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NISARD Jean-Marie Napoléon Désiré

NISARD Jean-Marie Napoléon Désiré. Critique français. Né le 20 mars 1806 à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or), mort le 27 mars 1888 à San Remo (Ligurie, Italie). D’une intelligence précoce, il vint tout jeune à Paris et fit de brillantes études au collège Sainte-Barbe. Ayant ensuite résolu de parfaire lui-même son instruction, il employa si bien son temps qu’il acquit de grandes connaissances dans le domaine littéraire. S’étant cru, dès l’âge de vingt ans, la vocation de journaliste, il sut manœuvrer de telle sorte qu’il obtint un peu plus tard d’entrer au Journal des Débats (1828), où il put donner carrière à son républicanisme. Pendant la révolution de Juillet (1830), il fit bravement le coup de feu sur les barricades, avec ses frères et l’un de ses oncles, qui y fut tué. Déçu par le gouvernement de Louis-Philippe, qu’il s’était mis tout d’abord à soutenir avec ardeur, il passa dans le camp des libéraux (1832) dont le principal organe était Le National (fondé peu de temps auparavant par Armand Cartel, Adolphe Thiers et Mignet). Devenu le critique littéraire de ce journal (1833) au moment où le romantisme était en pleine effervescence, il se posa, d’entrée de jeu, en adversaire de ce dernier, lançant l’anathème contre Hugo et autres partisans de ce qu’il appelait «la littérature facile ». S’étant fait le dépositaire de ce qu’on nomme l’idéal classique, il avait donc tout ce qu’il fallait pour faire figure dans l’enseignement officiel : d’abord maître de conférences à l’Ecole normale supérieure (de 1835 à 1844), il devint chef du secrétariat au Ministère de l’instruction publique (1836), puis maître des requêtes au Conseil d’Etat (1837) et un peu plus tard professeur d’éloquence latine au Collège de France (1844). Il démontrait par là que le journalisme mène à tout, à condition que l’on en sorte. Il avait d’ailleurs fait paraître plusieurs ouvrages dans lesquels il se révélait bon prosateur : Études sur les poètes latins de la décadence (1834), Histoire et description de la ville de Nîmes (1835), Mélanges (1838) et un Précis de l’histoire de la littérature française (1840). Il avait entrepris, en outre, une édition très complète des classiques latins accompagnés de leur traduction, laquelle, d’ailleurs, porte son nom et compte maints collaborateurs : Collection des auteurs latins avec la traduction en français (1838-1850). Il fut reçu en 1850 à l’Académie Française, l’emportant sur Alfred de Musset. Après le coup d’Etat du 2 décembre, il fut assez opportuniste pour devenir un chaud partisan du Second Empire, et bientôt recueillit les fruits de sa palinodie : inspecteur général de l’enseignement supérieur (1852), secrétaire du conseil de l’instruction publique (1853), professeur d’éloquence française à la Sorbonne (1854) et enfin directeur de l'Ecole normale (1857-67). Détesté de tous ses élèves tant à cause de son sectarisme que de son esprit courtisan, il n’en sut pas moins parvenir à tous les honneurs. Entraîné dans la chute de l’Empire (1871), il put assez longtemps se survivre à lui-même et alla s’éteindre à San Remo. Mentionnons, pour finir, un trait des plus piquants : au début de sa carrière, Nisard avait fait paraître un roman assez licencieux, Le Convoi de la laitière (1831). Dès qu’il fut devenu célèbre, se sentant mauvaise conscience, il se mit, des années durant, à en rechercher les exemplaires à seule fin de les détruire. On devine qu’il n’eut pas toujours la main heureuse. Etant, de tout point, l’antipode de Sainte-Beuve, Nisard incarne la critique universitaire dans toute le force du terme. Il fut, pendant toute sa vie, le dogmatisme en personne. Bon écrivain, il s’est attiré le reproche de manquer de sens historique. Son titre le plus remarquable est, sans contredit, son Histoire de la littérature française (1844-1861). ♦ « Nisard parle au nom du sens et du goût avec instruction, esprit et talent. Il prend intérêt à toutes sortes de choses et y porte une expression abondante, redondante parfois, mais claire et sensée, une foule d’observations morales qui plaisent à beaucoup d’esprits modérés et distingués, qui enchantent beaucoup d’esprits solides. » Sainte-Beuve.

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