NJEGOS Petar (II)
NJEGOS Petar (II) Petrovic, prince-évêque du Monténégro [Pierre Pétrovitch Niégoch]. Poète serbe. Né à NjeguSi le 1er novembre 1813, mort à Cetinje le 19 octobre 1851. Devenu à dix-sept ans « vladika gospodar », dernier chef à la fois spirituel et laïc des Monténégrins, il combattit avec succès le particularisme des tribus et la rivalité d’une autre famille puissante, et réussit à consolider sa dynastie et le pouvoir central, il dota son pays d’une organisation plus moderne en créant un sénat, des tribunaux, un système fiscal, une garde permanente, la première école et la première imprimerie, et favorisa le développement économique. Protégé par la Russie, et, généralement, en bons termes avec l’Autriche, il renforça, plus par son action diplomatique que militaire, l’indépendance « de facto » de son État en l’acheminant vers la souveraineté complète. Il effectua plusieurs voyages en Russie, en Italie, et à Vienne. Patriote monténégrin, serbe et yougoslave, ami de l’illyrisme croate, il chérissait l’idée de la libération de tous les Slaves du Sud. En 1848, il offrit aux Croates en guerre contre les Hongrois des troupes monténégrines (aide qui ne fut pas acceptée), et recommanda aux Croates et Serbes dalmates de se rallier au ban (gouverneur) Jelacic. Son évolution littéraire commença sous l’influence de la poésie populaire et du poète serbe Sima Milutinovic, son éducateur. Ce mélange de la manière épique populaire et du classicisme serbo-russe ne donna d’abord pas de résultats heureux — v. Epopée de la liberté [Svobodijada], narrant les combats contre les Turcs. Dans ses moyens d’expression, NjegoS resta fidèle à cette double influence jusqu’à la fin, tout en la dépassant de façon magistrale dans la maturité de sa vie, de sa pensée et de son art, en y ajoutant un sens pathétique de la grandeur de l’homme et du peuple et une profonde interrogation philosophique. Il intégra dans sa vaste culture personnelle l’éthique patriarcale de ses ancêtres et l’humanisme occidental, la passion de la liberté nationale, et son inquiétude métaphysique d’homme et de chrétien de son temps. Par son chef-d’œuvre La Couronne des montagnes, véritable monument de l’esprit national à l’époque du romantisme finissant, il devint le plus important poète épique serbe. La Lumière du microcosme [1845], poème épique, écho lointain du Paradis perdu de Milton, exprime sa pensée pessimiste sur le sort de l’homme dont le corps seul, dans la vision, est terrestre. De loin la meilleure de ses œuvres, la seule qui s’impose durablement par sa beauté classique et l’élévation de ses idées, est La Couronne des montagnes (1847), poème épico-dramatique, dédié à Karageorges, chef de l’insurrection serbe. Sa dernière œuvre, de forme dramatique, de signification littéraire mineure, malgré quelques passages intéressants, Etienne le Petit [Scepan Mali, 1851], raconte l’histoire d’un aventurier qui prétendit être le tsar Pierre et qui, au XVIIIe siècle, régna un certain temps sur le Monténégro. Suivant l’exemple de Karadzic, NjegoS édita aussi des poèmes populaires :Le Miroir serbe [1854].