique figure de l’auteur, l’importance désormais prouvable et l’interprétation d’une œuvre qui est sans doute l’une des plus brillantes contributions du génie persan à la littérature universelle.

♦ «Rien ne ressemble moins à ce qu'on entend chez nous par poésie orientale, c'est-à-dire un amoncellement de pierreries, de fleurs et de parfums, de comparaisons outrées, emphatiques et bizarres, que les vers de Kéyam. La pensée y domine et y jaillit par brefs éclairs, dans une forme concise, abrupte, mystique, illuminant d'une lueur subite les obscurités de la doctrine, et déchirant les voiles d'un langage dont chaque mot, suivant les commentateurs, est un symbole. On est étonné de cette liberté absolue d'esprit, que les plus hardis penseurs modernes égalent à peine, à une époque où la crédulité la plus superstitieuse régnait en Europe, aux années les plus noires du Moyen Age. » Théophile Gautier. ♦ « Le considérer comme un sage, ni athée ni mystique, conscient de son ignorance, obsédé par l'indigence de la nature humaine et recherchant un instant d'oubli, non certes dans l'ivrognerie mais dans l'usage modéré du vin, quand l'âme succombe sous la tristesse causée par un sentiment trop vif de l'inconnaissable. » Henri Massé.

KHAYYAM, Omar (Nichapur, v. 1047-id., v. 1122). Philosophe, poète et mathématicien persan. Disciple d'Avicenne, il fut d'abord connu par ses écrits scientifiques. Le poète anglais Edward Fitzgerald, par la traduction adaptée de ses célèbres Quatrains, le rendit célèbre en Occident.

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